Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Germaine a 20 ans. C’est une vraie Parisienne, née à Ménilmontant. Une petite brunette sportive, en particulier excellente joueuse de tennis. Elle ne manque pas d’humour, elle a un goût artistique très développé, elle est passionnée de jazz et elle apprécie les plaisanteries que Louis lui glisse à l’oreille. Au fil des semaines, ils sont de plus en plus proches. Ils partagent de délicieux moments au cinéma ou encore en allant se promener à bicyclette du côté de Nogent. Très vite, ils deviennent complices puis… ils décident de se fiancer, au grand dam de Leonor qui n’aime pas « la Germaine » qui va lui ravir son fils. Justement, Louis commence à en avoir assez de cette mère possessive. C’est, du moins, ce qu’affirme Patrick de Funès : « Il l’a épousée pour échapper à sa mère. Mon père n’en pouvait plus de vivre chez elle. Il avait besoin d’air. Ma grand-mère Leonor était un vrai dragon[16]. » Ce n’est pas ce que dit, de son côté, Daniel de Funès — le fils de Louis et de Germaine : « Ils s’aimaient beaucoup et ils s’amusaient beaucoup[17]. » Quoi qu’il en soit, Louis et Germaine décident de se marier à Saint-Étienne où ils ont choisi de travailler dans l’Uniprix de la ville et de protéger leur amour.
Le couple de Funès coule des jours heureux dans le petit meublé du numéro 3 de la rue Mercier. Ni l’un ni l’autre n’ont de gros salaires mais ils suffisent à leur quotidien. Ils jouissent de leur jeunesse et de leur bonheur qu’ils pensent éternel, comme tous les jeunes mariés. De fait, histoire d’oublier le magasin, les vitrines et les disques, ils s’accordent de longues promenades sur leurs vélomoteurs puis dans une voiture, une Renault Viva Grand Sport dotée de six cylindres, qu’ils ont payée, selon Daniel de Funès, grâce au « livret de caisse d’épargne qu’avait alimenté le grand-père de ma mère[18] ». Ils coulent donc des jours paisibles. Fidèle à ses habitudes, Louis entraîne Germaine dans ses parties de pêche au bord du Furan ou du Gier. Ils sont un peu comme des chiens fous voulant croquer la vie à pleines dents. Il ne manque plus à leur félicité que l’arrivée d’un enfant. Et ils n’ont pas beaucoup de temps à attendre pour que l’événement se présente. Au mois d’octobre, Germaine annonce la bonne nouvelle à son mari. Elle est enceinte. Louis l’entoure de tous ses soins avant qu’ils décident de déménager et de travailler à Charleville, dans les Ardennes.
Le couple s’installe rue Jean-Jacques-Rousseau, au numéro 5. Louis continue de faire l’étalagiste tandis que Germaine doit rapidement quitter son emploi pour mener sa grossesse à terme. C’est dans une clinique de la ville[19], le 12 juillet 1937 à 14 h 45, qu’elle met au monde un garçon qui reçoit le prénom de Daniel.
Papa pour la première fois, Louis sait parfaitement s’occuper de l’enfant. Il n’a rien oublié de ce qu’il a appris chez le docteur Pouchet en vallée de Chevreuse, soulageant ainsi la tâche de son épouse. Il se montre prévenant et attentif, prenant conscience de ses nouvelles responsabilités de père de famille. Il est plutôt fier de ce fiston qu’il câline et qu’il aime promener dans son landau. Au bout de quelques mois, Louis et Germaine prennent la décision de quitter les Ardennes pour revenir en région parisienne. Par manque d’imagination ou par facilité, ils choisissent Courbevoie et la rue des Blanchisseurs, où Daniel fait ses premiers pas. Courbevoie est une ville qui leur est familière. Bien trop familière. Car, si Leonor l’a quittée pour aller vivre 5, rue Raffet à quelques pas de la Villa Montmorency, dans le 16e arrondissement de Paris où Mimi possède un hôtel particulier, ce n’est pas le cas de la mère de Germaine. Aline ne cesse de venir les déranger. Un peu comme Leonor, elle veut tout régenter. Elle se montre particulièrement envahissante, ce qui agace Louis. Au commencement, il se montre conciliant, puis il finit par en avoir plus qu’assez, au point de prendre le prétexte d’une courte période militaire, bien que réformé, pour déserter le domicile conjugal. Germaine s’en inquiète au bout de quelques jours, allant jusqu’à la caserne où on lui affirme que son mari a regagné son foyer. Lassée de l’attendre, elle part s’installer avec son fils dans sa famille à Clermont-Ferrand, où elle demeure plusieurs mois.
Pourquoi un départ aussi brutal ? Patrick de Funès affirme que son père « en avait assez de cette belle-mère. Il n’avait pas quitté sa propre mère pour retomber dans le même panneau. C’est l’unique raison pour laquelle il a quitté sa première femme[20] ». De son côté, Daniel de Funès confie : « On l’a attendu. Il n’est pas revenu. […] Ma grand-mère maternelle [Leonor] n’aimait pas ma mère. Elle l’a poussé au divorce[21]. » Force est de constater, sans lui faire offense, que Daniel de Funès va un peu vite en besogne. Nous le verrons, ce n’est pas Leonor qui poussera son fils à divorcer. Louis de Funès engagera cette procédure pour une tout autre raison et bien des années plus tard[22].
Toujours est-il qu’à l’approche de l’année 1939, Louis de Funès, de nouveau « célibataire » et de nouveau logé chez sa mère, part à la recherche d’un nouvel emploi d’étalagiste qu’il ne tarde pas à dénicher. Mais pour combien de temps ?
2.
Les nouilles grises
1939. Louis passe la nuit de la Saint-Sylvestre en compagnie de Mimi dans son hôtel particulier de la Villa Montmorency. Il a accepté son invitation uniquement parce que Renée Saint-Cyr n’est pas de la fête. Et, surtout, son frère Coco est là en compagnie de son fils Édouard, un gamin d’à peine neuf ans qu’il affectionne tout particulièrement. À sa sœur et à son frère, il ne manque pas de raconter ses déboires professionnels. Il a retrouvé un emploi d’étalagiste mais n’entend pas végéter dans ce métier dont il pressent qu’il finira par le lasser. Pour l’heure, il n’a toujours pas d’idée bien précise de ce qu’il pourrait faire. La tournure des événements des mois à venir va lui fournir l’occasion de choisir un chemin de traverse. Si Louis ne prête guère attention aux bouleversements politiques comme la nomination du maréchal Pétain au poste d’ambassadeur en Espagne ou la réélection d’Albert Lebrun à la présidence de la République, il ne lui échappe pas qu’Hitler se montre de plus en plus arrogant même s’il préfère de loin aller admirer le nouveau fleuron des usines Peugeot : la 202. Il n’aime guère prendre le volant, mais il apprécie les belles choses et en particulier les automobiles affichant une incontestable classe.
Toutefois, les rumeurs de guerre ne le laissent pas indifférent. L’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne nazie au mois de mars lui fait craindre le pire. Et ce n’est pas l’entrevue du Président du Conseil, Édouard Daladier, avec Adolf Hitler qui le rassure. Il sait qu’il ne sera pas appelé sous les drapeaux, mais il nourrit quelques craintes pour son frère. De fait, le 1er septembre c’est la mobilisation générale. Quarante-huit heures plus tard, la France entre en guerre et Coco rejoint le 152e régiment d’infanterie. Louis vit dans l’inquiétude tout en continuant à faire œuvre d’étalagiste au hasard des rares engagements qui se présentent. Au terme de l’année, où chacun s’interroge sur l’issue de la guerre, Louis n’a pas vraiment envie de faire la fête même si, cette fois encore, il passe Noël chez sa sœur qui a pris sous son aile leur neveu Édouard, lequel est orphelin de mère.
16
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
17
Daniel de Funès à Éric Leguèbe, Louis de Funès, roi du rire, Dualpha Éditions (2002), p. 164.
18
Daniel de Funès à Éric Leguèbe, op. cit., p. 164.
19
Dans quelques ouvrages consacrés à Louis de Funès, il est écrit que Daniel de Funès est né à Charleville-Mézières. Il s’agit là d’une erreur et d’une méconnaissance de l’histoire de la ville de Charleville qui ne fut rattachée à Étion, Mézières, Mohon, Montcy-Saint-Pierre et Le Theux qu’en 1965 et 1966 pour devenir alors la commune de Charleville-Mézières.
20
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
21
Daniel de Funès à Éric Leguèbe, op. cit., p. 165.
22
En dépit de nombreuses demandes de rendez-vous, Daniel de Funès n’a jamais souhaité nous rencontrer.