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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Louis n’est donc pas de la drôle de guerre, ou de la « guerre assise », comme disent les Allemands. Il ne combat pas, mais il doit toujours se battre pour manger à sa faim. Les engagements dans les magasins se font de plus en rares. Les Parisiens ont la tête ailleurs. Ils imaginent le pire et préfèrent la nourriture aux fanfreluches. C’est à ce moment-là que Louis se souvient qu’il sait jouer du piano et qu’il pourrait tenter de décrocher un travail — même temporaire — dans quelques bistrots ou restaurants pour améliorer l’ordinaire. Un soir, il se présente chez Lauby, à Neuilly, où il offre ses services. Ce restaurant, situé rue de la Ferme, reçoit régulièrement la visite de Mimi et de Renée Saint-Cyr. C’est un peu leur « cantine ». Il pose ses mains sur le clavier et le patron lui ouvre les portes de son établissement pour « mettre de l’ambiance » deux ou trois soirs par semaine. Il est loin de se douter que, dans peu de temps, le piano sera son unique gagne-pain.

La guerre s’éternise. Les nouvelles du front sont mauvaises. Elles deviennent tragiques pour la famille de Funès le 30 mai 1940. Tandis que, le 14 mai, l’armée allemande est parvenue à percer les lignes françaises à Sedan, l’armée française subit pertes sur pertes. La ligne de résistance de Villy à Asfeld peine à tenir. Ce 30 mai, les bombardements s’intensifient, et parmi les soldats tombés sous la mitraille dans les Ardennes figure Charles de Funès alors qu’il combat à l’entrée de Sault-lès-Rethel. Pour les de Funès le coup est rude lorsqu’ils apprennent l’effroyable nouvelle. Leonor tente en vain de garder son sang-froid, quant à Louis il ne peut s’empêcher de pleurer et de maudire les assassins de son frère avec lequel il s’entendait à merveille. Il revit leurs folles équipées à vélo, leurs blagues de potaches à Coulommiers. Louis aimait profondément Coco, et qu’importe s’il arrivait à ce dernier de fâcher la maréchaussée parce qu’il aimait braconner. C’est Louis qui va aller reconnaître le corps de Coco dans la fosse commune de Rethel. « Mon père adorait son frère, souligne Patrick de Funès[23]. Il venait régulièrement dans les Ardennes. Il voulait qu’il soit enterré au cimetière militaire, et ce n’est qu’après maints courriers au ministère de la Guerre qu’il obtint gain de cause en 1976[24]. Mon père en parlait beaucoup à la maison, d’ailleurs cela m’a fait rire, quand on a insinué qu’il était d’extrême droite, lui qui ne supportait pas les militaires.  »

De retour à Courbevoie, Louis tient conseil de famille en compagnie de sa mère et de sa sœur. La disparition de Charles pose le problème de l’éducation de son fils Édouard, surnommé Eddy. En vertu de la loi régalienne, seul un homme peut être son tuteur. Unique homme de la famille, c’est donc à Louis que revient cette lourde tâche. Seulement, l’« oncle Bi », comme l’appelle Eddy, n’ayant pas un sou en poche pour subvenir à son éducation, c’est Mimi qui propose d’élever l’enfant. « Elle m’a inscrit dans un établissement religieux à Neuilly, se souvient Édouard de Funès, mais oncle Bi n’était jamais bien loin. Dans la dernière lettre que mon père avait envoyée à ma grand-mère, il avait d’ailleurs écrit :Embrasse bien Bibi.”[25] »

Toujours sous le choc, Louis n’en continue pas moins de décorer quelques vitrines et de divertir les clients du restaurant de Neuilly. Comme tous les Français, il ne peut deviner que l’arrêt des hostilités est proche et que le nouveau gouvernement dirigé par le maréchal Pétain va demander l’armistice le 17 juin, puis en accepter les conditions huit jours plus tard. La France est désormais occupée et tout est chamboulé. Un bouleversement qui change bien des choses pour Louis de Funès. Plus question de faire les vitrines des boutiques… pour la bonne et simple raison que les vitrines sont désormais vides. Seule issue possible, s’acharner à dénicher de nouvelles opportunités d’exercer son art de pianiste de bar. Il va à la pêche aux bonnes adresses, frappe aux portes, avec des fortunes diverses. Louis n’ignore pas que dans le quartier de Pigalle, il a plus de chances qu’ailleurs de trouver corde à son arc. Alors il y passe des journées entières et des débuts de soirée en quête de bonne fortune. Parfois, il n’obtient qu’un engagement pour une nuit ou une semaine dans des dancings mal famés. Presque toujours, il doit affronter les humeurs de clients peu respectueux de la musique. Il est conscient qu’il fait danser des truands et il lui arrive même un dimanche après-midi d’avoir juste le temps de se baisser derrière son piano pour éviter une balle perdue ! Mais « le plus comique, racontera-t-il, c’est que ces gens-là témoignaient un respect formidable aux musiciens. Ils avaient du rythme et, pour certains, une fameuse oreille. Ils nous questionnaient sur nos études, s’émerveillaient de notre talent. Ils ne nous ménageaient pas le champagne. À la fin d’un bal, un dur, qui illustra plus tard la chronique judiciaire, me disait d’un ton d’admiration éperdue : “T’es du Conservatoire, toi ! Ne le nie pas, t’en es du Conservatoire, ne l’nie pas !” Et, j’ai répondu : “Bien sûr, mon gars : premier prix.”[26] » Louis de Funès aimera plus tard narrer cette période de sa vie aux journalistes. Par exemple, il confiera à Roger A. Houzé : « Ce fut pour moi une merveilleuse époque. Face au mur, le nez sur le piano, je moulinais gaillardement des airs à la mode. Derrière moi, de temps à autre, le ton montait entre les mauvais garçons, la bagarre commençait. Quand la première bouteille s’écrasait contre le mur, je n’avais que le temps de plonger dans les toilettes avant qu’éclatent les coups de pistolet. Tout ça pour dix anciens francs par nuit. C’était très dur mais vous avouerez que ça ne manquait pas de piment[27].  »

Du piment certainement… mais pas dans son assiette. Louis vit en cette période d’Occupation ce qu’il appelle lui-même le temps des « nouilles grises ». Ce temps où il faut de l’argent pour se payer un peu de nourriture au marché noir. Et Louis manque cruellement de monnaie pour acheter le moindre morceau de viande. Sans aucune honte d’être « un petit pianiste misérable dans des boîtes de nuit de troisième ordre  », il ne rechigne pas non plus à faire n’importe quoi pour survivre. « J’ai même été cireur et gratteur de parquets, pas n’importe lesquels, des parquets en losanges. Il fallait frotter dans un sens puis dans un autre avec le pied[28].  » Ainsi se passent les semaines et les mois. On le voit l’espace de quelques jours aux Trois Baudets, où il remplace Robert Valentino, le titulaire du clavier. Placé à la droite de la scène, sur le bas-côté, en plein milieu du public, seul, il assure les liaisons entre les différentes attractions, se contentant de faire courir ses doigts sur le piano. « Il le faisait de telle manière qu’on ne pouvait s’empêcher de rire, se souvient le comédien Henri Virlojeux. Il était comme un pianiste de cinéma du temps où les salles obscures mettaient en scène des numéros de music-hall. Tout en étant sombre, de Funès simple pianiste était déjà un personnage[29].  » Louis continue encore de faire ses gammes à L’Ascot, rue de Berri, au Gavarni, rue Chaptal, où il est payé « à la soucoupe », c’est-à-dire au pourboire, et, en 1942, il est engagé à L’Horizon, rue Vignon, non loin de la place de la Madeleine.

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23

Patrick de Funès à Virginie Kiefer, L’Union de Reims, 11 novembre 2011.

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24

Charles de Funès est le seul soldat de la Seconde Guerre mondiale à être enterré au cimetière militaire de Rethel où reposent uniquement des soldats victimes de la Première Guerre mondiale. Robert Marcy, l’historien local, reconnaît qu’« il s’agit d’une anomalie mais Louis de Funès tenait absolument à ce que son frère ait une tombe décente. D’ailleurs, il était sympathisant du Comité des Amis du musée de Rethel et chaque année nous recevions un chèque de 500 francs ». L’Union de Reims, 11 novembre 2011.

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25

Témoignage d’Édouard de Funès à l’auteur.

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26

Louis de Funès à Paule Corday-Marguy, Mon film, 1954.

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27

Télé Star, 12 novembre 1977.

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28

Louis de Funès à Laurence Masurel, Paris-Match, octobre 1976.

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29

Henri Virlojeux à Brigitte Kernel, Louis de Funès, Éditions Jacques Grancher (1987), p. 51.

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