Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]
Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome I [Le Cahier Gris — Le Pénitencier — La Belle Saison — La Consultation — La Sorellina]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Dans une famille déchirée par l'autorité d'un père égoïste et brutal, le jeune Jacques vit une amitié passionnée avec Daniel de Fontanin ; la découverte de leur correspondance conduira au drame, tandis qu'Antoine, partagé entre la tendresse qu'il porte à son frère et le respect qu'il voue à son père, tente de trouver sa voie en se consacrant corps et âme à la médecine…
1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 186
Перейти на страницу:

Ils gagnèrent en silence la place de la gare. D'un signe, M. de Fontanin arrêta une voiture libre. Alors, tandis qu'elle y montait, une émotion, qui ressemblait bien à du bonheur, la suffoqua : elle venait d'entendre la voix de Jérôme ! Et pendant qu'il achevait de donner en hollandais ses ordres au cocher, elle demeura une seconde sur le marchepied, immobile et vibrante ; puis elle rouvrit les yeux, et s'assit.

Dès qu'il fut à ses côtés dans la voiture découverte, il se tourna vers elle. Elle reconnut l'éclat mordoré et sourd des prunelles ; elle fut, une fois encore, tout enveloppée de leur chaude ardeur. Il semblait prêt à prendre la main de Thérèse, à toucher son bras ; et cette attitude contrastait tant avec la courtoisie châtiée de ses manières qu'elle en fut choquée comme d'une privauté qu'il se fût permise, mais troublée comme d'une preuve d'amour qu'elle n'espérait plus.

Ce fut elle qui jeta les premiers mots dans le silence :

— « Comment va… ? » Elle buta sur le nom ; elle ajouta aussitôt : « Est-ce qu'elle souffre ? »

— « Non, non », fit-il, « plus du tout. »

Bien qu'elle évitât de regarder son visage, elle comprit au ton de sa réponse que Noémie allait beaucoup mieux, et crut sentir qu'il était assez confus d'avoir appelé sa femme au chevet de sa maîtresse malade. Un cuisant regret la saisit. Elle ne concevait plus quel sortilège avait pu la décider à accourir aussi vite. Puisque Noémie allait revivre, puisque tout allait reprendre et continuer, que venait-elle faire ici ? Elle résolut de repartir sur-le-champ.

Jérôme murmura :

— « Je vous remercie, Thérèse… » Le timbre de la voix était tendre, respectueux, timide. Elle apercevait, sur le genou de Jérôme, sa main, un peu maigrie, sa longue main veinée, qui tremblait imperceptiblement, et le large camée branlant à l'annulaire. Elle se retenait de lever la tête ; mais elle appuyait son regard sur cette main nue, et elle ne parvenait plus à regretter son voyage. Pourquoi partir ? Elle était venue librement, dans un élan que lui avait inspiré la prière : aucun mal ne pouvait en résulter. Sitôt que, pour repousser toute intention de départ, elle eut pris ce point d'appui sur sa foi, elle se sentit redevenue forte. Jamais le souffle divin ne l'avait longtemps abandonnée dans l'incertitude.

La voiture s'engageait dans une grande ville aérée, aux vastes perspectives. Les volets des boutiques n'étaient pas encore retirés, mais, sur les trottoirs, des travailleurs se rendaient déjà aux chantiers. Le cocher prit une voie moins large, tronçons successifs de chaussée, reliés par des ponts en dos d'âne : la rue coupait une suite de canaux parallèles bordés de maisons dont les façades sans relief, hautes, étroites, et pour la plupart rouges avec des croisées blanches, se reflétaient dans l'eau semi-stagnante, entre les branches des ormes penchés au bord des quais. Mme de Fontanin se sentit loin de France.

— « Comment vont les enfants ? » demanda Jérôme. Elle remarqua qu'il avait hésité à poser cette question, qu'il était ému et, pour une fois, ne cherchait pas à dissimuler son trouble.

— « Très bien. »

— « Daniel ? »

— « Il est à Paris, il travaille. Il vient à Maisons quand il est libre. »

— « Vous étiez à Maisons ? »

— « Oui. »

Il se tut ; évidemment, il évoquait le parc, la demeure connue au bord de la forêt.

— « Et… Jenny ? »

— « Elle va bien. » Il semblait l'interroger du regard, l'implorer ; elle ajouta : « Elle a beaucoup grandi, elle est très changée. »

Les paupières de Jérôme battirent. Il murmura d'une voix faussée par l'effort :

— « Oui, n'est-ce pas ? Elle a dû beaucoup changer… » Puis il se tut de nouveau, détourna la tête, et tout à coup, passant la main sur son front : « Ah, tout ça, c'est affreux », s'écria-t-il sourdement. Et, sans transition, il déclara : « Je suis presque sans argent, Thérèse. »

— « J'en ai apporté », dit-elle très vite. Elle avait perçu tant de détresse dans ce cri, qu'elle eut d'abord, à pouvoir rassurer Jérôme, un mouvement de joie. Mais immédiatement une idée blessante s'implanta : Noémie n'avait jamais été aussi malade qu'on le lui avait fait croire, et ils ne l'avaient fait venir que pour cet argent ! Aussi frémit-elle, révoltée, lorsque Jérôme, après avoir attendu quelques instants, ne put se retenir de demander avec une intonation honteuse :

— « Combien ? »

Elle fut, une seconde, effleurée par la tentation de réduire le chiffre.

— « Tout ce que j'ai pu réunir », dit-elle ; « un peu plus de trois mille francs. »

Il balbutia :

— « Ah, merci… Merci !.. Si vous pouviez savoir, Thérèse !.. L'important, c'est d'avoir cinq cents florins à donner au médecin… »

La voiture avait franchi, sur un pont de pierre, une sorte de grand fleuve encombré de bateaux, puis, après avoir tourné dans les ruelles d'un faubourg, atteignait une petite place déserte et s'arrêtait devant le perron d'une chapelle.

Jérôme descendit, paya, prit le sac, et, de l'air le plus naturel, faisant passer Thérèse devant lui, il gravit les marches et poussa le battant de la porte. Ce n'était ni une église ni un temple ; une synagogue, peut-être ?

— « Je vous demande pardon », souffla-t-il. « C'est pour éviter d'arriver en voiture jusqu'à la maison. Les étrangers sont très surveillés ; je vous expliquerai. » Et, changeant de voix, avec un sourire engageant d'homme du monde, il poursuivit : « D'ailleurs, quelques pas à pied ne seront pas désagréables ? Il fait si doux, ce matin !.. Je vous montre la route. »

Elle le suivit sans répondre. La voiture n'était plus sur la place. Jérôme prit un passage voûté qui accédait, par des degrés, à l'unique quai d'un canal : sur l'autre bord, les soubassements des maisons s'alignaient dans l'eau. Le soleil jouait sur les briques, sur les vitres brillantes des fenêtres qu'égayaient des capucines et des géraniums. Le quai était encombré de gens, de tréteaux, de paniers ; on dressait une sorte de marché en plein air ; parmi la friperie et le bric-à-brac, on déchargeait de petites péniches chargées de fleurs dont les parfums se mêlaient au relent un peu croupi de l'eau.

Jérôme se retourna :

— « Pas trop fatiguée, Amie ? »

Il avait toujours la même façon chantante de prononcer « Ami… e ». Elle baissa la tête sans répondre.

Il ne soupçonna rien de l'émotion qu'il avait provoquée ; il désignait sur l'autre bord un pignon d'angle, auquel aboutissait une passerelle :

— « C'est là », fit-il. « Oh, c'est très modeste… Vous m'excuserez de vous recevoir si simplement. »

La maison était, en effet, de pauvre apparence ; mais son récent badigeon acajou et ses bois peints en blanc faisaient penser à un yacht bien tenu. Sur les stores orange du premier étage, qui tous étaient baissés, Thérèse lut en lettres discrètes :

Pension Roosje-Mathilda.

Jérôme habitait donc une sorte d'hôtel, un logis anonyme où elle n'aurait pas trop l'impression d'être reçue chez eux. Elle en éprouva un soulagement.

Ils s'engagèrent sur la passerelle. Un des stores du premier étage bougea. Noémie guettait donc ?… Mme de Fontanin se redressa. Alors seulement elle remarqua, entre deux fenêtres du rez-de-chaussée, une enseigne de tôle peinturlurée, représentant une cigogne près d'un nid d'où sortait un bébé nu.

Ils prirent un couloir, puis un escalier qui embaumait l'encaustique. Jérôme s'arrêta sur le palier et sonna deux coups. On entendit un remue-ménage à l'intérieur, le judas glissa derrière son grillage, enfin la porte s'entrouvrit juste assez pour livrer passage à Jérôme.

1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 186
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)