Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Pas de problème, madame… Madame ? Pardonnez-moi, je n’ai pas bien entendu votre nom.
— Appelez-moi Sandra.
— D’accord, asseyez-vous Sandra, propose l’homme en lui désignant le canapé dans la salle à manger.
Elle enlève son manteau, se pose sur le divan.
— Je ne vais pas rester longtemps, prévient-elle. J’ai un long trajet qui m’attend.
Le type s’installe dans un fauteuil, en face d’elle, et continue à la dévisager avec curiosité.
— Alors, comment va ce cher Raphaël ?
Brûlé au troisième degré, plusieurs fractures, aveugle d’un œil et attaché comme un animal.
— Ça va, assure Sandra.
— Et William ?
— Il se remet doucement de ses blessures.
— Bien sûr… Et où sont-ils ?
— Chez moi.
— Chez vous ? C’est bien, ça ! ajoute l’homme avec entrain.
— Vous… Vous pouvez me remettre l’argent, s’il vous plaît ?
Il se penche en avant, l’observe durant d’interminables secondes. Sandra est de plus en plus nerveuse. Ce type la met terriblement mal à l’aise.
— Raphaël vous a envoyée ici pour récupérer de l’argent ?
— Ben oui… Il nous a tout expliqué. Que vous gardiez le fric chez vous, qu’il l’avait planqué ici… Mais vous êtes au courant, non ?
— Au courant, bien sûr…
— Vous êtes bien un ami de Raphaël ?
— Son plus vieil ami ! rétorque l’homme avec un large sourire. Mais s’il fait appel à moi, c’est qu’il doit sacrément être dans la merde !
Sandra pose la main sur son manteau. Elle a soudain très envie de partir. Avec ou sans le fric.
— Je vais vous laisser, dit-elle en se levant. Je crois que…
— Vous allez rester ici, ordonne l’homme d’une voix autoritaire.
Elle se dirige vers la porte mais il lui barre la route.
— Où allez-vous, Sandra ?
La jeune femme a du mal à respirer. L’homme est impressionnant.
— Je dois rentrer chez moi.
— Vous n’irez nulle part.
Soudain, il l’agrippe par le bras, la ramène de force dans le salon et l’oblige à se rasseoir sur le canapé.
— Vous savez qui je suis ?
— Un ami de Raphaël. C’est tout ce que je sais ! s’écrie Sandra.
— Je me présente, chère madame : commissaire Pierre Lefèbvre, directeur régional de la police judiciaire. Je crois que vous avez beaucoup de choses à me dire…
La nuit a été longue. William n’a pas dormi, veillant sur son frère dont l’état s’est dégradé.
La souffrance ne semble pas vouloir s’apaiser et Raphaël entre parfois dans une sorte de délire.
Soudain, la voix de Jessica lui apporte un peu de réconfort.
— Comment ça va, Raphaël ? demande-t-elle.
— Pas très fort, répond William.
— Il… Il va pas mourir, hein ?
— Mais non, petite, assure William. Ne t’en fais pas, il est solide comme un roc ! Et toi ?
— Ça va, prétend la jeune fille. Je… Je suis désolée. J’ai dû vous décevoir.
— Qu’est-ce que tu racontes ! Tu as fait ce que tu as pu, je le sais.
Les pas dans le couloir les contraignent au silence.
Patrick ouvre la cellule de Jessica ; il arbore sa tête des mauvais jours.
— Je t’ai entendue parler, annonce-t-il d’emblée.
Elle baisse la tête.
— Qu’est-ce que tu disais ?
— Je… Je demandais comment allait Raphaël, murmure Jessica.
— Il est en train de cuire ! ricane papa. Il sera beaucoup moins séduisant qu’avant, tu ne crois pas ?
— Sans doute, monsieur.
Patrick pose un sandwich et une bouteille d’eau sur le lit avant de la détacher.
— Au fait, ma colombe, est-ce que tu sais qui est Raphaël ?
Elle le regarde sans comprendre.
— Est-ce que tu sais quel métier il exerce ?
— Oui. Il est vétérinaire.
Papa éclate de rire et s’installe sur le lit d’Aurélie.
— Vétérinaire ?! C’est lui qui t’a dit ça ?
— Oui.
— Foutaises !
Jessica fronce les sourcils.
— Ce sale type est un voleur, ma chérie. Un braqueur de banques et de bijouteries, sorti de prison l’an dernier ! Ça t’en bouche un coin, n’est-ce pas ?… Et son frangin, idem. Ils sont tous les deux des criminels recherchés par la police.
Jessica semble sous le choc. Stupéfaite. Mais, l’instant d’après, elle riposte.
— Et alors ? Vous aussi, vous êtes un criminel !
Aussitôt, elle regrette ses paroles. Arrivera-t-elle, un jour, à se contrôler ?
Le sourire de papa s’élargit. Le dressage n’est pas terminé, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
— Exact, ma colombe. Moi aussi, je suis un criminel. Tu sais combien de meurtres j’ai à mon actif ?
Jessica préférerait ne pas savoir, bien sûr. Mais il se fait une joie de lui annoncer son morbide palmarès.
— Treize.
Elle frissonne, se mord la lèvre.
— Et le chiffre treize porte malheur, à ce qu’il paraît. Alors, il va vite falloir que j’arrondisse à quatorze. Mais tu ne seras pas la suivante, rassure-toi. Le suivant, ce sera un des deux abrutis qui végètent dans la pièce d’à côté !
Il pose une main sur son bras nu, elle frémit une nouvelle fois.
— C’était très bien, hier soir. Mais il va falloir que je t’apprenne d’autres choses… On va franchir une nouvelle étape.
— Je veux bien apprendre, murmure Jessica avec un regard qu’elle voudrait soumis.
Et un haut-le-cœur.
— Tu es parfaite, conclut papa. En attendant, tu vas prendre ta douche, d’accord ?
— D’accord, monsieur.
— Je t’accompagne, ma colombe.
Une heure plus tard, papa entre dans la pièce d’à côté. Ni sandwich, ni bouteille d’eau.
Il vient juste pour le plaisir des yeux.
William le considère avec un regard venimeux.
Tu viens de prendre ton pied pendant une heure et tu en veux encore ?
— Alors, fiston, comment va notre cow-boy de série B, ce matin ?
Le jeune homme ne prend pas la peine de répondre. Il continue simplement à caresser les cheveux de son frère, un peu machinalement.
— Pas terrible, à ce qu’on dirait ! poursuit Patrick. Avertis-moi quand il sera rôti à point !
Ne pas l’insulter. Ne pas le provoquer.
Plutôt tenter le tout pour le tout pour obtenir de l’aide.
— Il m’a dit le nom du fourgue, rappelle William. Celui qui a commandité le braquage.
— Vraiment ? Je t’écoute…
— Soignez-le d’abord. Donnez-lui de l’eau et des médicaments.
— S’il veut être sauvé, il doit se confesser lui-même, mon fils ! professe papa avec un signe de croix.
— Il ne peut plus parler ! rugit William.
— Comme c’est triste… Ça va me manquer de discuter avec lui, tu peux pas savoir !
— Si tu veux ton blé, faut le soigner ! s’entête le jeune homme.
Papa s’accroupit, armé de son sourire satanique.
— Voyons, fiston, tu délires ! Mon blé, c’est Sandra qui va me le ramener dès ce soir… Deux cent mille euros, finalement, ça me suffira. En me filant cette information, tu as jeté tous tes atouts dans la partie, mon petit gars. Et maintenant, tu as les mains vides. Tu n’as plus rien… Juste tes yeux pour pleurer.