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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Tu veux subir le même traitement que ton frangin ?… Alors te fous pas de ma gueule ! menace Patrick. Tu sais que dalle !

— Bien sûr que je connais le nom de ce fourgue, qu’est-ce que tu crois ? Mais tu ne l’auras que si mon frère arrête de souffrir. Sinon, t’auras rien ! Rien du tout, tu m’entends ?

Papa plonge ses yeux dans ceux de William, qui soutient son regard.

Qui a le visage presque aussi dur que celui de son frère.

— Alors, tu veux ce fric, oui ou merde ?

— Si ton frangin coopère, je lui filerai de quoi calmer ses brûlures. Alors s’il décide de se mettre à table, fais-moi signe. Parce que toi, tu ne sais strictement rien.

Il empoigne Jessica par un bras, l’entraîne dans son sillage. La porte claque, William caresse le front, intact, de son frère.

L’acide lui a touché le bras, la main, le torse, la tempe droite… William lui a déchiré la chemise pour éviter un maximum de brûlures. Mais il n’a plus d’eau, aucun moyen de le soulager.

— Tiens bon, Raph, murmure-t-il à son oreille. Tiens bon, mon frère. On sera bientôt sortis d’ici, tu le sais. Alors, faut que tu tiennes. D’accord ?

Raphaël serre la main de son frère.

— Je sortirai jamais d’ici, Will. Je ne passerai même pas la nuit…

— Dis pas ça ! ordonne son frère en essuyant ses larmes. Dis pas ça, je t’en prie !

*

Papa pousse la porte d’un coup de pied et jette Jessica dans sa chambre.

Nouvelle chute. Encore plus brutale que les précédentes. Car cette fois, elle le sait, elle ne quittera jamais cette geôle immonde. Finira comme Aurélie, enterrée dans une sinistre forêt.

Elle se relève péniblement, recule jusqu’à son lit.

Papa a croisé les bras. Il la regarde avec tant de haine qu’elle se dit que sa dernière heure est arrivée.

— Alors comme ça, tu veux me quitter ?

— Je veux rentrer chez moi, monsieur !

— Tu n’as pas encore compris ? Chez toi, c’est ici, maintenant.

— Non !

Elle éclate en sanglots, s’assoit sur son lit défoncé.

— Et visiblement, tu as besoin que je t’explique une nouvelle fois les règles…

Plus il s’approche, plus elle sent ses forces l’abandonner.

Il la saisit par les épaules, la force à se mettre debout. Il écrase son visage entre ses mains, elle se raidit mais ne songe pas à se défendre. Prête à capituler.

— Tu veux t’enfuir ?

— Non, monsieur. Je ne recommencerai pas. Je vous le jure !

— Tu veux rentrer chez toi ?

— C’est… C’est ici, ch… chez moi.

— Et qui commande, ici ?

— C’est vous.

— Tu sais ce qui me ferait plaisir ?

— Oui.

— Oui, qui ?

— Oui, monsieur.

— Alors vas-y, fais-toi pardonner, maintenant.

Il lâche son visage, elle tombe à genoux et met les mains derrière le dos.

*

Sandra est à la fenêtre. Pas d’étang, de forêt profonde ou de brouillard, ici.

Seulement un parking, une route, un immeuble de bureaux. Du bitume et du béton.

Du bruit et de la vie.

Elle pensait se réjouir de leur absence. Pourtant, elles lui manquent.

Une voiture se gare près de la sienne, un homme en descend. Grand, costume sombre, cheveux bruns. Ça lui rappelle la première fois qu’elle a vu Raphaël devant son cabinet.

Elle a l’impression que c’est lui qui approche de l’entrée de l’hôtel. Lui qui va la rejoindre. Pour lui dire qu’elle est libre, qu’ils peuvent partir ensemble.

L’homme s’arrête devant la porte, allume une cigarette. Comme le ferait Raphaël.

Était-il son malheur ? Ou bien sa chance ?

Sa seule chance…

L’homme entre dans l’hôtel, Sandra tire les rideaux. Elle s’allonge sur son grand lit, sans même prendre la peine de défaire les draps.

La culpabilité l’étreint avec force. Comment a-t-elle pu souhaiter, ne serait-ce qu’une seconde, que Raphaël la délivre ? Comment a-t-elle osé vouloir trahir son propre père ?

Elle frappe du poing sur sa poitrine, enfouit son visage dans l’oreiller.

Je suis mauvaise. Mauvaise et folle. Aussi cinglée que ma pauvre mère !

Sans lui, je ne suis rien. Et me voilà en train de souhaiter m’éloigner de lui.

Alors que ça le tuerait.

Le remords est si prégnant qu’elle attrape son portable et compose le numéro de Patrick.

Elle va sans doute le réveiller, mais peu importe.

Il décroche rapidement, elle sourit.

— Papa, c’est moi.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Rien… Je voulais juste entendre ta voix. Te dire bonne nuit… Tu dormais ?

— Non. Je viens de rentrer.

— Ah… Tu… Tu étais avec elle ?

— Oui. J’ai passé un sacré bon moment avec cette petite allumeuse, tu peux me croire !

Sandra ferme les yeux, sa main se crispe sur l’oreiller.

— Tant mieux, dit-elle enfin.

— Mais avant ça, je me suis occupé de ton ami.

Une boule de douleur palpite dans son ventre.

— Ce n’est pas mon ami ! se défend la jeune femme.

— Vraiment ?… Tant mieux, parce que je ne suis pas sûr que tu vas le reconnaître en rentrant !

Sandra se redresse dans le lit. Elle a du mal à respirer.

— Comme il était sale, je lui ai fait prendre une douche, poursuit papa d’un ton perfide.

— Une douche ?

— Une douche d’acide sulfurique. Il a apprécié, tu peux me croire ! Il a gueulé comme un porc qu’on égorge ! Il m’a supplié, il a rampé, il s’est traîné à mes pieds. C’était pitoyable… Dommage que tu aies raté ça !

Elle ne répond plus, complètement abasourdie.

— Tu es toujours en ligne, ma douce ?

— Oui.

— J’ai vraiment hâte que tu rentres, tu sais.

— Moi aussi, prétend-elle.

— Tu devrais dormir, maintenant. Il est tard et un long trajet t’attend demain.

— Oui, bien sûr, murmure la jeune femme.

— Fais de beaux rêves, ma douce.

Il coupe la communication, Sandra reste de longues minutes pétrifiée sur le bord de son lit. Elle sent les larmes couler doucement sur ses joues.

Je t’avais dit de partir avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi tu ne m’as pas écoutée ?

À des centaines de kilomètres de là, Patrick est confortablement installé devant ses écrans.

Tu perds rien pour attendre, ma chérie.

« Demande à Sandra, elle te dira quel homme je suis. Elle n’a pas pu oublier… Toutes ces nuits où tu n’étais pas là. »

Tu ne peux pas savoir comme j’ai hâte que tu rentres, ma chérie !

Tu m’as trompé avec ce minable ? Tu as osé me trahir ? Me salir, me mentir ?

Tu veux le rejoindre ? Eh bien tu vas être servie.

Papa va bien s’occuper de toi.

C’est promis.

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