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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Elle retourne dans son 4 × 4, téléphone à son oncle, qui décroche dès la seconde sonnerie.

— Papa, c’est moi.

— Tu es sur place ?

— Oui. Mais il n’y a personne… Est-ce que je dois attendre ?

Patrick réfléchit quelques instants et finit par répondre :

— On ne peut pas savoir à quelle heure il va rentrer chez lui. Ça doit être le genre de type qui aime vivre la nuit, tu sais ! Alors tu vas à l’hôtel et tu reviens demain matin.

— D’accord, acquiesce Sandra. Tu as raison. Je reviendrai demain matin… Et toi ?

— Quoi, moi ?

— Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? J’ai essayé de t’appeler, vers midi, mais…

— J’étais avec Jessica.

Sandra sourit, soulagée.

— Va te reposer, maintenant, ma douce.

— Bonne nuit, papa.

Elle raccroche, rassurée de savoir quoi faire. Rassurée qu’il décide pour elle, comme il l’a toujours fait. Elle prend donc la direction de la zone commerciale où l’attend sa chambre d’hôtel. Peut-être qu’elle pourra dormir en paix.

Si elles ne l’ont pas suivie jusqu’ici.

*

— Tu crois qu’il va faire quoi ? chuchote William.

Visiblement, il est mort de trouille.

— Je crois qu’il va venir me casser la gueule, répond Raphaël sans conviction.

Il a compris comment fonctionne ce malade. Et il craint fort ne pas être sa cible. Fera-t-il souffrir William pour se venger de l’affront ? Ou, pire encore, s’en prendra-t-il à nouveau à la petite Jessica ?

De toute façon, il n’est plus temps de culpabiliser. Même s’il se plie à ses quatre volontés, leur tortionnaire les tourmentera, l’un après l’autre.

Simplement parce qu’il aime ça, plus que tout. Parce que c’est son unique façon d’exister.

— Tu crois que Sandra est partie ? demande encore William à voix basse.

— J’en ai bien l’impression, soupire son frère.

— Qu’est-ce qu’on va faire, alors ?

— J’en sais rien, on avisera.

Ils écoutent les gémissements de Jessica dans la chambre d’à côté.

— Elle doit souffrir le martyre, cette pauvre gosse, chuchote William.

— On n’y peut rien, rappelle un peu durement Raphaël. Pas pour le moment, en tout cas.

Non, ils n’y peuvent rien. Ne peuvent qu’endurer ces plaintes qui jouent avec leurs nerfs comme l’archer sur la corde.

L’ankylose devenant insupportable, William se remet debout. Tant de lassitude dans ses gestes… Il a froid, est épuisé, tenaillé par la faim et la soif. Il leur reste la moitié d’une bouteille d’eau pour deux. Alors, ils se forcent à l’économiser.

Le jeune homme fait fonctionner ses jambes, son bras libre, les muscles de sa nuque. Avant de retomber sur son matelas et de replonger dans sa contemplation silencieuse du mur d’en face.

— T’as dû vraiment en chier quand t’étais en taule… Je sais pas comment t’as fait pour tenir.

*

Il est venu panser ses plaies.

Sans un mot.

Il lui a même fait avaler quelques comprimés.

Elle s’est laissé faire, terrorisée à l’idée qu’il pouvait recommencer.

Qu’il pouvait faire pire encore.

Elle a vraiment cru qu’il allait la dévorer vivante, morceau après morceau.

La douleur s’est un peu calmée mais la frayeur, elle, est montée encore d’un cran. Jamais elle ne l’aurait cru capable d’une telle horreur.

Ce qu’elle a vu dans ses yeux dépasse l’entendement. Des éclairs de jouissance cruelle, une sorte de frénésie barbare. Quelque chose qu’il ne contrôlait pas.

Dès qu’il a eu fini de la soigner, il est reparti. Cela fait bien une heure, maintenant.

Alors, elle se force à espérer qu’il ne reviendra pas cette nuit. Qu’il a eu sa dose.

Pourtant, les tremblements ne la lâchent pas. Et lorsque les pas résonnent à nouveau dans le couloir, son sang se glace dans ses veines.

Elle n’est plus que peur. Et rien d’autre.

Mais ce n’est pas la porte de sa cellule qui s’ouvre.

Alors, Jessica respire à nouveau. Et espère qu’il déversera toute sa haine sur les deux frères.

Jusqu’à la dernière goutte.

Il s’est posté sous la fenêtre. Immobile, face à ses prisonniers. William essaie de masquer sa peur, intense. Raphaël y arrive admirablement tandis que papa le fixe en silence. Il a un coquard sous l’œil droit, une marque écarlate sur le nez qui annonce un magnifique hématome. Ses lunettes tiennent grâce à un morceau de scotch.

Raphaël l’a copieusement amoché. Et, même s’il redoute désormais les représailles qui ne vont pas tarder à s’abattre, il ne peut le regretter.

Patrick n’a toujours pas prononcé un mot. Pas la moindre menace. Il se contente d’observer.

William commence à s’agiter, ne pouvant plus contrôler sa nervosité. Il se demande ce qu’il y a dans le sac que ce fou a posé à côté de lui. Ce qu’il y a dans sa tête, aussi.

Il se demande si ce sera lui, la cible ce soir. Lui, le souffre-douleur. Il en vient à espérer que ce sera son frère. Parce qu’il est plus solide, capable d’encaisser ce que lui ne pourra plus supporter.

La seconde d’après, il se maudit d’avoir pu souhaiter pareille chose. Cette captivité serait-elle en train de le transformer en bête sauvage ?

Soudain, la voix de papa le fait sursauter :

— J’attends, champion.

— Et je peux savoir ce que tu attends ? rétorque le braqueur avec un calme impressionnant.

— Tes excuses, évidemment.

Raphaël se permet de sourire. Ne songeant pas une seule seconde combien courber l’échine serait plus sage.

— Tu risques d’attendre longtemps, pauvre con…

— Je n’ai pas l’intention d’y passer la nuit. Alors, je te conseille de me faire tes plus plates excuses. Et tu échapperas peut-être à ma colère.

Le sourire de Raphaël continue de le narguer.

— Je n’ai pas peur de ta colère. Tu n’es qu’un lâche. Si je n’étais pas attaché, tu ramperais devant moi. Tu te crois fort, alors que tu as seulement eu de la chance. Beaucoup de chance. Mais la chance, ça finit toujours par tourner…

Papa s’approche un peu, gardant tout de même ses distances.

— Non seulement tu vas t’excuser mais, en plus, tu vas me supplier, dit-il.

Il récupère le sac posé à ses pieds, en sort une paire de gants en caoutchouc épais qu’il enfile. Puis une bouteille en plastique blanc.

— Tu sais ce qu’il y a dans cette bouteille, fiston ?

William fait un signe de tête. Un vent de panique balaye son visage d’adolescent.

— Je pencherais pour de l’acide, le devance soudain Raphaël.

— Gagné, Einstein ! De l’acide sulfurique, plus précisément.

Papa pose la bouteille sur le rebord de la fenêtre et lorsque Raphaël le voit quitter la cellule, ses pires craintes prennent vie.

Il lui faut à peine deux minutes pour revenir avec Jessica.

Elle a tellement changé en quelques jours… La souffrance lui a creusé le visage, cerné les yeux, blanchi la peau.

Elle a vieilli.

Papa la conduit directement au fond de la pièce, pile en face des deux prisonniers.

— Que contient cette bouteille, ma colombe ?

— Je ne sais pas, monsieur…

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