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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Du vitriol. Tu sais ce que c’est ?

Elle lève vers lui des yeux terrifiés.

— Apparemment, oui ! s’amuse le bourreau.

Il ôte le bouchon avec mille précautions, craignant sans doute de recevoir une goutte sur le visage.

— Déshabille-toi, ordonne-t-il.

Jessica recule, serrant ses bras contre son corps.

— Déconne pas, Raphaël ! murmure William.

— Ça ne servirait à rien. Quoi que je fasse ce malade s’en prendra à elle, puis à nous. Y a que ça qui arrive à le faire bander, tu ne comprends pas ?

Patrick, qui s’apprêtait à arracher les vêtements de Jessica, est stoppé dans son élan. Il jette à Raphaël un regard aussi acide que le contenu de la bouteille.

Alors, le braqueur continue sur sa lancée, faisant mine de s’adresser à son frère.

— C’est un impuissant et un tordu. Incapable de se comporter comme un homme. Sans doute que sa mère l’a castré et que son père s’est barré quand il a vu l’avorton qu’il avait eu le malheur d’engendrer !

Le visage de Patrick se contracte lentement. Chaque mot semble percer sa cuirasse aussi sûrement qu’une lance.

— C’est un violeur et un assassin ! ajoute Raphaël en crachant par terre. La pire des engeances, mon frère… un rebut de l’humanité ! Il n’est bon qu’à terroriser une gamine et à cogner sur sa femme. Même pas sa femme, d’ailleurs ! Comme aucune gonzesse n’a jamais levé les yeux sur lui, il a fallu qu’il se tape sa propre nièce… Pas étonnant, avec sa gueule de pervers ! Moi, à sa place, j’aurais pas hésité : je me serais tiré une balle pour mettre fin à ma triste vie !

Papa lâche enfin Jessica pour empoigner la bouteille d’acide.

— Et tu crois que je vais m’aplatir devant ce déchet ? poursuit Raphaël avec un sourire crispé. Tu penses vraiment que je vais ramper devant cette merde ?

Raphaël tourne la tête vers Patrick qui vient de se poster devant lui. Sa main armée tremble de fureur.

Alors, le braqueur élargit son sourire et se remet lentement debout tandis que Jessica et William retiennent leur souffle.

— Tu veux que je t’apprenne à être un homme, papa ? provoque encore Raphaël. Tu veux que je te montre ? Demande à Sandra, elle te dira quel homme je suis. Elle n’a pas pu oublier… Toutes ces nuits où tu n’étais pas là.

Il a juste le temps de protéger son visage avec son bras. Papa l’asperge d’acide, avec des cris qui n’ont plus rien d’humain.

Raphaël parvient à le repousser, Patrick perd l’équilibre, lâche la bouteille qui finit de se déverser sur le sol. Puis la douleur l’atteint de plein fouet et il se replie sur lui-même, avant de s’écrouler le long du mur. Complètement enragé, papa s’acharne sur lui à coups de pied.

William fait un signe à Jessica, pétrifiée au fond de la pièce. Et, malgré sa frayeur, elle se glisse discrètement jusqu’à la porte avant de s’élancer en courant dans le couloir.

Patrick s’arrête enfin de frapper pour profiter pleinement du spectacle. Raphaël, en proie au pire des calvaires. L’acide ronge sa peau, sa chair. L’impression de brûler vif sur le bûcher.

Mais la souffrance d’un homme ne suffit pas et Patrick se tourne vers William pour jouir de sa douleur, de ses larmes.

Il lui faut encore quelques secondes pour réaliser que Jessica n’est plus dans la pièce. William se jette en travers de ses jambes au moment où il se précipite vers la sortie, le faisant lourdement chuter. Le jeune homme essaie de le retenir du mieux qu’il peut, s’agrippant de sa main libre à son pantalon, à ses chevilles.

— Lâche-moi, salopard !

Papa finit par se dégager et se rue dans le couloir.

Alors William attrape la bouteille d’eau, s’approche de son frère. Il vide doucement le liquide froid sur les brûlures, essaie de le prendre dans ses bras. Mais Raphaël refuse qu’on le touche. Pris de convulsions, il tremble, pleure. Gémit, parce qu’il n’a plus la force de hurler.

— Elle s’est sauvée, Raph… Tu as réussi, mon frère.

CHAPITRE 57

La nuit est froide.

Ses poumons sont en feu.

Elle a couru à en perdre haleine, s’appuie sur un arbre pour reprendre son souffle. Un point de côté lui cisaille le ventre, elle tremble.

Au bout de trente secondes, Jessica repart. Elle ne sait pas où elle va, ne voit pas où elle met les pieds.

Ses pieds, nus et déjà profondément écorchés.

Pourtant, elle court, s’enfonçant toujours plus dans la forêt. Les larmes réchauffent son visage glacé, elle n’arrête pas de penser à Raphaël. À ce qu’il a fait pour la sauver. À sa peau brûlée, à ses cris bouleversants.

À son sacrifice.

Qui ne doit pas être vain.

Elle frôle un buisson de ronces, a l’impression que quelqu’un vient de l’agripper. Elle hurle comme une démente, se débat dans le vide.

Ses cris résonnent dans la nuit, parfaitement silencieuse.

Enfin, elle repart, déchirant au passage sa tunique en coton.

Oublier la douleur dans son ventre, l’air qui manque dans ses poumons. Trouver la sortie, revoir la lumière au bout de cet enfer.

Maman, papa, j’arrive ! J’ai réussi à m’échapper !

Courir, encore.

Et cinquante mètres plus loin, tomber. Une chute violente qui lui coupe la respiration. Pourtant, elle se relève, chancelle, se plie en deux pour vomir.

Courir, elle n’y arrive plus. Alors elle marche. Ou plutôt titube, au milieu de nulle part. Ivre de fatigue, de peur, elle zigzague entre les arbres, jusqu’à ce qu’elle s’effondre à nouveau.

Cette fois, elle ne parvient plus à se remettre debout. Ses muscles sont paralysés.

Quelques minutes. Quelques minutes pour se reposer, pour recouvrer quelques forces.

Allez, lève-toi, Jessie ! Debout, il faut trouver du secours pour sauver William et Raphaël ! C’est ta seule chance !

Allongée sur le sol humide, elle attend que son cœur se calme un peu. Il ne faudrait pas qu’il explose.

Cinq minutes plus tard, enfin, elle se remet sur ses jambes. Et, alors qu’elle n’y croyait plus, recommence à courir.

Ses yeux s’habituent à peine à l’obscurité. Au brouillard naissant qui lui tombe dessus comme une chape de plomb.

Cinquante mètres plus loin, elle distingue quelque chose entre deux arbres et ralentit d’instinct.

Une forme, immobile.

— Où cours-tu comme ça, ma colombe ?

CHAPITRE 58

Quand William voit le monstre revenir avec Jessica entre ses griffes, le désespoir s’empare de lui.

Tout ça pour rien.

— Pardon ! gémit l’adolescente.

Impossible de savoir si elle s’adresse à Patrick ou à Raphaël.

Papa est nerveux ; même s’il contrôle à nouveau la situation, elle a bien failli lui échapper pour de bon.

— Regarde ! hurle-t-il. Je l’ai rattrapée en moins de deux ! Tu as fait tout ça pour rien, pauvre con !

Raphaël continue à trembler dans les bras de son frère. A-t-il seulement entendu la voix de son tortionnaire ?

— Donnez-lui de l’eau ! s’écrie William. Ne le laissez pas comme ça !

— Tu crois que je vais lever le petit doigt pour ce fumier ? rétorque papa d’une voix à nouveau posée. Il n’a qu’à crever. Mais il va mettre du temps, tu peux me croire…

— Si tu m’aides à le soigner, je te dirai comment fourguer les bijoux ! balance soudain William.

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