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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Il raccroche, furieux, commence à faire les cent pas dans la salle à manger pour calmer son impatience.

— Mais qu’est-ce qu’elle fout, bordel ! Pourquoi elle ne me rappelle pas !

Il retourne s’asseoir devant ses écrans, essaie de se calmer en observant ses prisonniers. William qui assiste, impuissant, à l’agonie de son frère. Jessica qui se balance d’avant en arrière en se rongeant furieusement les ongles.

Seule la souffrance qu’il inflige pourra l’apaiser. Elle seule a le don d’effacer ses propres tourments.

Il en a toujours été ainsi.

*

Dès que le portable a sonné, le commissaire Lefèbvre s’est jeté dessus. Il a attendu que la communication bascule sur le répondeur puis a appuyé sur la touche menu.

Il trouve enfin la liste des contacts.

Vide.

Il interroge alors les appels entrants et sortants : celui qui vient d’arriver s’affiche en numéro privé. Il n’y en a aucun autre.

— Merde !

Il se tourne vers Sandra qui esquisse un léger sourire.

— Je ne me marrerais pas trop à votre place ! menace le flic.

— Il est bien plus intelligent que vous ! crache-t-elle.

Surpris d’entendre sa voix, il s’approche.

— Qui est bien plus intelligent que moi ?

Le portable signale un message, le commissaire se hâte de composer le numéro de la boîte vocale et met le haut-parleur.

Une voix glaciale surgit du combiné.

« C’est moi, papa. Dis-moi où ça en est, je te prie. J’attends de tes nouvelles. Et essaie de garder ce putain de portable à portée de main, OK ? »

Le flic colle le portable sous le nez de Sandra.

— Je sais déjà que vous avez un père. Et qu’il n’a pas l’air commode…

Elle ne répond toujours pas mais il constate qu’entendre cette voix la perturbe. Son fameux point faible, peut-être ?

— Puisque vous refusez de m’aider, on va employer une autre méthode…

Dans un tiroir, il récupère son arme de service. Puis il enfile sa parka et la libère.

— Où on va ? s’étrangle Sandra.

— Au commissariat. Je veux faire les choses dans les règles.

— Je ne veux pas y aller !

— Je ne crois pas que vous ayez le choix, ricane le commissaire. Fallait pas me réveiller un jour de congé ! Mauvaise idée, ça…

— Je ne parlerai pas, prévient Sandra d’une voix rauque.

Il l’attrape par le bras, la conduit de force vers la porte.

— C’est ce qu’on verra…

CHAPITRE 60

Onze coups viennent de sonner à l’église de Mermaisan.

Et toujours aucune nouvelle de Sandra.

Patrick sent monter l’angoisse. Ce sentiment devenu si rare. Depuis qu’il a appris à tout maîtriser.

Il s’agite de plus en plus, déambulant nerveusement dans la maison.

Alors, il décide de la rappeler. Une fois encore, il tombe sur le répondeur après la quatrième sonnerie.

— Qu’est-ce que tu fous, Sandra ? Pourquoi tu ne me rappelles pas, nom de Dieu !

Il fait une courte pause, décide de changer de ton. L’effrayer n’est peut-être pas la bonne solution.

— Je suis inquiet, tu sais… J’espère que tu n’as pas eu de problème… Alors rappelle-moi vite ma chérie, d’accord ?

Il reste un moment immobile derrière son bureau. Essayant d’envisager tous les scénarii possibles.

Le portable n’est pas déchargé et il y a du réseau. Sinon, il tomberait directement sur le répondeur. Donc, c’est qu’elle ne veut pas ou ne peut pas répondre.

Accident de voiture ? Vol de son sac à main ? Un coup tordu de ce Pierre Lefèbvre ?

Et le pire de tous : Sandra aurait-elle décidé de disparaître avec l’argent ?

Il tente de se calmer en respirant profondément, plusieurs fois d’affilée.

Sandra ne ferait jamais une chose pareille. Elle a trop besoin de moi.

Trop peur de moi.

*

Le voilà revenu sur le terrain. Et pas pour n’importe quelle traque.

Remonter ses manches et passer à l’action. Ça lui rappelle d’émouvants souvenirs. Les enquêtes, les interrogatoires, les flags, les coups de filet.

Les chasses à l’homme. L’adrénaline.

Lefèbvre trace des cercles autour d’elle. Un vieux truc pour mettre le suspect mal à l’aise.

Sandra est assise sur une chaise. Elle a toujours les poignets menottés, les mains sagement posées sur ses cuisses.

Et elle fixe ses chaussures.

Ils n’ont pas de prise sur elle.

En plus de Lefèbvre, il y a un lieutenant et un capitaine dans la pièce. Deux officiers qui ne s’attendaient pas à suivre la trace des frères Orgione aujourd’hui. Ni même un autre jour d’ailleurs.

Mais Sandra n’a pas décroché un mot et ils ignorent toujours son identité. Alors l’arrestation du clan Orgione demeure encore un phantasme.

Sandra relève la tête un instant vers la fenêtre, cherchant à reprendre quelques forces dans le bleu lumineux du ciel.

On lui a signifié sa garde à vue pour complicité de braquage à main armée. Il fallait bien trouver un motif sur le PV faxé au procureur de la République. Après tout, il y avait une femme parmi les braqueurs lors du casse de la place Vendôme.

S’ils savaient qu’elle a été enterrée vivante, songe Sandra. Qu’elle est désormais la proie de la vermine souterraine…

Mais non, ils ne doivent pas le découvrir.

Sandra ne sait toujours pas comment s’extirper de ce piège.

Que ferait papa ?

Son esprit tourne à plein régime, l’aiguille est dans le rouge. Elle a l’impression d’être un insecte prisonnier d’un bocal qui essaie désespérément de s’évader et heurte sans cesse les parois de verre.

Le commissaire a demandé à ses limiers de faire le tour de tous les hôtels d’Aubagne, armés d’un portrait de cette mystérieuse inconnue. Des fois que quelqu’un la reconnaisse. Puisqu’elle dit avoir fait un long trajet, elle a peut-être posé ses bagages quelque part…

Mais elle a très bien pu dormir à Marseille et prendre le bus pour arriver chez lui.

Lefèbvre a noté sur une feuille divers noms, ne se souvenant plus de celui qu’elle lui a donné dans l’interphone.

Royer ? Tuyer ? Lécuyer ? Rulier ?

D’autres policiers assemblent son prénom à ces différents noms et cherchent dans tout le pays.

Lefèbvre ne veut pas laisser passer sa chance.

Il stoppe enfin ses tournoiements pour se camper face à la suspecte.

— Si vous coopérez, il en sera tenu compte par le juge. Réfléchissez bien…

Aucune réaction. Elle ne fronce même pas un sourcil.

— Voulez-vous que nous prévenions un proche ? Vous avez le droit… Il suffit de nous donner son numéro et son nom.

Elle ne répond pas, bien sûr. Alors Lefèbvre approche son visage du sien et balance :

— Vous voulez peut-être que nous prévenions Raphaël Orgione ?

Là, elle frotte ses mains l’une contre l’autre. Lefèbvre considère que c’est un début. Un signe, même minime, de malaise. Alors, il continue.

— Ou votre père, peut-être ? Ça fait déjà deux fois qu’il appelle, il doit vraiment être inquiet vous savez…

Le commissaire retourne s’asseoir derrière le bureau et échange un regard un peu las avec ses subordonnés.

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