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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Et désirez-vous vous faire assister d’un avocat ? poursuit-il. Si vous n’en connaissez pas, il peut vous en être commis un d’office… Alors ?

Sandra hésite à dire oui. Mais à lui non plus, elle ne pourra rien révéler.

Elle est condamnée au silence.

À perpétuité ?

Non.

Se taire, pendant les quarante-huit heures de garde à vue. Ensuite, ils la relâcheront sans doute. Pourquoi la garderaient-ils ? Parce qu’elle s’est présentée chez un flic en disant qu’elle venait de la part d’un braqueur de banques ?

Sandra relève la tête et se permet de sourire à Lefèbvre.

— Je n’ai pas besoin d’avocat, puisque je n’ai rien à me reprocher.

Le lieutenant tape enfin une ligne sur son ordinateur portable.

— Mais c’est qu’elle parle, la dame ! balance le capitaine.

Sandra tourne la tête sur la gauche, histoire de dénouer les nœuds dans sa nuque endolorie.

Au mur, un grand panneau de liège où sont punaisés divers documents et pas mal de photos.

Elle les a aperçues en entrant mais ne les a pas détaillées. En les parcourant des yeux, elle tombe soudain nez à nez avec Jessica. Juste à côté, Aurélie.

Et trente centimètres plus loin, Raphaël.

Peut-être les trois personnes les plus recherchées du pays.

La collision est violente, Sandra est secouée de la tête aux pieds. Et ça n’échappe pas au commissaire.

— C’est la photo de Raphaël qui vous fait cet effet-là ?

Elle baisse à nouveau la tête.

Regarde tes chaussures, putain !

— C’est vrai qu’il est photogénique ! ricane Lefèbvre. Mais s’il vous a envoyée chez moi, c’est que vous n’êtes pas sa petite amie du jour. Ça veut même dire qu’il ne vous aime pas beaucoup !

La jambe droite de Sandra s’agite nerveusement, malgré elle.

— Ça signifie qu’il vous veut le plus grand mal, martèle Lefèbvre. Et pourquoi Raphaël Orgione veut-il votre perte, mademoiselle ?

Sandra a envie de pleurer. Ses lèvres se mettent à trembler, elle tente de se contrôler.

— On va vous laisser réfléchir un moment, propose soudain le commissaire. Comme ça, vous aurez l’occasion de découvrir ce que ça fait de se retrouver en cellule… Vous verrez, c’est tout à fait plaisant !

Le capitaine, un grand type un peu dégingandé, l’attrape par le bras, elle a un violent mouvement de recul pour lui échapper. Il va pour la saisir à nouveau, elle le fusille du regard.

— Ne me touchez pas ! murmure-t-elle d’une voix glacée.

Le flic lève les bras, avec un petit sourire en coin.

— Pas de souci, madame ! Les geôles sont au sous-sol, je vous laisse passer devant…

*

— Appelle ton pote, ordonne Patrick en tendant le portable à Raphaël.

Le braqueur est toujours allongé sur son matelas crasseux. Il n’a guère bougé depuis la veille au soir.

Parce que à chaque mouvement, la douleur est insoutenable.

Et même quand il reste immobile, elle s’acharne sur lui. Sans aucun répit.

— Tu lui demandes s’il a donné le fric à Sandra, poursuit Patrick.

Raphaël parvient à esquisser un rictus.

— T’as pas de nouvelles d’elle, hein papa ? Et tu fais dans ton froc…

— Ta gueule ! Appelle.

— J’ai trop soif pour pouvoir parler à qui que ce soit, rétorque Raphaël en refermant les yeux. Donne-moi de l’eau et on verra…

Papa se concentre un instant pour retrouver son calme légendaire.

— Si j’étais toi, je ne jouerais pas à ce petit jeu-là, dit-il. Parce qu’il me reste une bouteille d’acide sulfurique dans la remise.

— Vraiment ?… Au point où j’en suis, j’ai plus grand-chose à craindre.

— C’est sur Jessica que je vais la verser, pas sur toi.

— Ça, ça m’étonnerait. Tu n’as pas envie de trop l’abîmer, cette petite. Pas avant de l’avoir bien baisée. Je me trompe ?

Le visage de Patrick se contracte.

— T’as peut-être raison… Merci du conseil. Alors c’est ton frangin qui va prendre.

— Ce que je supporte, il est capable de le supporter, contre-attaque Raphaël.

William, raide comme la justice, acquiesce d’un hochement de tête. Même si la peur lui broie les entrailles.

— Si tu veux que j’appelle mon pote, et si tu veux qu’il reconnaisse ma voix, file-moi à boire. Je veux aussi des trucs pour calmer la douleur. Sinon, j’appellerai personne.

— OK, champion. Je vais t’apporter ce que tu veux. Mais t’as pas intérêt à me jouer un de tes tours… Sinon, je te garantis que c’est ta mère que tu vas appeler.

Patrick quitte la pièce, claque la porte un peu fort.

— Il perd ses moyens, chuchote Raphaël.

— Fais gaffe, quand même, engage William. Il est capable de tout, ce fumier !

— Merci, j’suis au courant…

Raphaël pousse une sorte de gémissement. Même parler est une souffrance.

— T’as toujours aussi mal ?

— À ton avis ?

William se rencogne dans l’angle du mur, abandonnant un peu le chevet du blessé.

Ce que je supporte, il est capable de le supporter.

*

En guise de déjeuner, Sandra a eu droit à un sandwich au jambon accompagné d’une petite bouteille d’eau.

Comme Jessica.

« Désolé chère inconnue, mais le micro-ondes est en panne ! » a ironisé le lieutenant.

La geôle vitrée pue le renfermé et la transpiration.

Regarder le sandwich lui file la nausée.

« Passer votre vie enfermée dans une cellule telle que celle-là, ou presque, voilà ce qui vous attend ! » a renchéri le commissaire.

Sandra n’y croit pas.

Elle tape du poing sur la cloison en Plexiglas, un homme en tenue ne tarde pas à se présenter.

— Je veux parler au commissaire Lefèbvre, annonce-t-elle.

— Je vais le chercher.

Le policier disparaît, Sandra tourne en rond dans sa cage.

Pourvu qu’elle ne commette pas d’erreur !

Alors, qu’est-ce qu’il fout, ce putain de flic ?

Elle se rassoit sur le banc, ayant compris qu’il va la faire attendre…

*

Raphaël a bu un demi-litre d’eau d’un trait.

Il passe la bouteille à William qui en fait autant.

— Et les médocs ?

— Quand tu auras téléphoné, répond papa en lui montrant la boîte.

— Non, maintenant.

Patrick sourit et fait disparaître l’aspirine dans la poche de son pantalon.

— Comme tu voudras, champion, soupire-t-il. C’est toi qui souffres, après tout… Et de toute façon, Sandra ne tardera plus à revenir.

— Si tu le dis…

— Me cherche pas trop, prévient Patrick. Sinon, tu vas entendre hurler ta petite copine.

— J’ai pas de petite copine, riposte le braqueur. Et je sais comment tu fonctionnes : que je téléphone ou pas, son sort est jeté. Tu n’as pas besoin de prétexte pour torturer les gens. Alors, je vois pas pourquoi je te faciliterais la vie.

Papa pose l’aspirine sur le rebord de la fenêtre, pile en face du braqueur.

— Je te laisse réfléchir, Einstein. À toi de voir. Si tu changes d’avis, appelle-moi. Je ne serai pas loin.

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