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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Will, 26 ans

William s’est enfoncé dans la forêt.

L’endroit semble désert.

Parfait.

Il extirpe de son sac à dos une petite bouteille de bière avec laquelle il se désaltère. Puis il la dépose sur un rocher et recule.

Avec un sourire d’enfant, il saisit le Beretta qu’il vient d’acquérir.

Pistolet automatique, calibre 45.

Une arme de tueur. Entre les mains d’un jeune magasinier. Qui met les palettes en rayon, dans un supermarché de Troyes.

Impossible de trouver un vrai boulot, même avec un bac en poche et la maîtrise de deux langues étrangères.

William a tout testé. De la restauration rapide jusqu’à la grande distribution, en passant par la tenue d’ouvrier sur les chantiers ou les routes.

Quatre ans de galère depuis qu’il a décidé de décliner l’aide de Pierre.

Heureusement qu’il donne des cours d’anglais ou d’italien à des ados indolents pour arrondir ses fins de mois.

Il ajuste son tir, appuie sur la détente. Le bruit est monstrueux.

Délicieusement monstrueux.

La bouteille explose. En plein dans le mille.

Il faut dire que Will s’est entraîné pendant près d’un an dans un club de tir avant de s’acheter cette arme.

Sous le manteau, bien sûr.

Deux mois de salaire, une bonne affaire pour un tel flingue.

Propre et sans histoire.

William en a assez de jouer les larbins pour un employeur tyrannique.

William en a marre de charrier des palettes d’eau minérale, gazeuse ou plate. Des tonnes de canettes de bière. Des quintaux de Mousline ou d’Uncle Ben’s.

Marre d’être exploité.

D’être un raté.

Le seul avantage, c’est qu’il est sûr que les filles ne le remarquent pas pour son compte en banque ou la dernière Audi qu’il rêve de piloter !

Mais aucune, à ce jour, n’a su remplacer Mathilde…

Ces quatre dernières années l’ont persuadé que l’honnêteté n’est pas forcément la seule voie.

Quatre ans pendant lesquels il a commencé à comprendre pourquoi Raphaël a pris de tels risques.

Oui, le jeune Will a d’autres projets.

La génétique a parlé.

Il est un Orgione, après tout. Et les frères Orgione ne bossent pas dans un supermarché.

Alors, il doit se tenir prêt.

Prêt pour un autre avenir.

Prêt pour la sortie de prison de Raphaël. D’ici deux ou trois ans.

Prêt à monter avec lui sur le prochain coup qui germe déjà dans son cerveau, il en est sûr.

Un coup de maître, c’est certain.

Qui les réunira.

Les rendra riches.

Et libres, enfin.

Vendredi 14 novembre

CHAPITRE 59

7 h 30

Sandra descend à la réception régler sa note ; en liquide, comme papa le lui a ordonné.

L’employé est un jeune homme au physique passepartout et aux méthodes de drague plutôt expéditives. Sandra répond à ses allusions d’un simple sourire agacé et se hâte de rejoindre le parking, surprise d’être accueillie par un vent glacé.

Il est encore tôt, mais elle ne doit pas rater l’homme qu’elle est venue rencontrer. Même s’il n’est sans doute pas du style à aller sagement au bureau tous les matins, mieux vaut se montrer prudente.

Elle risque de le tirer du lit, mais tant pis.

Elle jette son sac dans le coffre du Nissan, s’aperçoit alors que le pneu arrière droit est totalement à plat.

— Et merde ! C’est pas vrai…

Elle a dû crever pendant le trajet de la veille et le pneu se sera dégonflé pendant la nuit.

La poisse.

Elle consulte sa montre, cherchant la meilleure solution.

Finalement, elle retourne à la réception. Puisque ce type semble sensible à ses charmes, autant en profiter.

— Excusez-moi, monsieur…

— Madame ?

— J’ai un pneu crevé sur ma voiture.

— C’est embêtant ça !

— D’autant que je suis déjà très en retard. Vous pourriez m’aider à le changer ? espère-t-elle.

Il la toise un peu de travers. Pas de doute : son charme n’y suffira pas. Alors Sandra sort un billet de cinquante euros de l’enveloppe remise par papa et le pose devant l’employé.

— Le même lorsque la roue sera changée.

La mine du type se radoucit instantanément.

— Je ne peux pas vous aider dans l’immédiat, je dois rester à l’accueil jusqu’à ce que mon remplaçant arrive… Dans une demi-heure, ça vous irait ?

— Bon, je vais aller à pied à mon rendez-vous et je reviens dans à peu près une heure, dit Sandra en lui confiant la clef du Nissan. Merci.

Grâce à son repérage de la veille, elle sait qu’elle est environ à un quart d’heure de marche de la villa de Lefèbvre. Elle se met donc immédiatement en route, poussée par un mistral réfrigérant.

Vingt minutes plus tard, le grand portail blanc se dresse à nouveau devant elle. Elle sonne, patiente en dansant d’un pied sur l’autre. La température est vraiment basse, ce matin. Mais le ciel est d’un bleu étonnant.

Presque malgré elle, ça lui rappelle les yeux de Raphaël.

De toute façon, elle ne cesse de penser à lui. Une véritable malédiction.

Elle appuie une seconde fois et un homme lui répond enfin.

— Oui ?

Il n’a pas l’air content d’être dérangé, Sandra l’entend dans sa voix.

— Bonjour, je suis Mme Thuillier, je viens de la part de Raphaël.

— Hein ?

— Je viens de la part de Raphaël ! répète Sandra en haussant la voix. Mon mari vous a prévenu…

Après un court silence, l’homme répond enfin :

— Attendez, j’arrive.

Même si l’accueil n’est pas des plus cordiaux, Sandra est soulagée. Elle va pouvoir rentrer chez elle et rapporter à son oncle ce qu’il attend.

Il sera satisfait, elle échappera à sa colère.

Le portail s’ouvre, un homme apparaît. Pas très grand mais trapu, la cinquantaine, les cheveux gris, ébouriffés. En tee-shirt, caleçon et tongs malgré le froid cinglant.

Pas d’erreur, elle vient de le réveiller. Et s’en trouve plutôt mal à l’aise. Surtout qu’il s’agit sans doute d’un malfrat rangé des voitures… Ou pas.

— Bonjour, dit-elle en essayant de sourire. Vous êtes bien monsieur Pierre Lefèbvre ?

— C’est moi. J’ai rien compris à ce que vous m’avez dit… Vous venez pourquoi ?

— Je suis Sandra… Je viens de la part de Raphaël.

— Raphaël qui ? s’impatiente le type.

— Raphaël Orgione.

L’homme la dévisage d’un drôle d’air. Puis enfin, il retrouve la parole.

— Vous venez de la part de Raphaël Orgione ?

— Oui… Et de son frère, William. Raphaël vous a appelé, il y a quelques jours, pour vous prévenir. Enfin, c’était mon mari qui devait venir, mais il n’a pas pu… C’est pour récupérer l’argent.

Soudain, M. Lefèbvre sourit.

— Entrez.

Sandra respire à nouveau. Un moment, elle a cru qu’il allait lui claquer la porte au nez. Ils traversent le jardin, montent un escalier en pierre et pénètrent enfin chez lui.

— Excusez-moi, je crois que je vous réveille. Mais je viens de loin et…

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