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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Et une tramée, une, dit-il avec une nuance de défi claironnante.

Puis il ajouta à voix basse :

— Maudite sois-tu !

3

Ils retrouvèrent leur sang-froid pendant la chevauchée de retour — la brise marine qui leur fouettait la figure était merveilleusement roborative après l’odeur de mort recuite du canyon et de la tramée.

Comme ils gravissaient la pente de l’Aplomb (suivant une longue diagonale pour ménager leurs chevaux), Alain dit :

— Qu’est-ce qu’on fait ensuite, Roland ? Tu le sais ?

— Non, en fait, je l’ignore.

— On pourrait commencer par dîner, fit Cuthbert avec enjouement en tapotant le crâne creux de la vigie pour bien marquer le coup.

— Tu sais bien ce que je veux dire.

— Oui, convint Cuthbert. Et laisse-moi te dire quelque chose, Roland…

— Will, s’il te plaît. Maintenant qu’on est de retour sur l’Aplomb, appelle-moi Will.

— Si fait, très bien. Alors laisse-moi te dire une chose, Will : on ne peut plus continuer comme ça à compter des filets, des bateaux, des métiers à tisser et des jantes métalliques. On commence à être à court de choses sans importance. Je crois que passer pour des crétins finis deviendra beaucoup plus difficile, dès qu’on va s’intéresser au côté élevage chevalin de la vie à Hambry.

— Si fait, dit Roland.

Il arrêta Flash et regarda en arrière le chemin qu’ils venaient de parcourir. Il fut momentanément enchanté par la vue des chevaux, paraissant atteints d’une sorte de folie lunatique, qui galopaient et folâtraient dans l’herbe argentée.

— Mais je vous le répète à tous les deux, il ne s’agit pas que de chevaux. Est-ce que Farson en a besoin ? Si fait, peut-être. Mais l’Affiliation, aussi. Et des bœufs, aussi. Mais il y a des chevaux partout — peut-être pas aussi bons que ceux-ci, je l’admets, mais dans une tempête n’importe quel port fait l’affaire, comme on dit. Donc, s’il ne s’agit pas de chevaux, alors de quoi ? Jusqu’à ce que je le sache, ou que je décide qu’on ne le saura jamais, on continue comme avant.

Une partie de la réponse les attendait au Bar K. Perchée sur la barre d’attache et agitant sa queue gaillardement. Quand le pigeon sauta dans la main de Roland, ce dernier vit que l’une de ses ailes était étrangement déplumée. Un animal quelconque — un chat, sans doute — avait dû ramper assez près de lui pour lui voler dans les plumes, estima-t-il.

Le message collé à la patte du pigeon était bref, mais explicitait une bonne part de ce qu’ils n’avaient pas encore compris.

Il faut que je la revoie, songea Roland, après avoir lu. Et il ressentit un accès de joie. Son pouls battit plus vite et, sous la froide clarté d’argent de la Lune du Colporteur, il sourit.

CHAPITRE 9

Citgo

1

La Lune du Colporteur commença à décroître ; elle allait emporter avec elle le plus beau et le plus chaud de l’été. Un après-midi, quatre jours après son plein, le vieux mozo de la Maison du Maire (Miguel était déjà là bien avant l’époque de Hart Thorin et, selon toute probabilité, y serait longtemps encore après que Thorin aurait réintégré son ranch) se présenta au logis que Susan partageait avec sa tante. Il menait une magnifique jument alezane par la bride. C’était le deuxième des trois chevaux promis et Susan reconnut Félicia immédiatement. La jument avait été l’une de ses préférées pendant son enfance.

Susan étreignit Miguel, couvrant ses joues barbues de baisers. Le vieillard aurait souri de toutes ses dents, si seulement il lui en était resté une.

— Gracias, gracias, merci mille fois, vieux père, lui dit-elle.

— De nada, lui répondit-il en lui tendant la bride. Présent d’arrhes du Maire.

Elle l’accompagna du regard, et son sourire s’effaça peu à peu sur ses lèvres. Félicia se tenait docilement à ses côtés, sa robe d’un brun foncé luisait comme un rêve sous le soleil d’été. Mais ce n’avait rien d’un rêve. Ça en avait eu l’apparence au début — ce sentiment d’irréalité avait été une autre incitation à tomber dans le panneau, elle le comprenait à présent —, mais ce n’en était pas un. Elle avait prouvé son honnêteté ; voilà maintenant qu’elle était la destinataire des « présents d’arrhes » d’un homme riche. L’expression sacrifiait bien sûr à l’usage… on pouvait aussi la voir comme une amère plaisanterie, suivant son humeur et sa conception de la vie. Félicia n’était pas plus un cadeau que Pylône ne l’avait été — ils n’étaient que l’exécution au coup par coup des clauses du contrat auquel elle avait consenti. Tante Cord pouvait bien se montrer choquée, Susan savait la vérité : ce qui l’attendait, c’était de la putasserie, purement et simplement.

Tante Cord se tenait à la fenêtre de la cuisine tandis qu’elle rentrait son présent (rien d’autre qu’une restitution de ce qui lui appartenait, aux yeux de Susan) à l’écurie. Elle lui lança une joyeuseté du genre que la jument était une bonne chose, car s’en occuper laisserait moins de temps à Susan pour ses ruminations. Cette dernière se retint de lui répliquer vertement. Les deux femmes avaient observé une trêve précautionneuse depuis leur prise de bec lors de l’épisode des casaques, et Susan ne tenait point à être celle qui la romprait. Elle avait trop de choses en tête et sur le cœur. Elle pensait que la prochaine querelle avec sa tante la briserait aussi simplement qu’une brindille sèche écrasée par une botte. Parce que se taire est souvent ce qu’il y a de mieux à faire, lui avait dit son père, quand, vers l’âge de dix ans, elle lui avait demandé pourquoi il était aussi silencieux. Si sa réponse l’avait troublée à l’époque, maintenant elle la comprenait mieux.

Elle installa Félicia à l’écurie près de Pylône, la bouchonna et lui donna à manger. Tandis que la jument mâchonnait son avoine, Susan examina ses sabots. Elle ne goûta guère l’aspect des fers de la jument — trop Front de Mer pour elle —, aussi prit-elle au clou près de la porte de l’écurie la sacoche où son père rangeait les siens, la passa-t-elle en bandoulière et couvrit-elle les trois quarts de lieue qui la séparaient du Relais & Sellerie Hookey. Sentir la sacoche de cuir lui battre la hanche fit resurgir l’image de son père avec une netteté telle que le chagrin la tenailla avec une fraîcheur renouvelée et lui donna envie de pleurer. Elle songea que sa situation actuelle l’aurait épouvanté, et peut-être même rempli de dégoût. Mais il aurait bien aimé Will Dearborn, de ça elle était persuadée — il l’aurait apprécié et l’aurait approuvée, elle, de l’avoir choisi, lui. C’était la touche finale qui rendait le tableau si terrible.

2

Elle avait su ferrer un cheval depuis toujours. Et y prenait même du plaisir, quand elle était d’humeur ; c’était salissant, primitif, avec toujours la possibilité de recevoir un bon coup de sabot dans les côtes pour soulager l’ennui et ramener une fille à la réalité. Mais de la fabrication des fers, elle ne savait rien et n’avait nulle envie d’apprendre. Brian Hookey les forgeait derrière son écurie-hostellerie, toutefois ; Susan choisit sans mal quatre fers neufs de la bonne taille, humant avec délices l’odeur de cheval et de foin fraîchement coupé. De peinture fraîche aussi. Les Établissements Hookey avaient l’air en parfait état : jetant un coup d’œil au toit de l’écurie, elle n’y détecta aucun trou. Hookey traversait une période florissante, semblait-il.

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