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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— C’est pour vous, Will Dearborn !

— Vraiment ? Qu’est-ce que c’est ?

— Des graines ! Voilà quoi.

— De ta part, Sheemie ?

— Oh, non.

Roland prit le paquet — une simple enveloppe qu’on avait pliée et scellée. Il n’y avait rien d’écrit ni au recto ni au verso. Et s’il s’en fiait à ses doigts, il ne sentait pas la présence de graines à l’intérieur.

— De la part de qui, alors ?

— Me souviens plus, fit Sheemie, qui détourna les yeux.

Son intelligence était ainsi faite, se dit Roland, qu’il n’était jamais malheureux très longtemps et se montrait incapable de mentir. Puis Sheemie regarda à nouveau Roland, avec une timidité pleine d’espoir.

— Mais je me rappelle ce que je devais vous dire.

— Si fait ? Alors, parle, Sheemie.

S’exprimant comme quelqu’un qui récite un texte appris à grand-peine, fier et nerveux à la fois, il lui dit :

— Voici les graines que vous avez semées sur l’Aplomb.

Les yeux de Roland flamboyèrent d’un éclat si sauvage que Sheemie recula d’un pas en trébuchant. Il tira vivement sur sa sombrera et, tournant les talons, détala pour se mettre en sécurité auprès de ses fleurs. Sheemie aimait bien Will Dearborn et ses amis (en particulier, Messire Arthur Heath, qui disait parfois des choses qui le faisaient se plier en deux), mais à ce moment précis, il vit quelque chose dans les yeux de Will-sai qui l’effraya grandement. À cet instant, il comprit que Will n’était pas moins un tueur que l’homme à la cape ou celui qui avait voulu que Sheemie lui nettoie les bottes avec sa langue, ou encore le vieux Jonas aux cheveux blancs et à la voix tremblotante.

Il était aussi mauvais qu’eux, sinon pire.

8

Roland glissa le prétendu paquet de graines dans sa chemise et ne l’ouvrit pas tant qu’ils ne furent pas tous trois retournés au Bar K et installés sur le porche. Au loin grommelait la tramée, qui faisait se crisper de nervosité les oreilles de leurs chevaux.

— Eh bien ? demanda pour finir Cuthbert, incapable de se refréner plus longtemps.

Roland sortit l’enveloppe de sa chemise et l’ouvrit en la déchirant. Ce faisant, il songea que Susan avait su exactement quoi dire. À la perfection.

Les autres se penchèrent, Alain à sa gauche et Cuthbert à sa droite, tandis que Roland dépliait l’unique morceau de papier. À nouveau, il reconnut l’écriture simple et soignée de Susan. Si son message était à peine plus long que le précédent, le contenu en était néanmoins fort différent.

Il y a une orangeraie à une demi-lieue de la route, côté ville de Citgo. Retrouvez-moi là-bas quand la lune se lèvera. Venez seul. S.

En dessous, en petites capitales, non dénuée d’emphase, cette objurgation : BRÛLEZ CECI.

— On fera le guet, dit Alain.

Roland acquiesça.

— Si fait. Mais de loin.

Puis il brûla le billet de Susan.

9

L’orangeraie formait un rectangle très bien cultivé d’une dizaine de rangées, au bout d’un chemin charretier envahi par les mauvaises herbes. Roland y arriva à la tombée de la nuit, mais une bonne demi-heure avant que la Lune du Colporteur rapidement déclinante ne se hisse au-dessus de l’horizon une fois encore.

Alors que le garçon arpentait à l’aventure l’une des rangées, écoutant les cliquetis de squelette en provenance du pétroléum au nord (couinement de pistons, grincements d’engrenages, bruits sourds d’arbres moteurs), il fut pris d’un profond mal du pays. C’était la frêle senteur des fleurs d’oranger — strate claire venant coiffer la puanteur plus sombre du pétrole — la responsable. Cette orangeraie miniature n’était rien comparée aux grands vergers de pommiers de la Nouvelle Canaan… et pourtant, à sa façon, elle soutenait la comparaison. Il y avait ici le même sentiment de dignité et de civilisation, de beaucoup de temps consacré à quelque chose de pas strictement nécessaire. Et dans ce cas-ci, soupçonnait-t-il, de pas très utile non plus. Les oranges cultivées si loin au nord des chaudes latitudes étaient probablement aussi acides que des citrons. Pourtant, quand la brise agita les arbres fruitiers, l’odeur le fit penser à Gilead avec amertume et nostalgie, et pour la première fois, il envisagea l’éventualité de ne jamais revoir son pays natal — devenu un vagabond sur la terre comme cette vieille Lune du Colporteur dans le ciel.

Il l’entendit venir, mais elle était déjà presque sur lui — si elle avait été une ennemie et non une amie, il aurait eu encore le temps de dégainer et de tirer, mais de justesse. Déjà plein d’admiration, apercevoir son visage à la lueur des étoiles lui réjouit le cœur.

Elle fit halte quand il se retourna, le regardant à peine. Elle avait les mains croisées à hauteur de la taille dans une pose enfantine, charmante d’autant plus qu’elle n’était pas étudiée. Elle les leva quand il fit un pas vers elle, ce qu’il prit à tort pour un geste de frayeur dans cette lumière incertaine. Il s’arrêta, confus. Elle aurait pu ne pas aller plus loin, mais choisit de n’en rien faire. Elle s’avança vers lui délibérément, jeune femme élancée en robe d’amazone et bottes noires. Son sombrero dans le dos masquait en partie la tresse de ses cheveux.

— Will Dearborn, nous sommes unis pour le meilleur et le pire, dit-elle d’une voix tremblante ; il l’embrassait déjà ; et leurs corps s’embrasèrent l’un l’autre tandis que se levait le dernier quartier famélique de la Lune du Colporteur.

10

Solitaire dans sa masure là-haut sur le Cöos, Rhéa était attablée dans sa cuisine, penchée sur la boule de cristal que les Grands Chasseurs du Cercueil lui avaient apportée un mois et demi plus tôt. Sa lumière rose baignait un visage que plus personne n’aurait confondu avec celui d’une jeunette. Une vitalité extraordinaire l’avait portée pendant de nombreuses années (seuls les plus anciens habitants d’Hambry avaient une petite idée de l’âge réel de la vieille Rhéa du Cöos, et une bien vague idée, encore), mais le cristal était finalement en train de la miner — de la lui boire comme un vampire suce le sang. Dans son dos, la grande pièce de la masure paraissait encore plus miteuse et encombrée que d’habitude. Ces jours, elle n’avait même plus de loisir pour un semblant de ménage ; la boule de cristal lui absorbait tout son temps. Quand elle n’y regardait point, elle pensait à y regarder… et oh ! Quelles choses elle y avait déjà vues !

Ermot s’enroula autour de l’une de ses jambes décharnées ; il était agité et sifflait, mais elle le remarqua à peine. Elle se pencha davantage encore sur la lueur rose poison du cristal, enchantée de ce qu’elle y voyait.

C’était la fille qui était venue la trouver pour qu’elle atteste de son « honnêteté » et le jeune homme qu’elle avait vu la première fois qu’elle avait regardé dans le cristal. Celui qu’elle avait pris pour un pistolero, jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive de sa jeunesse.

Cette fille fantasque, qui était venue en chantonnant chez Rhéa et s’en était retournée dans un silence plus convenable, avait prouvé son « honnêteté », et pouvait bien être encore « honnête » (il était certain qu’elle embrassait et tripotait ce garçon avec le mélange d’avidité et de timidité d’une vierge), mais elle ne le resterait plus très longtemps, s’ils continuaient à ce train-là. Et Hart Thorin ne se préparait-il pas une surprise quand il mettrait sa jeune gueuse prétendument pure dans son lit ? Il y avait des façons d’abuser les hommes sur ce point de détail (d’ailleurs, les hommes suppliaient d’être abusés là-dessus), un dé à coudre de sang de porc faisait joliment l’affaire, mais elle n’en savait rien. Oh, c’était trop bon ! Dire qu’elle pouvait voir Mamzelle Grands Airs en rabattre, ici même, dans ce merveilleux cristal ! Oh, c’était trop bon ! Trop merveilleux !

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