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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Au cœur des ténèbres qui s’amoncelaient, elle émit un claquement de langue à l’adresse de Félicia et mit le cap sur son logis.

4

Le jour suivant était un dimmenche, jour de repos traditionnel des cow-boys. La petite bande de Roland le prit aussi.

— Ce n’est que justice, commenta Cuthbert, puisque pour commencer, on sait vraiment pas ce qu’on fait, bon sang.

Ce dimmenche-là — le sixième depuis leur arrivée à Hambry —, Cuthbert arpentait le marché d’en haut (celui d’en bas était bien meilleur marché mais sentait trop la caque et le hareng à son goût) tout en essayant de contenir ses larmes à la vue de ponchos de couleur vive. Car sa mère possédait un poncho qu’elle aimait beaucoup, et de songer comment elle chevauchait parfois en le laissant flotter au vent l’avait rempli d’un mal du pays d’une violence presque sauvage. « Arthur Heath », le ka-mai de Roland à qui sa maman manquait tellement qu’il en avait les yeux humides ! C’était une blague bien digne de… oui, bien digne de Cuthbert Allgood.

Alors qu’il se tenait là, à examiner les ponchos et aussi des couvertures dolina suspendues en enfilade, les mains derrière le dos, comme le visiteur d’une galerie d’art (tout en continuant à refouler ses larmes), on lui frappa légèrement sur l’épaule. Il se retourna et se retrouva face à la fille aux cheveux blonds.

Cuthbert n’était nullement surpris que Roland se fût amouraché d’elle. Elle était à couper le souffle, même en jean et chemise fermière. Sa chevelure était retenue en arrière par un écheveau de lanières de cuir et elle avait les yeux du gris le plus lumineux que Cuthbert eût jamais vu. Ce dernier trouva que cela tenait du miracle que Roland ait pu continuer à se soucier des autres aspects de la vie courante, brossage de dents compris. En tout cas, elle apporta la guérison à Cuthbert ; sa crise de sentimentalisme regardant sa mère disparut instantanément.

— Sai, dit-il.

Le seul mot qu’il put prononcer, du moins au début. Elle acquiesça et lui tendit ce que les habitants de Mejis appelaient une corvette — « petit paquet », au sens littéral ; « petite bourse », dans la pratique. Ces petits accessoires de cuir, qui ne pouvaient contenir guère plus que quelques pièces, étaient davantage portés par les dames que par les messieurs, bien qu’il n’y eût aucun diktat de la mode sur ce point.

— Vous avez laissé tomber ceci, mon goujat, dit-elle.

— Que nenni, grand merci, sai.

Elle aurait très bien pu appartenir à un homme — en cuir noir sans ornements ni froufrous — mais il ne l’avait jamais vue. Il n’avait jamais porté de corvette, d’ailleurs.

— Elle est à vous, dit-elle en le regardant si intensément qu’il ressentit comme une brûlure.

Il aurait dû comprendre tout de suite, mais son apparition inattendue l’avait aveuglé. Tout comme son ingéniosité. On ne s’attend pas à tant d’ingéniosité chez une fille aussi belle ; les belles filles n’ont pas besoin d’en avoir, en règle générale. D’après Bert, il suffisait aux belles filles de s’éveiller le matin.

— C’est la vôtre.

— Si fait, si fait, dit-il, lui arrachant presque la bourse des doigts.

Il sentit un sourire idiot illuminer son visage.

— À présent que vous le dites, sai…

— Susan.

Ses yeux étaient graves et vigilants, malgré son sourire.

— Appelez-moi, Susan, je vous en prie.

— Avec plaisir. J’implore votre pardon, Susan, c’est juste que ma jugeote et ma mémoire, en ce beau dimmenche, sont parties en vacances main dans la main — éclipsées, comme qui dirait — et m’ont laissé la tête vide, momentanément.

Il aurait pu continuer à jacasser de la sorte une bonne heure de plus (ça lui était déjà arrivé ; Roland et Alain pouvaient en témoigner), mais elle l’arrêta vivement avec le naturel d’une sœur aînée.

— Je comprends aisément que vous n’exerciez aucun contrôle sur votre tête, Messire Heath — pas plus que sur votre langue — mais peut-être prendrez-vous plus de soin de votre bourse à l’avenir. Bonne journée.

Elle était déjà loin avant qu’il ait pu émettre un son.

5

Bert trouva Roland là où on le trouvait souvent, ces jours : sur cette partie de l’Aplomb que nombre de gens du coin surnommaient le Belvédère. On y jouissait d’un beau point de vue sur Hambry, rêvassant dans la brume bleue d’un dimmenche après-midi, mais Cuthbert doutait fort que ce fût ce spectacle qui attirât sans cesse son plus vieil ami en ce lieu. À son avis, une raison plus plausible était qu’il pouvait y contempler à son aise la maison des Delgado.

Ce jour-là, Roland était en compagnie d’Alain et ni l’un ni l’autre ne disaient mot. Si Cuthbert n’avait pas de mal à accepter l’idée que certaines personnes puissent rester de longs moments sans se parler, il n’en pensait pas moins qu’il ne le comprendrait jamais.

Il les rejoignit au galop et plongeant sa main sous sa chemise, en tira la corvette.

— De la part de Susan Delgado. Elle me l’a donnée au marché d’en haut. Elle est très belle, mais aussi maligne qu’un serpent. Cela dit avec l’admiration la plus absolue.

Le visage de Roland s’anima, plein de feu et de vie. Quand Cuthbert lui lança la corvette, il l’attrapa au vol et tira sur le lacet avec ses dents. À l’intérieur, au lieu des rouges liards qu’y aurait conservés tout voyageur, il n’y avait qu’un simple morceau de papier plié. Roland le lut rapidement : ses yeux perdirent leur éclat et son sourire s’évanouit sur ses lèvres.

— Qu’est-ce que ça dit ? demanda Alain.

Roland le lui tendit et retourna à sa contemplation de l’Aplomb. C’est en voyant une telle désolation dans le regard de son ami que Cuthbert eut pleinement conscience de la place que Susan Delgado avait prise dans sa vie — et dans la leur, par voie de conséquence.

Alain passa le mot à Cuthbert. Il ne comportait qu’une ligne :

Il est préférable de ne pas nous revoir. Pardon.

Cuthbert le lut deux fois, comme si cette relecture pouvait y changer quelque chose, avant de le rendre à Roland. Ce dernier remit le mot dans la corvette, tira le lacet et fourra la petite bourse sous sa chemise.

Cuthbert redoutait plus le silence que le danger (car dans son esprit, silence égalait danger), mais toutes les idées qui lui vinrent pour entamer une conversation lui parurent pétries d’insensibilité et de puérilité, si l’on s’en rapportait à la tête que faisait son ami. Roland semblait avoir absorbé du poison. Si Cuthbert était dégoûté à l’idée que cette fille si charmante allait jouer à la bête à deux dos avec le Maire de Hambry, ce squelette ambulant, la mine de Roland lui causait des émotions plus violentes. Pour ça, il aurait pu la haïr.

Alain prit enfin la parole, presque timidement.

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant, Roland ? Va-t-on aller fureter là-bas au pétroléum sans elle ?

Cuthbert fut rempli d’admiration. Quand ils le rencontraient pour la première fois, beaucoup de gens cataloguaient Alain Johns comme un lourdaud. Ce qui était très loin de la vérité. Voilà qu’à présent, usant d’une diplomatie que Cuthbert n’aurait jamais pu égaler, il venait de souligner que la première — et malheureuse — expérience amoureuse de Roland ne les déchargeait pas de leurs responsabilités.

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