Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Et Roland réagit à cela, en se redressant sur sa selle. La forte lumière dorée de cet après-midi-là éclaira son visage de manière contrastée, qui fut un instant hanté par le spectre de l’homme qu’il deviendrait. Cuthbert frissonna à la vision de ce spectre — ignorant ce qu’il voyait, il savait seulement que c’était épouvantable.
— Les Grands Chasseurs du Cercueil, dit-il. Est-ce que tu les as aperçus en ville ?
— Jonas et Reynolds, répondit Cuthbert. Toujours aucun signe de Depape. À mon avis, Jonas a dû l’étrangler de dépit et le jeter à la mer du haut de la falaise, après la fameuse soirée au bar.
Roland secoua la tête.
— Jonas a trop besoin d’hommes de confiance pour les gaspiller, il marche sur la même corde raide que nous. Non, il a juste expédié Depape au loin pour un bout de temps.
— Expédié où ça ? demanda Alain.
— Là où il lui faudra chier dans les buissons et dormir sous la pluie s’il fait mauvais temps.
Roland eut un bref éclat de rire, sans trace d’humour.
— Jonas a lancé Depape à rebours sur nos traces, c’est plus que probable.
Alain grommela entre ses dents, surpris sans vraiment l’être. Roland monté sur Flash contemplait, par-delà l’étendue de cette terre superbe, les chevaux qui pâturaient. Il tripotait machinalement la corvette qu’il avait serrée sous sa chemise. Il reporta enfin son regard sur ses deux amis.
— On va encore attendre un peu, dit-il. Peut-être qu’elle changera d’avis.
— Roland… commença Alain, d’un ton très sérieux sous sa gentillesse.
Roland leva la main avant qu’Alain n’aille plus loin.
— Ne doute pas de moi, Alain… je parle en digne fils de mon père.
— Fort bien.
Alain tendit la main et agrippa brièvement Roland par l’épaule. Quant à Cuthbert, il réservait son jugement. Roland agirait ou non en digne fils de son père ; Cuthbert devinait qu’au point où il en était, Roland savait à peine ce qu’il voulait.
— Tu te souviens de ce que Cort nous disait être la faiblesse principale d’asticots comme nous ? demanda Roland, avec l’ombre d’un sourire.
— Vous foncez sans réfléchir et tombez dans un trou, cita Alain, imitant la grosse voix de Cort.
Ce qui fit rire Cuthbert aux éclats.
Le sourire de Roland s’accentua un brin.
— Si fait. Ce sont là des paroles que j’entends me rappeler, les amis. J’irai pas renverser cette charrette pour voir ce qu’elle contient… à moins qu’il n’y ait pas d’autre choix. Susan peut encore venir, si on lui laisse le temps de la réflexion. Je crois qu’elle aurait déjà accepté de me rencontrer s’il… n’existait pas d’autres contentieux entre nous.
Il n’alla pas plus loin et, un court instant, le silence retomba entre eux.
— Je préférerais que nos pères ne nous aient pas envoyés ici, finit par dire Alain… même si la décision en revenait au père de Roland, ce qu’aucun des trois n’ignorait.
— On est trop jeunes pour être mêlés à des affaires de ce genre. Il n’a pas assez neigé sur nous.
— On s’en est très bien sortis le fameux soir au Repos, objecta Cuthbert.
— Grâce à notre entraînement, pas à notre astuce — et on ne nous a pas pris au sérieux pour autant. Ça ne se reproduira pas deux fois.
— Ils ne nous auraient pas expédiés ici — pas plus mon père que les vôtres — s’ils avaient su ce qu’on y trouverait, observa Roland. Maintenant qu’on l’a trouvé, on baissera pas les bras. D’accord ?
Alain et Cuthbert opinèrent. Entendu, ils baisseraient pas les bras — plus aucun doute là-dessus.
— Dans tous les cas, il est trop tard pour s’en inquiéter. On va attendre en espérant que Susan nous rejoigne. Je préférerais ne pas m’approcher de Citgo sans quelqu’un d’Hambry qui connaisse la configuration de l’endroit… mais si Depape revient, il nous faudra courir ce risque. Dieu sait ce qu’il a pu découvrir ou les histoires qu’il inventera pour complaire à Jonas ou encore ce que Jonas fera une fois qu’ils auront tenu leur palabre. La poudre parlera peut-être.
— Après avoir tant tourné autour du pot, ce sera presque un soulagement, dit Cuthbert.
— Tu vas lui envoyer un autre billet, Will Dearborn ? demanda Alain.
Roland y réfléchit. Cuthbert paria en son for intérieur sur la décision de Roland. Et perdit.
— Non, dit-il enfin. Il nous faut lui donner du temps, aussi dur que cela soit. Et espérer que sa curiosité la fera changer d’avis.
Là-dessus, il fit tourner bride à Flash en direction du baraquement abandonné qui leur servait pour l’heure de logis. Cuthbert et Alain suivirent.
Susan travailla dur le reste de ce dimmenche, décrottant les écuries, allant chercher de l’eau, lavant les escaliers de haut en bas. Tante Cord l’observa en silence, partagée entre le doute et l’ahurissement. Susan n’avait que faire de ce que ressentait sa tante — elle cherchait à s’épuiser pour s’épargner une nouvelle nuit d’insomnie. C’était terminé. Will devait le savoir à présent et tout était pour le mieux. Ce qui était fait était fait.
— Vous êtes toquée, petite ? fut la seule question que Tante Cord posa à Susan quand elle vida le dernier seau d’eau sale derrière la cuisine. C’est dimmenche !
— Toquée ? Point du tout ! répliqua-t-elle, pète-sec, sans lever les yeux.
Elle exécuta la première partie de son programme en se mettant au lit à peine la lune levée, les bras rompus, les jambes douloureuses et avec des élancements dans le dos — mais le sommeil la fuyait toujours. Elle resta couchée, les yeux grands ouverts, malheureuse comme les pierres. Les heures passèrent, la lune se coucha et Susan n’arrivait toujours pas à s’endormir. Elle fixait l’obscurité en se demandant s’il y avait une possibilité, même la plus infime, que son père ait été assassiné. Pour lui fermer la bouche et lui clore définitivement les yeux.
Elle en arriva finalement à la même conclusion que Roland : si elle n’avait ressenti aucune attirance pour ses yeux ni pour le contact de ses mains et de ses lèvres, elle aurait consenti en un éclair à la rencontre qu’il réclamait. Ne serait-ce que pour apaiser le trouble qui s’était emparé de son esprit.
Comprenant cela, un soulagement l’envahit et elle réussit à s’assoupir.
Le lendemain, en fin d’après-midi, alors que Roland et ses amis se trouvaient au Repos des Voyageurs (sandwiches de bœuf froid arrosés de litres de thé blanc glacé — sans égaler celui de la femme de l’Adjoint Dave, il n’était pas mauvais), Sheemie entra, revenant d’arroser ses fleurs à l’extérieur. Il était coiffé de sa sombrera rose et affichait un large sourire. Il tenait à la main un petit paquet.
— Salut à vous, Petits Chasseurs du Cercueil ! s’écria-t-il gaiement, en les gratifiant d’un salut amusant qui était une bonne imitation du leur.
Cuthbert fut particulièrement réjoui de voir ce salut effectué en tenue de jardinage.
— Vous allez comment ? Bien, j’espère, si fait !
— Comme eau de pluie en son tonneau, répondit Cuthbert, mais on n’apprécie pas beaucoup d’être appelés Petits Chasseurs du Cercueil, alors tu pourrais peut-être la mettre en veilleuse, d’accord ?
— Si fait, fit Sheemie, pas moins gai pour autant. Si fait, Messire Arthur Heath, bon compagnon qui m’a sauvé la vie !
Il s’interrompit, soudain perplexe comme s’il était incapable de se rappeler pourquoi il les avait abordés. Puis son regard s’éclaira, son sourire se fit éclatant et il tendit le paquet à Roland.