Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
— Quel est ce bâtiment ? s’enquiert Stephan.
— C’est l’Altamira.
Roger leur fait décrire une douce courbe, et ils s’immobilisent dans le vent. Il rétracte le dôme du cockpit.
— Au fait, je n’ai pas l’intention de monter là-haut. Quoi qu’on fasse, ça prend la journée. Mes amis devraient nous attendre en bas.
Ils prennent pied sur la glace, dont la surface, d’un blanc opaque, sale, est fissurée et un peu bosselée, de sorte qu’en dehors de certains endroits glissants, les pieds ont généralement une bonne prise. Eileen constate que les plaques glissantes ressortent comme des fenêtres enchâssées dans un toit. Roger parle dans son bloc-poignet, puis les conduit vers le fjord. L’une des parois est munie d’un escalier de granit sur les marches duquel le givre fait comme un tapis pelucheux.
Roger monte quelques marches en mettant les pieds dans les creux formés par les pas de ceux qui l’ont précédé. Du haut du promontoire qui surplombe le fjord, ils ont une bonne vue de la glace et de la ville flottante. Pour une construction humaine, elle est vraiment énorme. Elle fait bien un kilomètre de côté, et le pont est à peine plus bas que l’endroit où ils se trouvent. La partie médiane, couverte par une tente, brille comme un jardin de la Renaissance, un espace enchanté de conte de fées.
Il y a un petit abri de pierre, ou une chapelle, sur le promontoire, et ils suivent le sentier qui y mène. Eileen a les mains, les pieds, le nez et les oreilles gelés. Un grand plateau blanc, qui siffle dans le vent. Elysium se dresse derrière eux, ses deux volcans pointant juste au-dessus de l’horizon, qui est très haut, à l’ouest. En approchant de la petite chapelle, elle prend la main de Roger. Comme toujours, au plaisir que lui apporte Mars est intimement mêlé celui de sa présence. Au spectacle de cette immensité glacée, l’amour l’enlace comme le vent. Il sourit, maintenant. Elle suit son regard et voit qu’il y a deux personnes dans le petit édifice ouvert aux quatre vents.
— Ah, les voilà !
Ils font le tour, et le couple les repère.
— Salut, dit Roger. Eileen, je te présente Freya Ahmet et Jean-Claude Bayer, qui vont se joindre à nous. Freya, Jean-Claude, voici Eileen Monday.
— Nous avons beaucoup entendu parler de vous, dit Freya avec un sourire amical.
C’est un couple de géants. Ils dominent les autres de la tête et des épaules.
— Les deux qui discutent, là-bas, sur le chemin, sont Hans et Frances. Ils discutent toujours. Il faudra vous y faire.
Hans et Frances les rejoignent, bientôt suivis par Arthur et Stephan. Les présentations faites, ils visitent la chapelle, qui est vide, et la vue leur arrache des cris admiratifs. Le côté est du massif d’Elysium, qui empêchait le passage des nuages de pluie, avant, se dresse, toujours aussi noir et désert, toujours pareil à lui-même. Alors que l’immense plaque blanche de la mer et le cube incongru de l’Altamira sont nouveaux et étranges. Eileen n’a jamais rien vu de pareil. Impressionnant, oui. Énorme, sublime. Mais ses yeux reviennent toujours vers la petite serre de la ville flottante, minuscule témoignage de vie dans un univers sans vie. Elle veut qu’on lui rende son monde.
En redescendant l’escalier de pierre, elle regarde le granit à nu de la paroi et, dans une faille, elle repère une matière noire, friable. Elle s’arrête pour l’examiner.
— Regarde ça, dit-elle à Roger en grattouillant le givre. On dirait du lichen. Ou de la mousse. Tu crois que c’est encore vivant ? Ça en a bien l’air, non ?
Roger colle son nez dessus, regarde ça de tout près.
— On dirait de la mousse. Morte.
Eileen détourne les yeux, le cœur gros.
— J’en ai marre de ne voir que des plantes et des animaux crevés. Les douze dernières fois que je suis sortie, je n’ai pas vu une seule créature vivante. Enfin, qu’il y ait du déchet, l’hiver, je comprends, mais ça, ça commence à devenir grotesque. Toute cette planète est en train de mourir !
Roger agite la main d’un air incertain, se redresse. Il aurait du mal à dire le contraire.
— Je suppose qu’il n’y a jamais eu assez de soleil, pour commencer, dit-il en regardant la pièce de bronze lumineuse qui projette ses rayons obliques sur Elysium. Les gens voulaient ça, et ils l’ont fait. Les gens sont têtus. Mais la réalité l’est encore plus.
— Mouais, soupire Eileen en tripotant à nouveau la matière noirâtre. Tu es sûr que ce n’est pas un lichen ? C’est noir, mais on dirait que c’est encore un peu vivant.
Il en inspecte un fragment. De petites frondes noires, comme une espèce d’algue minuscule, éraillée, qui se délite entre ses doigts gantés.
— Des lichens foliacés ? risque Eileen. Fruticuleux, peut-être ?
— De la mousse, plutôt. De la mousse morte.
Il dégage la glace et la neige qui recouvre un coin de la paroi. La pierre noire, ou couleur de rouille. Tachetée de noir. C’est partout pareil.
— Il y a quand même des lichens vivants, c’est certain. Et d’après Freya et Jean-Claude, l’environnement, sous la neige, est encore assez vivant. Très robuste. Protégé des éléments.
La vie sous une couverture de neige éternelle.
— Hon-hon.
— Hé, c’est mieux que rien, non ?
— Si. Mais cette mousse, ici, a été exposée.
— Exactement. C’est pour ça qu’elle est morte.
Ils repartent. Roger marche à côté d’elle, perdu dans ses pensées.
— J’ai une impression de déjà vu, dit-il avec un sourire. C’est déjà arrivé. Il y a longtemps, nous avons trouvé une petite chose vivante ensemble, sauf qu’elle était morte. C’est déjà arrivé !
Elle secoue la tête.
— Puisque tu le dis… C’est toi, l’homme-mémoire.
— Mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. C’est plutôt comme une impression de déjà vu. Enfin, peut-être… peut-être pendant notre première randonnée, quand on s’est rencontrés ? fait-il avec un geste vague en direction de l’est, d’un canyon à l’est d’Olympus, de l’autre côté de la mer d’Amazonie. De petits escargots ou je ne sais plus…
— Comment serait-ce possible ? objecte Eileen. Je pensais que nous nous étions rencontrés alors que je finissais mes études. Le terraforming avait à peine commencé à l’époque, non ?
— C’est vrai, convient-il en fronçant les sourcils. Enfin, il y avait des lichens dès le début. C’est la première chose qu’ils ont propagée.
— Mais des escargots ?
— C’est juste une impression, répond-il avec un haussement d’épaules. Tu ne te souviens pas ?
— Absolument pas. Juste ce que tu m’as raconté depuis, tu comprends.
— Enfin, soupire-t-il avec un nouveau haussement d’épaules, tandis que son sourire s’efface. C’est peut-être une fausse impression.
De retour dans le cockpit et la cabine du char à glace, ils pourraient être autour de la table de cuisine d’un petit appartement, n’importe où. Les deux nouveaux venus, qui frôlent le plafond avec leur tête même quand ils sont assis, font la cuisine.
— Non, je vous en prie, c’est pour ça que nous sommes là, dit Jean-Claude avec un grand sourire. J’adore cuisiner pour de grandes tablées.
En réalité, ils sont venus pour retrouver des amis de l’autre côté de la mer d’Amazonie. Ce sont tous des gens avec lesquels Roger a travaillé ces dernières années, pour lancer des recherches de glaciologie et d’écologie sur le flanc ouest d’Olympus.
Après ces explications, ils écoutent un moment, comme les autres, Hans et Frances discuter du déclin. Frances pense qu’il a été provoqué par l’accroissement rapide de l’albédo de la planète après le pompage de la mer du Nord et sa prise en glace. C’était le premier incident dans une longue série d’événements en cascade qui ont mal tourné, une chute auto-catalytique dans la spirale mortelle de l’effondrement total. Hans pense que ça vient du fait que le permafrost souterrain n’a jamais vraiment dégelé sur plus de quelques centimètres, et que la peau extrêmement fine de la zone vivante paraissait beaucoup plus stable qu’elle ne l’était véritablement. En réalité, elle était très vulnérable aux attaques par des bactéries mutantes. Hans est en effet persuadé que des mutations ont été déclenchées par une arrivée massive d’UV…