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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— Ça, on n’en sait rien, coupe Frances. Les mêmes organismes irradiés en laboratoire, même dans des laboratoires spatiaux, ne présentent pas les mutations ou le collapsus qu’on constate sur le terrain.

— L’interaction avec les éléments chimiques du sol, répond Hans. Pour moi, il y a des moments où tout a l’air d’avoir été salé à mort.

Frances secoue la tête.

— Ça n’a rien à voir. Il n’y a pas synergie quand ces effets sont combinés. Ce n’est qu’une liste de possibilités, Hans, reconnaissez-le. Vous lancez des idées, mais personne n’a aucune certitude. L’étiologie n’est pas comprise.

Ça, c’est vrai. Eileen a travaillé pendant dix ans sur le problème, à Burroughs, et elle sait que Frances a raison. La vérité, c’est qu’en matière d’écologie planétaire, comme dans bien d’autres domaines, les causes premières sont très difficiles à établir. Hans agite la main, ce qui est sa façon de concéder ce point à Frances. En tout cas, il n’ira pas plus loin.

— Eh bien, quand la liste des possibilités est aussi longue que celle-ci, on n’a pas besoin qu’il y ait synergie. Une simple addition de facteurs peut faire l’affaire. Chacun conservant son effet spécifique.

Eileen regarde les jeunes, ou plutôt leur dos car ils s’activent sur les fourneaux. Eux aussi, ils parlent de sel. Et puis elle voit l’un d’eux en mettre une poignée dans le riz.

Ils dégustent leur repas dans les flaveurs du riz basmati. Freya et Jean-Claude mangent assis par terre. Ils écoutent les anciens et ne disent pas grand-chose. De temps en temps, ils rapprochent leurs têtes et discutent entre eux, conversation sous la table. Eileen les voit s’embrasser.

Elle sourit. Il y a longtemps qu’elle ne s’est pas trouvée proche de gens aussi jeunes. Et puis, par-delà leur reflet sur le dôme du cockpit, elle voit la glace, dehors, qui brille sous les étoiles. C’est une image déconcertante. Mais ils ne regardent pas par la fenêtre. Et quand bien même, à leur âge, on ne croit pas à la mort. On est insouciant.

Roger la voit regarder ces jeunes géants et ils échangent un petit sourire. Il les aime bien, se dit-elle. Ce sont ses amis. Quand ils se disent bonne nuit et disparaissent dans le couloir qui mène aux minuscules couchettes situées à la proue, il dépose un baiser sur le bout de ses doigts et leur tapote la tête au passage.

Les anciens finissent de manger, puis restent assis, à regarder par les vitres en sirotant du chocolat chaud arrosé d’alcool de menthe.

— Nous pourrions concentrer nos efforts, dit Hans, reprenant la conversation avec Frances. En appliquant activement les méthodes industrielles lourdes, on pourrait faire fondre l’océan par en dessous, et ce serait gagné.

Frances secoue la tête, fait la moue.

— Vous voulez parler des bombes dans le régolite, c’est ça ?

— Sous le régolite. Comme ça on aurait la chaleur et les radiations seraient piégées. Ça pourrait marcher. Mais il y a d’autres méthodes. On pourrait focaliser une partie de la lumière des miroirs avec une lentille orbitale afin de réchauffer la surface. Faire venir de l’azote de Titan. Diriger des comètes vers des régions désertes ou les faire brûler dans l’atmosphère. Ça corserait la situation en vitesse. Et puis nous allons bientôt lancer d’autres usines à halocarbones.

— C’est vraiment très industriel, remarque Frances.

— Bien sûr. Il ne faut pas oublier que le terraforming est un processus industriel, au moins en partie.

— Je ne sais pas, intervient Roger. Il vaudrait peut-être mieux poursuivre les méthodes biologiques. Concentrer nos efforts, comme vous dites, et envoyer une autre vague dans cette direction. Ce serait plus long, mais bon… moins brutal pour l’environnement.

— L’écopoésis ne marche pas, répond Hans. Ça ne piège pas assez de chaleur dans la biosphère. On ne peut pas aller plus loin que ça, conclut-il avec un geste en direction du dehors.

— Peut-être pas pour le moment, insiste Roger.

— Mouais. Ça vous laisse indifférent, bien sûr. De toute façon, je suppose que vous êtes content du déclin, hein ? Vous n’êtes pas Rouge pour rien.

— Hé, doucement, coupe Roger. Comment pourrais-je m’en réjouir ? J’étais marin.

— Mais vous militiez pour la disparition du terraforming.

Roger élude l’argument d’un geste évasif, jette un timide sourire à Eileen.

— C’était il y a longtemps. Et puis, le terraforming n’a pas disparu, même maintenant. Il n’est qu’en sommeil, ajoute-t-il en indiquant la glace.

— Tu vois, insiste Arthur. Tu souhaites sa disparition.

— Puisque je te dis que non.

— Alors pourquoi as-tu l’air si réjoui, ces temps-ci ?

— Je ne suis pas réjoui, proteste Roger avec un sourire radieux. Je ne suis pas triste, c’est tout. Je ne pense pas que la tristesse soit de mise, compte tenu de la situation.

Arthur lève les yeux au ciel, prend les autres à témoin, les rendant complices de son harcèlement.

— Le monde est en train de geler, et la tristesse n’est pas de mise. Qu’est-ce qu’il te faut ! Je frémis à cette idée !

— Il me faudrait quelque chose de triste.

— Et tu n’es pas un Rouge ! Ben voyons !

— Mais non ! proteste Roger, leurs rires lui arrachant un sourire. J’étais marin, je vous l’ai dit, répète-t-il avec sérieux. Écoutez, si la situation était aussi catastrophique que vous le dites, alors Freya et Jean-Claude s’en feraient, non ? Or ils ne s’en font pas. Demandez-leur, vous verrez bien.

— Ils sont jeunes, c’est tout, rétorque Hans, faisant écho aux pensées d’Eileen tandis que les autres opinent du chef.

— C’est vrai, reprend Roger. Et c’est un problème à court terme.

Ce qui les fait réfléchir un instant. Un ange passe, et Stephan reprend :

— Et vous, Arthur, que feriez-vous ?

— Moi ? Je n’en ai pas idée. De toute façon, ce n’est pas à moi de le dire. Vous me connaissez. Je n’aime pas dire aux gens ce qu’ils ont à faire.

Ils attendent en silence, en dégustant leur chocolat.

— Enfin, il suffirait d’envoyer quelques petites comètes dans l’océan…

De vieux amis, se moquant d’eux-mêmes. Eileen s’appuie contre Roger. Elle se sent mieux.

Le lendemain matin, ils repartent vers l’est dans un grand whoosh, et en quelques heures à peine ils sont seuls sur la mer gelée, hors de vue de toute terre. Ils filent, poussés par le vent, et les patins claquent, sifflent, gémissent ou hurlent selon le vent et la consistance de la glace. Ils ont bientôt l’impression d’être sur un monde de glace, comme Callisto ou Europe. Vers la fin de la journée, ils décrivent une courbe dans le vent et s’arrêtent. Ils descendent, plantent quelques broches à glace autour du bateau et l’emprisonnent au centre d’un réseau de filins. Au coucher du soleil, l’amarrage étant achevé, Roger et Eileen vont faire un tour sur la glace.

— Belle journée pour faire du bateau, hein ? demande Roger.

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