Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Le matin, sept hommes de Volod avaient trouvé du travail dans les mines d’or, d’argent, de fer et de plomb des alentours.
Ce furent donc quinze hommes et une femme qui s’aventurèrent dans les montagnes, et remontèrent ensuite le cours de la Drava.
En deux jours, ils étaient à Lienz. Le sauf-conduit leur permit là encore de recevoir l’hospitalité, et là aussi Mikael montra son épée.
Bien qu’on leur ait vivement déconseillé de reprendre la route, ils repartirent le lendemain. Après une vallée étroite, ils remontèrent le cours de l’Isel vers le nord-est, avant d’obliquer au sud-ouest le long d’un torrent rocheux que les gens du coin appelaient Schwarzach.
Mais la marche devenait de plus en plus difficile. Ils enfonçaient dans la neige jusqu’aux mollets. Après quelques lieues, ils étaient déjà à quatre mille pieds. La première nuit les surprit en chemin. Ils allumèrent un feu et se réchauffèrent avec du vin. L’un des chevaux mourut. Au matin, les hommes avaient des engelures aux pieds et aux mains.
Ils continuèrent, malgré la neige de plus en plus profonde, commençant pourtant à se demander s’il ne valait pas mieux revenir en arrière. Peu avant le coucher du soleil, ils aperçurent soudain un hameau, constitué de quelques maisons.
« Vous êtes à Sankt Jakob in Defereggen, dit le chef du village en les examinant d’un regard effrayé, craignant des brigands. Nous sommes de pauvres gens. Ne nous volez pas.
— Nous te demandons seulement l’hospitalité, brave homme, répondit Volod. Nous sommes en route pour Constance. »
Le chef du village fronça les sourcils. Ni lui ni les autres habitants ne s’étaient jamais aventurés hors de leur village. Quant à savoir où était Constance, ils n’en avaient aucune idée.
« On nous a dit d’aller jusqu’au lac d’Anterselva puis de longer les montagnes jusqu’à Brunico, précisa Volod.
— Personne ne peut monter jusqu’au lac en cette saison, dit le chef de village en hochant la tête. Il y a bien sept pieds de neige là-haut. Il faut attendre le printemps. Vous avez déjà de la chance d’être arrivés vivants jusqu’ici.
— Vous pouvez nous offrir l’hospitalité ? »
Le chef du village baissa la tête. « On est des pauvres gens, Seigneur…
— Nous pouvons vous donner trois chevaux », dit Volod.
Les yeux du chef de village s’écarquillèrent de surprise. « Trois chevaux ? », s’exclama-t-il. Il se tourna vers les autres habitants du village, qui écoutaient la conversation tout en restant à l’écart. « Trois chevaux, c’est trop… dit-il ingénument à Volod.
— Non, intervint une femme. Trois chevaux c’est un bon prix. Mais il va falloir cuisiner pour eux et partager notre nourriture. Et où ils dormiront ? Dans la grange ? Ils mourraient gelés. Il faudra leur construire une cheminée là-bas et leur donner de notre bois. Trois chevaux, c’est même pas beaucoup. »
Volod regarda la femme, campée face à lui les mains sur les hanches. « D’accord, madame. On vous donnera aussi trois selles. Mais c’est impossible de vous payer plus.
— Trois chevaux et trois selles. D’accord, alors », dit la femme. Ses yeux brillaient de joie. « Mais vous fendrez le bois et vous donnerez un coup de main au besoin.
— Pardonnez à ma femme, Seigneur…, dit le chef du village.
— Ta femme n’a rien fait qu’il faille lui pardonner », répondit Volod. Il la regarda. « Mais tu nous donneras à manger en abondance, et vous vous mettrez au travail dès demain pour construire une cheminée. Tu nous donneras aussi des couvertures chaudes. »
La femme, plus que satisfaite de ce marché, fit un signe d’acquiescement. Personne dans les villages alentour ne possédait trois chevaux. « On vous mettra aussi des vaches dans la grange. Leurs pets vous tiendront chaud ! », s’exclama-t-elle en riant.
Les hommes de Volod se mirent à rire, et les paysans avec eux.
La femme du chef de village le menaça du doigt : « Et vous respecterez les femmes ?
— Si elles nous respectent, rétorqua Volod, ironique.
— Celles qui sont mariées vous respecteront, comme tu dis », répondit-elle. Mais elle n’en semblait pas si sûre, car une moue malicieuse se dessina sur son visage.
Dans la grange, les paysans avaient déjà entassé des ballots de paille d’un côté, et installé cinq vaches de l’autre. Les hommes étendirent la paille sur le sol.
« Demain matin tu sortiras ton épée du fourreau, dit Volod à Mikael, après le dîner. Il est temps de faire de toi un guerrier. »
Mikael eut un frisson d’excitation.
« Dors, maintenant », dit Volod.
Cette nuit-là, Emöke chanta.
Personne ne l’avait jamais entendue chanter.
Sa voix était si pleine de douleur et de passion, et la berceuse qu’elle chantait si déchirante, qu’elle fit fondre le cœur des hommes.
Et chacun pensa à sa femme, qui était au loin.
48
« Pourquoi tu m’as obligé à tuer ce soldat ? », demanda Mikael à Volod.
Debout dans la neige, ils se faisaient face, l’épée à la main, dans une clairière à moins d’une demi-lieue de Sankt Jakob. Le ciel était limpide. La croûte de neige qui avait gelé pendant la nuit étincelait sous le soleil.
« C’est moi qui l’ai tué, répondit Volod.
— C’était ma main qui tenait le poignard.
— Non, c’était ma main qui tenait la tienne. Toi, tout seul, tu l’aurais lâché, le poignard. C’est mon bras qui a guidé le tien.
— Pourquoi il devait mourir ? », demanda Mikael, les yeux voilés de larmes. La nuit, il entendait encore le bruit de la lame sur la trachée. Il sentait la chaleur du sang sur ses mains.
« Si tu as peur que le péché retombe sur ton âme, sois tranquille. C’est uniquement le mien. Je le prends volontiers sur moi.
— Pourquoi cet homme devait mourir ? », répéta Mikael.
Volod leva son épée et l’attaqua.
Mikael lui opposa la sienne, instinctivement, par le travers. Mais sa prise était molle et l’arme lui tomba des mains.
Volod frappa un coup de fendant latéral et le tranchant siffla dans l’air. Il arrêta sa lame à deux doigts du cou de Mikael. « T’es mort », dit-il. Puis il fit un pas en arrière, baissa son épée et l’enfonça dans la neige pour la planter dans le sol. Il fit deux pas de côté. Désignant l’épée de Mikael sur le sol, il ordonna d’une voix dure : « Ramasse-la et attaque-moi. »
Mikael regardait son épée, sans bouger.
Volod prit une poignée de neige qu’il lui jeta en pleine figure et cria : « Ramasse-la, paysan ! »
Humilié, Mikael reprit son épée, la leva au-dessus de sa tête et l’abattit sur Volod, qui évita aisément le coup. Il se moqua : « C’est pas une pioche, paysan ! » Sans arme, il se lança alors contre Mikael, qui chargeait son bras pour un second coup de fendant, et lui envoya un grand coup de tête à l’estomac.
Mikael lâcha une nouvelle fois son épée et roula dans la neige, le souffle coupé.
Volod s’empara de l’épée, posa le pied sur la poitrine de Mikael et l’immobilisa. Il empoigna l’arme à deux mains, l’abaissa violemment et l’arrêta net à deux doigts de la gorge de Mikael. « T’es mort », dit-il encore. Il le fixait de ses yeux de loup, sans émotion apparente. Ni haine, ni colère, ni pitié, ni mépris. Il le regardait, rien d’autre. Puis il le libéra et s’éloigna de deux pas, lui tournant le dos. « Prends ton épée. »