La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
Quand Josephine était rentrée des courses, Iris lui avait demandé qui assisterait au pot d’Iphigénie et si elle était vraiment obligée d’y aller.
— Tu fais comme tu veux.
— Non ! Dis-moi…
— C’est un pot de voisinage. Il n’y aura ni Poutine ni Bush ! avait-elle dit pour couper court aux questions de sa sœur.
Iris s’était renfrognée.
— Tu t’en fiches que je souffre ! Tu t’en fiches que Philippe me jette comme une vieille chaussette ! Finalement, sous des dehors de dame patronnesse, tu n’es qu’une égoïste !
Joséphine l’avait dévisagée, stupéfaite.
— Je suis une égoïste parce que je ne m’intéresse pas qu’à toi ? C’est ça ?
— J’ai du chagrin. Je suis sur le point de mourir et toi, tu pars faire des courses avec une…
— Mais toi, tu m’as demandé comment j’allais ? Non. Comment allait Zoé ? Hortense ? Non. Tu m’as dit un mot sur mon nouvel appartement ? Sur ma nouvelle vie ? Non. La seule chose qui te soucie, c’est toi, toi et toi ! Tes cheveux, tes mains, tes pieds, tes fringues, tes rides, tes états d’âme, tes humeurs, tes…
Elle étouffait. Ne maîtrisait plus ses mots. Les crachait comme un volcan crache la lave qui obstruait son cratère et le maintenait endormi.
— La dernière fois qu’on a déjeuné ensemble, après m’avoir décommandée trois fois pour des raisons si futiles que j’en aurais pleuré, tu n’as parlé que de toi. Tu ramènes tout à toi. Tout le temps. Et moi, je suis là pour t’écouter, te servir. Je suis désolée, Iris, je suis fatiguée de te passer les plats. Je t’avais prévenue qu’il y aurait cette fête pour Iphigénie… J’avais prévu qu’on dînerait ensemble après, je m’en faisais une joie et tu es partie à Londres ! Oubliant que j’étais là, que je t’attendais, que je me réjouissais de te montrer mon appartement ! Et maintenant, tu cries à l’injustice parce que ton mari, dont tu te souciais comme d’un meuble mal ciré, s’est lassé et est allé voir ailleurs… Tu veux que je te dise : il a eu bien raison et j’espère que ça te servira de leçon ! Et que, dorénavant, tu feras un peu plus attention aux gens. Parce que à force de ne rien donner, de tout prendre, tu vas te retrouver toute seule et tu n’auras plus que tes yeux magnifiques pour pleurer.
Iris l’avait écoutée, éberluée.
— Mais tu m’as jamais parlé comme ça !
— Je suis fatiguée… Lasse de ton besoin irritant d’être toujours le centre d’attraction. Fais un peu de place aux autres, écoute-les respirer et tu seras moins malheureuse !
Elles étaient descendues dans la loge sans se parler. Zoé bavardait pour trois. Racontait les progrès stupéfiants de Du Guesclin qui avait reçu son premier bain sans broncher et même pas pleuré quand elles étaient parties. Elles avaient préparé la fête, Iris ruminant dans son coin, aidant du bout des doigts, hostile et silencieuse. Boudant les premiers invités, boudant les suivants.
Jusqu’à ce qu’Hervé Lefloc-Pignel apparaisse.
Joséphine vint se mettre à la hauteur d’Iphigénie et lui souffla à l’oreille :
— Dites, elle ne sort jamais, madame Lefloc-Pignel ?
— Vous savez que je la vois jamais ! Elle m’ouvre même pas quand j’apporte le courrier ! Je le pose sur le paillasson.
— Elle est malade ?
Iphigénie posa son doigt sur la tempe et lâcha :
— Malade dans la tête… Le pauvre homme ! C’est lui qui s’occupe des enfants. Elle, y paraît qu’elle est toute la journée en robe de chambre. On l’a retrouvée un jour, dans la rue. Elle délirait, appelait à l’aide, disait qu’elle était persécutée… Y a des femmes qui connaissent pas leur bonheur. Moi, j’aurais un mari beau comme lui, un appart grand comme le leur et trois têtes blondes, je vous assure que je me baladerais pas en robe de chambre ! Je me régalerais de chez Régalad !
— J’ai appris qu’elle avait perdu un enfant en bas âge, un horrible accident. Elle ne s’en remet pas, peut-être…
Iphigénie renifla, prise de compassion. Un malheur si grand expliquait sûrement la robe de chambre.
— C’est réussi, votre petite fête ! Vous êtes contente ?
Iphigénie lui tendit une coupe de champagne et leva son verre.
— À la santé de ma bonne fée !
Elles burent en silence, observant le ballet des gens autour d’elles.
— Il est parti très vite, monsieur Sandoz… Je crois qu’il a le cœur qui gîte vers vous, Iphigénie…
— Vous rêvez ! Pas plus tard qu’hier, il m’a traitée de Vache qui rit ! Comme déclaration d’amour, on fait mieux ! N’empêche, demain, va falloir tout nettoyer et remplir les poubelles !
— Je vous aiderai si vous voulez…
— Pas question. Demain, c’est dimanche et vous dormez.
— Va falloir tout bien ranger pour que la Bassonnière ne se plaigne pas !
— Oh ! Celle-là, qu’elle reste où elle est ! Elle est trop méchante ! Y a des gens, on se demande vraiment pourquoi Dieu leur garde vie !
— Iphigénie ! Ne dites pas ça ! Vous allez lui porter malheur !
— Oh ! Elle est robuste comme un cafard…
Monsieur Merson, qui passait derrière elle, leva son verre et chuchota :
— Alors, mesdames… À la santé du cafard !
Zoé ne descendit pas à la cave, ce soir-là. Elle resta avec sa mère et sa tante. Elle avait envie de chanter, de hurler. Ce soir, pendant la fête chez Iphigénie, Gaétan avait murmuré : « Zoé Cortès, je suis amoureux de toi. » Elle s’était transformée en bâton brûlant. Il avait continué à lui parler à l’oreille en faisant semblant de boire dans son verre. Il avait dit des trucs de dingue comme « je suis tellement amoureux de toi que je suis jaloux de tes oreillers ! ». Et puis, il s’était écarté pour ne pas se faire remarquer et elle l’avait trouvé grand, très grand. Se pouvait-il qu’il ait grandi depuis la veille ? Et puis après, il était revenu et il avait dit : « Ce soir, je pourrai pas descendre à la cave, alors je laisserai mon pull sous ton paillasson comme ça tu t’endormiras en pensant à moi. » Alors là, le bouchon dans sa gorge avait sauté, elle lui avait dit : « Moi aussi, je suis amoureuse de toi » et il l’avait regardée avec tellement de sérieux qu’elle avait failli pleurer. Avant de se coucher, elle irait prendre le pull sous le paillasson et elle dormirait avec.
— Tu penses à quoi, ma petite chérie ? demanda Joséphine.
— À Du Guesclin. Il peut dormir dans ma chambre ?
Iris finit la bouteille de bordeaux et leva les yeux au ciel.
— Un chien, c’est ballot, il faut s’en occuper ! Qui va le sortir, ce soir, par exemple ?
— Moi ! s’écria Zoé.
— Non ! répondit Joséphine. Tu ne vas pas sortir à cette heure, j’irai…
— Tu vois, ça commence, soupira Iris.
Zoé bâilla, déclara qu’elle était fatiguée. Elle embrassa sa mère et sa tante et partit se coucher.
— Comment il s’appelle déjà, ton beau voisin ?