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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Monsieur Sandoz bomba le torse. Le mot « palais » lui était allé droit au cœur. Il eut un élan vers Iphigénie. Elle s’était fait un shampoing colorant rose bonbon avec des pointes bleu marine et portait une robe à carreaux rouges. Quelle maîtresse femme ! La veille, au moment de poser le dernier meuble, il lui avait murmuré « Iphigénie, vous êtes belle comme une Walkyrie », elle avait compris « Vache qui rit » et avait fait son bruit de trompette. Il la caressa des yeux, soupira et décida de s’éclipser. Personne ne s’apercevrait de son absence. Personne ne s’apercevait jamais de sa présence ou de son absence.

— Allez ! Elle est pas si terrible que ça, mademoiselle de Bassonnière ! Elle défend au mieux nos intérêts, dit un monsieur qui portait un béret et le ruban de la Légion d’honneur.

— C’est une vieille sorcière ! s’exclama monsieur Merson. Vous n’étiez pas là, hier soir, à la réunion. J’ai bien noté votre absence, d’ailleurs…

— Je lui avais donné mon pouvoir, dit l’homme en lui tournant le dos.

— Au temps pour moi ! gloussa monsieur Merson. En tout cas, on est sûrs de ne pas la voir, ce soir !

— Et monsieur Pinarelli, il est pas venu ? demanda la dame au caniche.

— Sa mère ne lui a pas donné l’autorisation de sortir ! Elle le visse, elle le visse. Elle croit qu’il a encore douze ans. Il essaie bien de faire des bêtises derrière son dos, mais elle le punit ! C’est lui qui me l’a dit. Vous saviez qu’il n’a pas le droit de sortir le soir ? Je suis sûre qu’il est puceau !

Dans un coin, assise sur une chaise Ikea, Iris contemplait la scène et se disait qu’elle était tombée bien bas. À cette heure, elle aurait dû être à Londres dans le bel appartement de Philippe à déplacer un bibelot pour marquer sa présence ou à ranger ses cachemires, et elle se retrouvait dans une loge de concierge à écouter des bavardages sans intérêt, à refuser des canapés insipides et du champagne bon marché. Pas un seul homme intéressant, à part ce monsieur Merson qui la léchait des yeux. Cela ressemblait bien à Joséphine de s’acoquiner avec des gens si ordinaires. Mon Dieu ! Quelle va être ma vie ? Il lui semblait qu’elle marchait encore dans le long couloir blanc. Elle cherchait une sortie.

— Elle est ravissante, votre sœur, soupira monsieur Merson à l’oreille de Joséphine. Un peu froide, peut-être, mais je la décongélerais bien, moi !

— Monsieur Merson, réfrénez vos ardeurs !

— J’aime les cas difficiles, les tours imprenables qu’on renverse en les faisant fondre dans la volupté… Une petite partie à trois, madame Cortès, ça vous dirait ?

Joséphine perdit contenance et devint toute rouge.

— Ah ! J’ai touché un point sensible, on dirait ! Vous avez déjà essayé ?

— Monsieur Merson !

— Vous devriez. L’amour sans sentiment, sans possession, c’est délicieux… On se donne sans s’enchaîner. L’âme et le cœur se reposent pendant que le corps s’agite… Vous êtes trop sérieuse !

— Et vous, pas assez ! répliqua Joséphine en se précipitant vers Zoé qui fixait la porte de la loge désespérément.

— Tu t’ennuies, ma chérie ? Tu veux remonter ? Retrouver Du Guesclin ?

— Non, non…

Zoé lui sourit avec une tendre indulgence.

— Tu attends quelqu’un ?

— Non. Pourquoi ?

Elle attend quelqu’un, se dit Joséphine, lisant une maturité nouvelle sur le visage de sa fille. Ce matin, au petit déjeuner, elle était mon bébé, ce soir, elle est presque femme. Se peut-il qu’elle soit amoureuse ? Le premier amour. Je croyais qu’elle était attirée par Paul Merson, mais elle ne le regarde pas. Ma petite fille, amoureuse ! Son cœur se serra. Elle se demanda si elle serait comme Hortense ou comme elle. Cœur guimauve ou nougat noir ? Elle ne savait que lui souhaiter.

Iphigénie ouvrait ses placards, montrait les différents agencements, soulignait les couleurs, les affiches encadrées et ponctuait chaque phrase d’un froncement de sourcils, attentive à la moindre critique, au moindre commentaire. Léo et Clara circulaient, portant les plats, distribuant à chacun des serviettes en papier. Une musique s’éleva. C’était Paul Merson qui cherchait une station de radio.

— On danse ? demanda madame Merson en s’étirant, les seins pointés en avant. Une crémaillère sans musique, c’est du champagne sans bulles !

C’est ce moment que choisirent Hervé Lefloc-Pignel, Gaétan et Domitille pour faire leur entrée. Suivis des Van den Brock et de leurs deux enfants. Hervé Lefloc-Pignel, élancé, souriant. Les Van den Brock, toujours aussi dépareillés, l’un blafard, agitant ses longues pinces de coléoptère, l’autre, souriante et brave fille, roulant ses yeux de billes affolées. L’atmosphère changea subtilement. Ils semblèrent tous se mettre au garde-à-vous, sauf madame Merson qui continuait à onduler.

Joséphine surprit le regard anxieux de Zoé sur Gaétan. Ainsi, c’était lui. Il s’approcha d’elle, lui murmura quelque chose à l’oreille qui la fit rougir et baisser les yeux. Cœur guimauve, conclut Joséphine, bouleversée.

L’arrivée en force de l’immeuble A jeta un froid. Iphigénie le sentit et se précipita en proposant du champagne aux nouveaux arrivants. Elle était tout sourire et Joséphine comprit qu’elle aussi était embarrassée. Elle avait beau lever le poing et entonner l’Internationale dans les allées d’Intermarché, elle était intimidée.

Madame Lefloc-Pignel n’était pas descendue. Hervé Lefloc-Pignel félicita Iphigénie, les Van den Brock aussi. Bientôt, les gens se pressèrent autour d’eux comme autant d’Altesses Royales. Joséphine en fut étonnée. Le pouvoir de l’argent, le prestige du bel appartement, la bonne facture des vêtements imposaient, malgré tous les persiflages, le respect. On ironisait de loin, on s’inclinait de près.

Monsieur Van den Brock transpirait à grosses gouttes et ne cessait de tirer sur le col de sa chemise. Iphigénie ouvrit la fenêtre sur la cour. Il la referma d’un geste brusque.

— Il a peur des microbes, c’est un comble pour un médecin ! dit une dame accorte de l’immeuble B. Quand il vous examine, il met des gants ! Ça fait drôle d’avoir des mains en caoutchouc qui se promènent sur vous… Vous êtes déjà allée dans son cabinet ? Tout est propre et lisse… On dirait qu’il vous prend avec des pincettes !

— Moi, j’y suis allée une fois et j’y suis jamais retournée. Je l’avais trouvé un peu trop… comment dire… pressant, dit une autre en enfournant un canapé au saumon. Il a une manière d’agiter ses doigts en vous regardant fixement ! Comme s’il allait vous piquer et vous épingler dans son album à papillons. C’est dommage, c’était pratique. Un gynéco dans l’immeuble !

— Moi, y a deux choses que j’aime pas faire chez les médecins : ouvrir les jambes et la bouche ! Je fuis les dentistes et les gynécos !

Elles éclatèrent de rire et s’emparèrent d’une coupe de champagne. Aperçurent madame Van den Brock qui les observait, l’œil tournicotant, et se demandèrent si elle les avait entendues.

— Celle-là, elle a un œil à Valparaiso et l’autre à Toronto ! dit l’une.

— Vous l’entendez chanter ? Ils sont tous barges dans l’immeuble A ! Que pensez-vous de la nouvelle arrivée ? Toujours fourrée dans la loge de la concierge… C’est pas normal, ça.

Iris attendait, dans son coin, que Joséphine fasse les présentations. Comme sa sœur n’esquissait pas le moindre geste, elle s’avança vers Lefloc-Pignel.

— Iris Dupin. Je suis la sœur de Joséphine, déclara-t-elle, ravissante de timidité et d’élégance.

Hervé Lefloc-Pignel s’inclina en un baisemain courtois. Iris remarqua le costume en alpaga anthracite, la chemise rayée, bleu et blanc, la cravate au nœud épais et chatoyant, la pochette discrète, le torse d’athlète, l’élégance subtile, l’aisance du bel homme habitué aux salons. Elle respira l’eau de toilette Armani, une légère odeur d’« Aramis » sur les cheveux noirs plaqués. Et quand il releva les yeux sur elle, elle fut transportée par une vague de bonheur. Il lui sourit et ce sourire était comme une invitation à entrer dans la danse. Joséphine les observait, médusée. Il se penchait sur elle comme on respire une fleur rare, elle s’abandonnait avec une réserve calculée. Ils ne prononcèrent pas un mot, mais chacun semblait aimanté par l’autre. Silencieux, étonnés, souriants. Ils ne se quittaient pas des yeux, malgré les conversations qui les bousculaient. Ils tanguaient vers les uns, vers les autres et revenaient s’effleurer en tremblant.

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