Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 165
Перейти на страницу:

Il n’avait jamais vu la fin du film. On l’avait couché. Ce soir-là, dans son petit lit, il était devenu fou furieux. Il en aurait mangé les barreaux. On vous livre le mode d’emploi, on vous mâche la comprenette et vous restez aveugle !

Ah, si je pouvais parler !

Si je pouvais vous raconter ! Comme vous vivriez autrement ! Comme vous gagneriez votre paradis sur terre au lieu de vous mitonner l’Enfer en donnant libre cours à vos plus vils appétits ! La Soucoupe Volante, elle va finir cramée, à poil, défigurée si elle continue de jouer avec le Diable.

Ce jour-là, on était dimanche. Dimanche 24 mai. Ça faisait quinze jours qu’il marchait et ça le démangeait de sortir de sa chambre. Or, il avait beau guetter les bruits dans l’appartement, il n’entendait rien et ce silence ne lui disait rien qui vaille. Où était son père ? Que faisait sa mère ? La Sournoise avait-elle pris un jour de congé ? Pourquoi ne venait-on pas le chercher ? Son estomac criait famine et l’idée d’un bon petit déjeuner n’était pas pour lui déplaire.

Ce jour-là donc, dans sa chambre, après avoir poussé une chaise pour atteindre la poignée de la porte et pouvoir s’enfuir, il avait décidé de passer à l’action. De combattre le malheur. Il savait qu’il avait une alliée : la fameuse madame Suzanne qui n’avait pas les yeux dans sa poche de mécréante, elle. Elle ne venait plus, elle avait perdu goût à l’affaire, mais on ne sait jamais, le Ciel pourrait se mettre de son côté et pousser l’amabilité jusqu’à la faire arriver. Il avait demandé un coup de main Là-Haut, au réveil, à l’heure où le Ciel et la Terre se mélangent, où l’on rêve, éveillé, à l’adresse des anges.

Il ouvrit la porte, s’engagea dans le couloir, jeta un œil au salon, dans la buanderie, ne vit personne, se propulsa, sans tomber, jusqu’à la chambre de sa mère et là, ce qu’il vit le fit hurler. Un long cri strident éclata dans sa poitrine et rebondit jusqu’à l’intéressée qui parut émerger d’un songe.

Josiane avait placé une chaise sur le balcon de sa chambre – ils habitaient au sixième étage – et, vêtue d’une longue chemise de nuit blanche qui recouvrait ses pieds, elle vacillait, irrésistiblement attirée par le vide. Elle tenait contre son cœur une photo de son homme et de son fils et oscillait, les yeux fermés, les lèvres blanches.

Comme arrachée brusquement à sa léthargie, elle ouvrit les yeux et vit, à ses pieds, son enfant qui la regardait en hurlant et tendait sa petite main vers elle.

— Arrgh ! hurla-t-il en se plaçant entre elle et le vide.

— Junior…, balbutia-t-elle en le reconnaissant. Tu marches ? Et je ne le savais pas.

— Groumphgroumph…, articula-t-il, maudissant son enveloppe de bébé.

— Mais que se passe-t-il ? s’interrogea-t-elle en passant la main sur son front. Qu’est-ce que je fais, là ?

Elle regardait la chaise, ses pieds, le vide devant elle. Manqua défaillir. Tangua debout, les bras tendus vers le vide. Junior se redressa, offrit l’appui de ses bras pour amortir le choc et reçut sa mère en pleine poitrine.

Ils roulèrent sur le parquet, s’effondrèrent en faisant un bruit sourd, le bruit terrible de deux corps qui chutent, qui fit sursauter la petite bonne occupée à noircir la grille de mots croisés de Télé 7 Jeux dans la cuisine. Il y eut une cavalcade de pas, des cris, des « Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! ». La Niaise les releva, s’assura qu’ils n’avaient rien de cassé, répéta à l’envi qu’elle n’avait rien entendu, qu’elle était dans la cuisine en train de préparer le petit déjeuner… Bientôt ce fut Marcel qui arriva, rouge et délabré. Sa femme, son petit ! Tout contusionnés, tout livides ! Il se tordait les mains. Le sachet de croissants chauds qu’il était allé chercher pour les régaler roula à terre.

Junior en attrapa un et le fourra dans sa bouche. Il avait faim. Le ventre plein, il réfléchirait mieux. Il allait falloir agir vite. Cette nuit, il irait faire un tour Là-Haut, il parlerait à Mozart, lui, lui dirait comment s’y prendre.

Rassuré, il attaqua un deuxième croissant.

En ce même dimanche, Hortense prenait un brunch chez Fortnum & Mason en compagnie de Nicholas Bergson, directeur artistique chez Liberty. Elle aimait Liberty, ce grand magasin au style à la fois désuet et avant-gardiste dont l’entrée sur Regent Street ressemblait à celle d’une vieille maison alsacienne. Elle y traînait souvent. C’est en flânant dans les rayons, en prenant des notes et des photos de détails pertinents qu’elle avait rencontré Nicholas Bergson. L’homme était séduisant, à condition d’oublier sa petite taille. Elle n’avait jamais aimé les nains, mais assis, ça ne se voyait pas. Il était drôle, avait une idée à la minute et cette délicieuse attitude anglaise qui consiste à toujours mettre de la distance entre soi et les autres.

Ils étaient en train de parler de son dossier de fin d’année. Du portfolio qu’elle présenterait et qui déciderait de son passage dans l’année supérieure. Sur mille étudiants, seuls soixante-dix seraient retenus. Elle avait choisi comme thème Sex is about to be slow. C’était original, mais pas évident. Elle était sûre que personne n’aurait la même idée, mais pas sûre d’arriver à l’illustrer. En plus du sketch-book à présenter, il lui fallait organiser un défilé avec six modèles. Six modèles à dessiner, réaliser, et un quart d’heure pour convaincre. Donc elle chassait le détail. Le détail qui infiltrerait la séduction dans la minutie, la mise en scène du lent épanouissement du désir sexuel. Une robe noire, toute noire, fermée par un nœud élaboré, un dos-nu fendu en trompe-l’œil, une ombre dessinée sur une joue, une voilette cachant un œil charbonneux, une boucle de chaussure sur une cheville cambrée… Nicholas pouvait lui donner un coup de main. Et puis, il n’était pas si petit que ça, décida-t-elle, il avait juste un long torse. Un très long torse.

Il l’avait invitée au quatrième étage de Fortnum & Mason, dans son salon de thé préféré. Cela faisait trois fois de suite que Gary déclinait ses propositions dominicales de brunch. Ce n’était pas tellement qu’il ait refusé qui la souciait, c’était le ton poli qu’il avait employé. Qui dit « politesse » dit réserve, gêne, secret embusqué. C’était un rite entre eux, le brunch du dimanche. Il fallait qu’il ait quelque chose de drôlement important pour se dérober. Quelque chose ou quelqu’un. Et c’était cette seconde proposition qu’elle n’aimait pas du tout.

Elle fronça le nez et Nicholas crut qu’elle n’était pas d’accord avec lui.

— Mais si, je peux te l’assurer, le noir et le désir vont si bien ensemble que tu dois faire un modèle entièrement noir de la tête aux pieds. Et là, je parle aussi du mannequin. La fille devra être plus noire que le charbon avec juste le sourire en dents blanches pour suggérer la fente, la fente béante du désir, l’abîme du temps dans la fente du désir, l’abîme du désir mâle dans la fente du désir féminin…

1 ... 95 96 97 98 99 100 101 102 103 ... 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)