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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— On y arrivera, dit Volod.

— Non, impossible, dit le vieux en hochant la tête.

— On y arrivera, je te dis.

— T’es têtu comme une mule. Le vieux cracha par terre.

— Aussi têtu que toi, vieil homme. »

Le vieux rit. « Vous y arriverez pas, répéta-t-il en s’en allant. Vous dormirez sous la pluie, à l’embouchure de la vallée qui vous mènera demain à Kirchbach. Aussi vrai que Dieu existe ! »

Volod aussi se mit à rire. Mais il reprit rapidement son sérieux. Il vit Mikael et s’approcha. « Reste pas accroché à ce poignard, mon garçon. »

Mikael s’aperçut qu’il avait toujours la main serrée sur le poignard du soldat.

« Range-le. Aujourd’hui est un autre jour. Reste pas accroché au passé. »

À leur retour dans la grange, Paolo était couché sur Emöke et s’apprêtait à la violer.

Avant même que Volod puisse intervenir, Mikael était sur lui. Il lui mit la lame du poignard sur la gorge.

« Arrête, mon gars », ordonna Volod en retenant son bras.

Mikael frémissait en voyant l’innocence des yeux d’Emöke.

« Laisse-le-moi », dit Volod en l’écartant. Il saisit Paolo à l’entrejambe, par derrière, et lui empoigna les testicules.

Paolo hurla de douleur.

« Je te castre comme un chapon, grogna Volod sans lâcher prise. Y aura pas d’autre avertissement. Où qu’on soit, je te laisserai là, à perdre ton sang. T’as compris ? »

Paolo acquiesça en gémissant.

Volod le tira en arrière, toujours par les couilles, et le souleva de force tandis que l’autre hurlait de douleur.

« Ça va ? », demanda Mikael à Emöke.

Elle regarda son agresseur. Sans haine. Et comme toujours ne répondit pas.

« Préparez-vous ! ordonna Volod à ses hommes. On a une sacrée journée devant nous ! »

Au coucher du soleil, les hommes comme les chevaux étaient épuisés. Ils s’arrêtèrent sur la rive d’un torrent, à l’embouchure de la vallée qui les mènerait à Kirchbach le lendemain, comme l’avait prédit le vieux. Et comme il l’avait également annoncé, ils dormirent sous une pluie glacée.

La nuit, Mikael rêva d’Eloisa. Elle était seule dans le village de la Raühnvahl. Il faisait sombre. Le village était désert. Eloisa étendait le manteau de Mikael dans la boue et se couchait dessus. Elle pleurait. Puis un homme, que Mikael voyait de dos, la maintenait à terre avec son pied. L’homme dénouait ses braies. Il se retournait, et c’était le visage de Paolo. Arrachant sa jupe avec violence, il lui écartait les cuisses, découvrant la fourrure blonde de son entrejambe. Il se jetait sur elle en bavant, la frappait d’un coup de poignard puis la violait avec férocité, comme pour l’anéantir. Dans le rêve, Mikael se précipitait sur lui, l’attrapait par les cheveux, lui soulevait la tête et l’égorgeait. Le sang coulait sur le visage d’Eloisa. Alors Mikael se penchait sur elle et l’embrassait, trempant ses lèvres dans le sang de l’autre.

Au réveil, Mikael découvrit qu’il s’était blessé avec le poignard. Une blessure profonde, au creux de la main, qui allait presque jusqu’aux tendons.

Les autres le regardaient en silence.

« Va te laver, mon gars », lui dit Volod.

Mikael s’agenouilla sur la rive caillouteuse du torrent.

Le soleil naissant éclairait comme un miroir la surface de l’eau, et Mikael y vit son visage rouge de sang. Comme le masque de la mort.

« Tu vivras dans le sang, comme moi et tous nos ancêtres, lui avait dit son père le jour du massacre. C’est notre destin, notre fatalité. »

46

Tous les matins, Eloisa regardait avec appréhension passer les patrouilles qui battaient la forêt pour retrouver Emöke. Chaque soir quand, à leur retour, les sabots faisaient résonner les planches du pont sur l’Uque, elle retenait son souffle. Le matin, elle allait prier dans la petite église de Notre-Dame des Neiges. À genoux, elle suppliait la Mère de Dieu, l’Enfant Jésus et les Saints protecteurs peints grossièrement au-dessus de l’autel de pierre et à-demi effacés, pour qu’on ne retrouve pas Mikael. Elle y retournait le soir pour les remercier, quand elle voyait les soldats rentrer bredouilles. Le reste du temps, elle respirait à peine. Son sommeil, agité, était peuplé des mêmes peurs. Son oreiller trempé de larmes.

Elle avait dit à sa mère pourquoi Mikael avait disparu. Agnete l’avait rudement sermonnée : « Comment tu as pu le laisser faire une chose pareille ? » Les gifles étaient tombées, avec fureur. Puis la colère d’Agnete avait cédé à la douleur et à l’inquiétude. Elle avait éclaté en sanglots, attirant sa fille contre elle. Assommée de chagrin, elle murmurait : « Non, non… mon pauvre garçon… non… » Elle aussi s’était mise à guetter le départ et le retour des patrouilles.

Un jour, en milieu de matinée, un soldat était arrivé blessé dans la Raühnvahl et s’était écroulé dans la rue principale du village, une flèche plantée dans le flanc. Il avait perdu beaucoup de sang. Aucun des paysans n’alla le secourir, espérant sans doute qu’il mourrait là, sous leurs yeux.

Agnete le fit emmener dans la maison la plus proche. Elle le coucha sur une table, retira la flèche de son corps et le soigna.

« Pourquoi tu fais ça ? lui demanda Eloisa à mi-voix.

— Parce que cet homme a peut-être rencontré Mikael, répondit Agnete tout bas. Et s’il ne meurt pas, on saura s’il est vivant ou pas. »

Les yeux d’Eloisa se remplirent de larmes. « S’il l’a tué, dit-elle d’une voix dure et résolue, je le tuerai moi-même, quand tu l’auras sauvé.

— Non, c’est moi qui le tuerai », dit Agnete.

La nouvelle du retour du cavalier blessé se répandit rapidement jusqu’au château. Dès le début de l’après-midi, Ojsternig, suivi d’Agomar et escorté par dix cavaliers armés, ouvrit la porte d’un coup de pied et pénétra dans la baraque du bûcheron.

Le soldat reprenait connaissance.

Ojsternig le secoua et lui ordonna de parler.

« J’ai vu… la Folle… Votre Seigneurie…, balbutia le soldat. Elle est avec… les rebelles…

— Vous l’avez tuée ? », demanda Ojsternig. Depuis qu’Emöke s’était enfuie, il n’avait pas eu de répit. Une des prostituées était morte des tortures qu’il lui avait infligées. Les autres en gardaient les marques sur le corps. Mais aucune ne savait comment Emöke s’était échappée. Ojsternig avait fait fouetter aussi les sentinelles de la grande porte du château, et les gardes avaient juré qu’elle ne pouvait pas être sortie sans qu’ils la voient. Sa fuite demeurait une énigme. La garnison était terrorisée : ce mystère ne faisait que confirmer leurs croyances superstitieuses.

« Non… Votre Seigneurie… on a pas réussi à la tuer…, répondit le soldat.

— Maudits incapables ! », s’écria Ojsternig en le giflant. Il se tourna vers Agomar et les autres cavaliers. « Vous avez entendu ? dit-il en levant le poing. Ce sont les rebelles qui l’ont libérée ! Aucune magie là-dedans ! »

Les cavaliers baissèrent les yeux. Personne n’osait parler mais tous pensaient : “Si c’est pas de la magie, c’est quoi ? Comment une femme peut disparaître dans le néant si le démon l’a pas aidée ?”

« Où sont-ils, les rebelles et cette maudite putain ? demanda Ojsternig au soldat blessé. Ils sont combien ?

— Ils étaient une trentaine… Votre Seigneurie…, souffla le soldat. On en a tué… beaucoup… avant qu’ils nous… » Il ferma les yeux, s’abandonna à la douleur. « Ils sont en fuite… reprit-il. Ils étaient… Ils se préparaient à descendre dans la Val Canale… Je crois qu’ils veulent se… réfugier en terre… vénitienne…

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