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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Agomar, organise une patrouille de cinquante hommes ! ordonna Ojsternig. Tout de suite ! Il faut leur donner la chasse ! Je veux retrouver cette putain, morte ou vive !

— Ils sont sûrement loin maintenant, dit Agomar. Et on ne peut pas pénétrer sur les terres de la Sérénissime.

— Maintenant ! Tout de suite ! », hurla Ojsternig. Il saisit à la gorge le soldat blessé, pendant qu’Agomar sortait de la baraque. « Où vous les avez rencontrés ?

— Sur le flanc… sud du Mezesnig… Là où la forêt s’arrête… où commencent les rochers et les cailloux… »

Ojsternig se tourna vers les cavaliers de son escorte. « Vous savez où c’est ? »

Les cavaliers firent signe que non.

« Moi je sais ! », dit alors Eberwolf, qui écoutait à l’entrée.

Un sourd murmure se répandit parmi les paysans. Ahlwin, le père d’Eberwolf, rougit de honte et s’éloigna, tête basse.

« Toi, ordonna Ojsternig à l’un des cavaliers, tu resteras ici pour attendre Agomar. Dis-lui qu’on laissera des signes pour lui indiquer le chemin. Ton cheval, c’est lui qui va le monter », ajouta-t-il en désignant Eberwolf. Aussitôt sorti, il sauta en selle et partit au galop vers la forêt de Mezesnig, suivi par ses hommes et par Eberwolf.

Agnete s’aperçut qu’Eloisa aussi avait disparu, et comprit aussitôt, avec un coup au cœur, où elle était partie.

Eloisa connaissait la montagne aussi bien que Mikael. Malgré les interdictions, ils l’avaient parcourue de long en large, des années durant. Elle savait qu’Eberwolf suivrait la route presque jusqu’au sommet, pour redescendre ensuite par le versant sud. Mais elle prendrait un autre chemin, plus court, impraticable pour les chevaux.

Elles étaient les seules à savoir, sa mère et elle, que si Emöke était avec les rebelles, Mikael s’y trouvait aussi.

Les branches basses lui griffaient le visage, les ronces déchiraient sa robe, elle trébuchait sur les pierres et les racines, s’égratignait mains et genoux. Son cœur battait la chamade, les larmes lui montaient aux yeux. Elle courut, insensible à la fatigue, poussée par la frayeur. « On en a tué beaucoup », avait dit le soldat blessé. Est-ce que Mikael était parmi eux ? Est-ce qu’il était mort ? Allait-elle le retrouver là-bas, tombé à terre, livré aux bêtes sauvages ?

En proie à une irrépressible angoisse, elle longea la lisière de la forêt, là où elle laissait place à une pente rocheuse dénudée qui descendait vers la Val Canale. Elle commençait à craindre de ne pas trouver le lieu de l’affrontement, quand elle sentit une odeur âcre. Une odeur qui n’appartenait pas à la forêt. Elle s’arrêta, incapable de poursuivre. Au-delà de l’épaisse végétation, elle savait que la mort l’attendait. Elle se fraya rapidement un chemin entre les repousses de pin des montagnes et les rhododendrons, retenant son souffle.

Elle finit par déboucher dans une clairière où l’odeur était plus intense. Au sol, une quinzaine d’hommes morts. Elle ferma les yeux, porta les mains à sa bouche, incapable de bouger, envahie par cette violente odeur.

Ce fut alors qu’elle entendit le vacarme des chevaux.

Ojsternig arrivait.

Sans plus réfléchir elle se jeta sur les cadavres et les retourna, résistant à l’envie de vomir et murmurant, comme une prière : « C’est pas lui ». Et chaque fois, malgré l’horreur de la mort, elle remerciait Dieu.

Avant l’arrivée des cavaliers guidés par Eberwolf, elle s’était assurée que Mikael avait échappé à la mort. Cachée dans les broussailles, elle regarda vers la vallée où le royaume finissait, et où commençait peut-être le salut de Mikael.

Elle redescendit dans la Raühnvahl sans se faire repérer.

Elle annonça à Agnete : « Il est vivant ».

Sa mère la serra fort contre elle, puis elles se rendirent main dans la main à Notre-Dame des Neiges. Agenouillées côte à côte sur un prie-Dieu grinçant, elles qui n’étaient pourtant pas habituées à prier remercièrent la Mère de Dieu et lui demandèrent de continuer à veiller sur Mikael.

Deux jours plus tard, Ojsternig renonça à poursuivre les rebelles, pour éviter de pénétrer sur les terres de la Sérénissime. Il revint par les champs glacés et désigna Agnete aux soldats, qui s’emparèrent d’elle.

Effrayée, Eloisa accourut, suivie de tous les paysans.

« On me dit que ton fils a disparu ! », s’exclama Ojsternig avec colère, en fixant Agnete.

Eberwolf, à côté de lui, arborait un air satisfait.

« C’est pas mon fils ! explosa Agnete de manière inattendue, plus furieuse encore qu’Ojsternig. C’est juste un bâtard ingrat que j’ai acheté au marché de Dravocnik, le diable l’emporte ! »

Eloisa fut surprise.

Ojsternig aussi, qui s’attendait à des pleurnicheries effrayées et à des supplications.

« Si Votre Seigneurie me le retrouvait et me le ramenait, et si vous étiez assez généreux pour le laisser entre mes mains avant votre juste punition… » Agnete tendit le poing. « Ah, pardonnez-moi, mais je suis pas sûre que je vous le laisserais vivant, aussi vrai que Dieu existe ! Qu’il soit maudit ! »

Ojsternig, perplexe, fronça les sourcils.

Eloisa vit sa mère mettre la main dans son dos et croiser les doigts pour enrayer la malédiction.

« Il s’est enfui, Votre Seigneurie ! continua Agnete avec emphase. Deux jours avant que cette fichue Emöke disparaisse ! »

La déception se lisait sur le visage d’Eberwolf.

Ojsternig se tourna vers lui et dit : « Imbécile ! » avant de le fouetter au visage. Il regarda Agnete. « Cet imbécile raconte que c’est le garçon qui a libéré la sorcière. »

Agnete eut un regard de dégoût pour Eberwolf et secoua la tête. « Votre Seigneurie, vous l’avez dit vous-même, c’est un imbécile. Avec tout votre respect, comment croire à ce que racontent les imbéciles ? Ce maudit gamin a pris la poudre d’escampette deux jours avant. » Elle cracha par terre. « Dieu le sait, et tout le monde ici m’en est témoin, je l’aimais bien. Mais il a trahi ma confiance… Je lui souhaite seulement de s’être fait dévorer par les loups. » Elle croisa de nouveau les doigts dans le dos.

Eloisa était admirative. Sa mère semblait peu à peu convaincre Ojsternig.

Il continuait de dévisager Agnete. « Tu as fait un bon travail avec le soldat blessé, dit-il enfin. Quand la fièvre sera tombée, il nous dira peut-être si ton fils est avec les rebelles.

— Je vous le souhaite, Votre Seigneurie, répondit Agnete. Mais je vous le répète : je ne le considère plus comme mon fils. »

Ojsternig fit virer son cheval et s’en alla.

La vieille Astrid s’approcha d’Agnete. « Il est pas parti deux jours avant la fuite d’Emöke », lui dit-elle.

Agnete eut un coup au cœur.

« C’est lui qui l’a fait évader, continua Astrid.

— Dis pas de bêtises, vieille idiote ! », lâcha Agnete avec dureté. Mais avec un regard effrayé.

« On le sait tous ! », dit Astrid.

Agnete se tourna vers les gens du village.

Tous la regardaient avec respect.

« Le garçon, il est spécial », ajouta la vieille.

Agnete la fixa, une prière muette dans le regard.

« T’en fais pas, dit Astrid. Personne dira rien. Par contre, le soldat blessé… »

Ce soir-là, Eloisa vit sa mère préparer un emplâtre pour la blessure du soldat. Puis elle la vit prendre une petite bouteille de terre cuite scellée de cire laquée.

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