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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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En ce jour, toutefois, Everard trouverait à Mayence ce dont il avait besoin.

Le directeur l’attendait au rez-de-chaussée. Ils se retirèrent dans son bureau privé. C’était une belle pièce aux lambris sculptés, fort bien meublée pour l’époque ; on y trouvait même deux fauteuils, ainsi que des tabourets et une table basse. Une vitre en verre plombé laissait entrer un peu de lumière. Une seconde fenêtre, aux volets ouverts sur l’été, permettait au jour d’inonder les lieux. Grâce à elle, les bruits de la cité leur parvenaient aux oreilles : ça grondait, ça grinçait, ça trottait, ça bavardait, ça sifflait, ça bourdonnait. Et leur arrivaient aussi une myriade d’odeurs : feux de cheminée, crottin de cheval, latrines et cimetière. De l’autre côté de l’étroite ruelle crasseuse et noire de monde, Everard aperçut une splendide maison à colombages ; par-delà son toit se dressaient les flèches majestueuses de la cathédrale.

« Bienvenue, Herr Freiagent, bienvenue. » Otto Koch désigna les deux gobelets et la carafe de vin sur la table. « Voulez-vous boire quelque chose ? C’est un très bon cru. » Né en 1891 en Allemagne, il étudiait l’histoire médiévale lorsqu’il avait été mobilisé dans l’armée du IIe Reich en 1914 ; la Patrouille l’avait recruté après la Première Guerre mondiale, alors qu’il se languissait dans l’amertume. Les années qui avaient passé dans sa ligne de vie l’avaient transformé en riche bourgeois plein d’assurance, avec une tendance à l’embonpoint. Mais les apparences sont trompeuses, et un agent ne parvenait pas au rang qui était le sien sans démontrer sa compétence.

« Merci, mais pas tout de suite, répondit Everard. Puis-je fumer ici ?

— Du tabac ? Oh ! oui. Personne ne viendra nous déranger. » Il désigna un bol en s’esclaffant. « C’est mon cendrier. Les gens savent que j’aime bien faire brûler un bois venu d’Orient pour dissiper les miasmes de la cité. Un riche marchand peut se permettre un tel luxe. » Il attrapa un cigare dans une boîte ayant l’aspect d’un portrait de saint.

Everard déclina l’offre. « Je préfère ma bouffarde, si ça ne vous dérange pas. » Il sortit sa pipe de bruyère et sa blague à tabac. « Euh… je suppose que vous ne pouvez pas pétuner[24] tous les jours.

— Eh non ! J’ai déjà assez de peine à faire mon vrai boulot. Mon personnage public me prend tout mon temps ou presque, vous savez. Les exigences de la guilde, celles de l’Église… Enfin. » Koch alluma son cigare et se carra dans son fauteuil. Inutile de se soucier des conséquences sur sa santé. La Patrouille, dont les médecins n’en étaient plus à des procédés primitifs comme la vaccination, immunisait ses agents contre le cancer, l’artériosclérose et toutes les maladies infectieuses de l’histoire. « Que pouvons-nous faire pour vous ? »

La mine sombre, Everard lui expliqua la situation. L’horreur se peignit sur le visage de Koch. « Quoi ? Cette année… une annulation ? Mais c’est… c’est sans précédent !

— Pour vous, sans doute. Et vous devez garder la chose secrète, c’est compris ? »

Cédant aux réflexes de son personnage, Koch se signa à plusieurs reprises. A moins qu’il n’ait été un fervent catholique.

« N’ayez pas peur », lui dit Everard avec fermeté.

La colère qui s’empara de son interlocuteur lui fit oublier son angoisse. « Il est tout naturel que je m’inquiète du sort de mes collègues, de mes camarades… et même des personnes de cette époque qui me sont proches !

— Aucun d’eux ne risque de s’évaporer au moment critique. Vous cesserez de recevoir des visiteurs de l’avenir et aucune nouvelle antenne ne sera créée après cette année. »

Koch sembla prendre conscience de l’énormité de la catastrophe. Il s’effondra sur son siège. « L’avenir, murmura-t-il. Mon enfance, mes parents, mes frères, tous les êtres qui m’étaient chers… Je ne pourrai plus aller les voir ? Je leur rends souvent visite. Ils pensent que je suis allé vivre en Amérique et que je reviens régulièrement au pays, du moins jusqu’à la prise du pouvoir par Hitler, après quoi je ne… Ils le pensaient, je veux dire. » Il s’exprimait en allemand du XXe siècle. Seul le temporel possédait une grammaire tenant compte du voyage dans le temps.

« Vous pouvez m’aider à restaurer ce qui a été perdu », dit Everard.

Koch se ressaisit avec une rapidité étonnante. « Très bien. Mettons-nous au travail. Pardonnez mon ignorance. Ça fait des années que j’ai étudié la théorie à l’Académie, et uniquement de façon superficielle vu que ce genre de chose n’était pas censé se produire. La Patrouille est là pour l’empêcher, non ? Qu’est-ce qui a foiré ?

— C’est ce que j’espère découvrir. »

Une fois vêtu de la tenue adéquate, Everard fut présenté à la maisonnée comme un marchand venu d’Angleterre. Cela expliquait sa gaucherie occasionnelle. Personne ne l’avait vu entrer dans la demeure, mais celle-ci était vaste et affairée, et seuls les grands de ce monde employaient des valets. De toute façon, presque personne ne le vit pendant les trois jours que dura son séjour. On en conclut que le maître et lui avaient besoin de s’isoler pour discuter de questions confidentielles. Les cités devenaient de plus en plus puissantes, prospères et florissantes, ce qui encourageait les entreprises commerciales.

Les pièces secrètes du QG de Mayence abritaient une base de données bien fournie et l’équipement nécessaire pour une électro-imprégnation. Everard acquit une connaissance encyclopédique des événements récents. La mémoire humaine était incapable de contenir tous les détails des lois et mœurs contemporaines, soumises à de fortes variations géographiques, mais il en assimila suffisamment pour être sûr d’éviter de gaffer. Il enrichit en outre son stock de langages. Il possédait déjà le latin et le grec médiévaux. L’allemand, le français et l’italien présentaient eux aussi des variations problématiques ; il se contenta d’acquérir les versions les plus répandues. L’arabe passa à la trappe ; si jamais il avait besoin de s’entretenir avec un Sarrasin, raisonna-t-il, celui-ci maîtriserait sûrement une lingua franco européenne.

Il mit sur pied un plan et entama ses préparatifs. La première chose à faire était d’aller voir le Patrouilleur de Palerme, peu après qu’il eut appris la mort de Roger, afin de discuter avec lui et de se faire une meilleure idée du milieu. Rien ne vaut l’expérience directe. Il devrait donc entrer dans la ville sans se faire remarquer et avoir une raison plausible de s’y rendre. Par ailleurs, il devait disposer d’une force d’appui.

Ce fut un officier détaché de son poste qui vint ajouter aux siennes sa force et ses capacités. En 1950, Karel Novak fuyait la répression du gouvernement tchécoslovaque. L’ami qui l’hébergeait lui proposa de se soumettre à de bien étranges tests, ce dont il n’eut qu’à se féliciter : il s’agissait d’un agent recruteur de la Patrouille qui l’avait repéré depuis quelque temps. Novak avait servi dans plusieurs milieux avant d’être affecté dans la Mayence impériale. Il accomplissait pour l’essentiel un travail de police, apportant aide et assistance aux chrononautes, allant parfois jusqu’à les empêcher de commettre des bévues et les tirer des guêpiers où ils s’étaient fourrés. Son personnage public était celui d’un homme à tout faire au service de Maître Otto, qu’il escortait lors de ses voyages commerciaux. Il connaissait assez bien la région, moins que les indigènes, mais, après tout, il était censé être originaire d’un coin perdu de Bohême. Quant à la façon dont il avait échoué à Mayence, en une époque où les manants ne quittaient presque jamais leur village natal, c’était un récit haut en couleur et difficile à vérifier qui faisait la joie de ses compagnons de beuverie. Trapu et râblé, il avait les cheveux noirs, un nez épaté et de petits yeux vifs.

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Pétuner : fumer ou priser du tabac. (NScan)

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