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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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Il courut longtemps encore. Il escaladait des collines, descendait en des replis aux pentes raides, remontait, découvrait pour un instant la houle morte et illimitée des dunes, puis plongeait de nouveau. Il frôlait des buissons d’épines, courait dans l’herbe sèche que le vent agitait de frissons rudes.

Son flair infaillible lui indiqua un nouveau douanier, un peu plus loin. Pour l’éviter, il dut se rapprocher de la mer. Et dès lors, il suivit la grève, il courut inlassablement sur le sable mouillé, ferme sous ses pattes, où la marée montante déposait en bruissant des paquets d’écume sale. Un vent violent soufflait. Au ciel d’un étrange bleu pur des nuages fuyaient, masses tourmentées à travers lesquelles brillait une lune froide. Elle frangeait d’argent la crête des vagues, elle plaquait d’étonnants contrastes de lumière et d’ombre sur les dunes, inondait la grève sans fin d’un rayonnement blafard, qui pâlissait le sable jaune. Et là, suivant la ligne du flot, projetant sur le sol une ombre nette et vigoureuse, Tom allongeait inlassablement son pas régulier et rapide, trottait vite et sans effort, soufflant à peine, capable d’aller ainsi des heures et des heures, avec la même aisance. Autour de lui, emplissant l’espace, le vent passait, avec un chant monotone et soutenu. Et dans les intervalles de silence, on n’entendait plus que la basse profonde et majestueuse des vagues, qui du plus loin de la haute mer accouraient, pressées et régulières, pleines d’une puissance formidable et contenue. Elles semblaient toutes converger vers Tom, elles venaient mollement mourir à ses pieds, sur la grève, et parfois lui léchaient doucement les pattes, avec un frémissement d’eau mousseuse.

Vers le milieu de la nuit, Tom, à travers les dunes, regagnait la maison de son maître. Et «déblatté», délivré de ses dix-huit kilos de tabac de contrebande, il avalait avec un appétit joyeux une énorme platée de chair de cheval et de son, avant de s’en aller dormir.

V

«Je rentrerai tard, ce soir, avait dit Sylvain à Germaine, un midi, en s’en allant. Je pars avec César porter du tabac à Gravelines.

– À quelle heure ça veut-il dire, «tard»?

– Dix heures, dix heures et demie…

– J’irai t’attendre chez Louise, alors, dit Germaine, qui était peureuse.

– Elle n’est pas là. César m’a dit qu’elle était partie jusqu’à demain soir. Elle a son père qui est malade, elle doit le veiller.

– Je ne peux quand même pas rester ici toute seule. Je vais mourir de peur, moi, dans ce désert.

– Tu n’as pas besoin de m’attendre. Va te coucher.

– C’est ça! Pour être assassinée dans mon lit! Non, non. J’irai jusqu’à Dunkerque, plutôt. Je dirai bonjour chez Jeanne, et tu passeras me prendre en revenant.

– Comme tu voudras», dit Sylvain.

Il n’aimait pas beaucoup voir Germaine retourner ainsi chez ses anciens patrons, dans ce café louche où il l’avait connue. Mais il n’était pas contrariant.

Sylvain parti, Germaine fit donc sa toilette rapidement, et elle partit pour Dunkerque. Elle aimait ces sorties. Dans ces occasions-là, elle choisissait toujours ses toilettes les plus reluisantes, pour faire sensation. Et aujourd’hui elle avait une robe de faille de soie noire à volants, avec le manteau de même tissu, formant «ensemble». Son col de fourrure, un tour de cou d’hermine, était un cadeau de Sylvain. Avec ça, un chapeau garni d’une grosse plume qui lui cachait la joue et lui flattait le visage, des souliers en peau de daim brune, à grosse boucle de strass, des gants de fil gris perle, et un sac à main en box-calf bleu, avec une initiale d’argent. Ça faisait très «dame», comme elle disait elle-même.

Quand elle arriva à Dunkerque, la pluie commença à tomber. Germaine dut ouvrir son tom-pouce, un autre cadeau de Sylvain. Et, son parapluie en main, elle allait le long des quais gras de boue, elle sautillait de pavé en pavé, marchant précieusement sur la pointe des pieds, pour ne pas s’éclabousser, avec des précautions, des mines de chatte qui craint de se mouiller les pattes. Des hommes se retournaient sur elle, riaient, témoignaient avec ou sans discrétion de leur admiration. Elle sentait tout cela, cette curiosité, cet intérêt qu’elle éveillait ainsi sur son passage. Avec son flair d’ancienne femme de vice, elle n’avait pas besoin de regarder pour voir. Elle devinait les suiveurs. Et d’instinct, sans même y penser, elle retrouvait alors inconsciemment son allure, sa démarche d’autrefois, ce déhanchement, ce balancement de la croupe qu’elle employait jadis pour aguicher les passants.

Elle parcourut ainsi les quais de Dunkerque, suivant les trottoirs boueux, parmi la bousculade des marins, des débardeurs, des marchandes de poisson, des flâneurs et des promeneurs qui encombraient le passage. Elle devait à tout instant se détourner pour éviter des tas de détritus, enjamber des câbles, contourner des obstacles de toute sorte. Elle passait, avec l’indifférence de l’habitude, dans ce grouillement d’activité, au pied des grands voiliers gris, à la mâture embrouillée de cordages; elle ne regardait même plus les chalutiers, les barques de pêche, les grands vapeurs qui dormaient là, flanc à flanc, sur l’eau glauque et profonde, où surnageaient des immondices. Elle ne voyait pas le travail des cyclopes des grues dont les flèches, lentement, tournaient sur le ciel, et promenaient à bout de câble des fardeaux oscillants. Elle ne sentait plus à ses narines le violent arôme de toutes ces choses de la mer, poisson, vent salin, varech, qui se mêlait à la fumée charbonneuse des grues, au parfum âcre de l’essence brûlée.

Elle arriva ainsi devant un petit café, donnant sur une placette qui s’ouvrait largement, par deux de ses côtés, sur les quais. Sept ou huit estaminets semblables formaient tout le fond de cette place; celui de l’ancienne patronne de Germaine se distinguait des autres, banalement peints de vert ou de marron, par une façade violette, rehaussée de filets jaunes, qui visait évidemment à faire «art moderne». Avant d’entrer, Germaine savait déjà le décor qu’elle allait trouver à l’intérieur: un café qu’on avait voulu élever au rang de bar par un papier à fleurs excentriques, un comptoir compliqué, des glaces en losange, un lustre en bois peint d’où tombait une fade lueur rose, des tables toutes petites, cerclées de cuivre, et des tabourets instables, ridiculement surhaussés. Du temps de Germaine déjà, les choses étaient en cet état. Elles n’avaient pas changé.

L’entrée de Germaine fit sensation. Il y avait du monde. Le café était plein. Et le salon lui-même était encombré de clients qui buvaient du champagne, ou tout au moins du «mousseux» rebaptisé pour la circonstance. Germaine traversa ce tumulte, suscitant sur son passage une bruyante clameur d’admiration. Elle ne sourit même pas. Elle avait l’habitude de cet accueil enthousiaste, de ces clameurs de gens ivres qui saluaient généralement l’arrivée de n’importe quelle femme dans la maison de M. Henri. Elle entra dans la cuisine, où Mme Jeanne était occupée à faire ses comptes.

Mme Jeanne était une petite bonne femme, de quarante ans à peu près, ronde, boulotte, forte de poitrine et de hanches, et que son embonpoint n’empêchait pas de courir sans trêve ni répit, du haut en bas de toute sa demeure. Elle portait toujours de longues robes convenables, des tabliers décents de bonne ménagère. Par en bas passaient ses énormes jambes courtes, aux chevilles massives. Ses bras nus sortaient de ses manches, toujours relevées sur ses coudes, et, rouges, vermeils, riches d’un sang généreux qu’on sentait courir à fleur de peau, ils donnaient l’impression d’une santé florissante. Elle avait une bonne figure, large, grasse, épanouie, que des veinules sillonnaient. Sa peau luisante brillait de sueur et de graisse. Et, le nez petit, relevé en pied de marmite, les yeux très gros, gris, placides, les lèvres molles et larges, les cheveux filasse tendus sous un gros chignon, à la mode d’autrefois, elle semblait une brave ménagère, bien plus que la patronne d’un bar mal famé.

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