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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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Doucement, pour ne pas réveiller une douleur trop vive, il glissa sa main sous sa veste, ouvrit la boucle de son pantalon, passa ses doigts sous sa chemise, et, avec d’infinies précautions, palpa son ventre tout englué de sang. Il eut un frisson en atteignant la plaie où il sentit que le sang sourdait toujours, entre ses doigts. Sa vie fuyait par là. Il appliqua sa paume sur le trou, contint cet écoulement. Et, après un nouveau repos, il put se relever, d’abord sur les genoux, puis debout.

Il se remit en marche.

«Il faut… Il faut…» murmurait-il, pour lui-même.

Mais il n’y voyait plus. Il avançait dans un brouillard rouge. Un fer ardent lui brûlait le ventre. Il se pliait en deux pour étouffer cette douleur torturante. Il ne pouvait plus respirer. Il marchait à l’aveugle. Dans une demi-conscience, il traversait un monde d’incohérence, où le néant prenait corps et se heurtait à lui, où des obstacles se révélaient soudain irréels, inexistants. Il voyait ce qui n’était pas, il ne voyait plus ce qui était. Et il croyait marcher encore, il tendait et contractait toujours ses muscles, qu’il était couché à terre depuis longtemps, ayant buté et roulé par-dessus un monticule d’argile.

Allongé sur le sol, au bout d’un moment, il reprit conscience. Le sang irriguait de nouveau son cerveau, sa lucidité lui revenait. Il rouvrit les yeux, regarda autour de lui, vit de la terre, des légumes, des groseilliers. Il était dans un jardin. Une allée, encadrée de deux rangées de poiriers, s’enfonçait très loin.

Une seconde, par un sursaut d’énergie, Sylvain se souleva sur son coude, et regarda. Il reconnut le jardin de Pascaline. Sans s’en rendre compte, il avait traversé la haie, et était tombé à quelques mètres de la maison.

Sylvain se laissa retomber avec un soupir de soulagement. Il avait atteint le but. Les yeux au ciel, il contempla la pâleur naissante qui blanchissait le firmament. Il pouvait être cinq heures. Dans une heure, Pascaline se lèverait, ouvrirait sa fenêtre. Il fallait attendre.

L’aube naissait. Sylvain, allongé sur le dos, commençait à distinguer autour de lui les masses sombres des arbres, et, tout près de ses yeux, de minces brindilles d’herbe qui oscillaient au vent du matin…

Il avait froid. Une oppression de plus en plus grande l’étouffait. Il s’alarma. Jamais il ne pourrait attendre jusqu’au jour. Et il pensa à se lever, à aller demander du secours. S’il pouvait atteindre la porte de l’auberge, il serait sauvé.

Il essaya de se lever. Et cela lui fit une impression étrange. Il n’avait plus de jambes. Du moins elles ne lui obéissaient plus Elles n’avaient même plus froid. Elles étaient tout à fait comme si elles n’avaient plus existé. Jamais il ne pourrait marcher.

Il songea qu’il pouvait du moins appeler, crier à l’aide. Avec un grand effort, il se tourna de côté, pour fixer les yeux sur la fenêtre de Pascaline. Et il cria:

«Pascaline…»

Puis il attendit, appuyé sur le coude.

Dans la maison, rien ne bougea.

Sylvain commençait à trembler. Ses forces s’épuisaient. Il fallait les ménager, s’il voulait durer une heure encore.

Alors, il se recoucha sur le sol. Ses vêtements inondés de sang se plaquèrent contre son corps. Et il se dit qu’il devait être complètement exsangue, après avoir tant saigné. Il s’aperçut soudain que ses yeux ne voyaient plus la fenêtre. Elle pouvait s’ouvrir, il ne la verrait pas. Une brume grisâtre se rapprochait de lui, limitait sa vue, le murait dans un cercle confus. Cela l’effraya. Il rassembla tout son souffle pour crier de nouveau:

«Pascaline…»

Sa voix ne portait plus.

Autour de lui, la campagne pâlissait. Le vent se faisait plus fort. L’herbe, autour de la tête de Sylvain, murmurait, frôlait son visage, l’effleurait d’une dernière caresse. Sa main droite tenait toujours sa blessure fermée. De la gauche, il palpa son corps, le sentit à peine. Cette belle et robuste machine ne lui appartenait déjà plus. Et son bras s’appesantissait, retombait à son côté sans qu’il le voulût.

Sylvain sut alors qu’il allait mourir sans revoir Pascaline. Et, pour la première fois, il se sentit lâche, il pleura désespérément.

Il voulut crier encore. Et il n’émit qu’un son confus, inintelligible. Sa bouche s’embarrassait dans un mucus mousseux, à goût de sang. Cette mousse, il n’avait plus la force de la cracher, elle sortait en gargouillant, malgré lui, de sa gorge, coulait en bave rougeâtre sur son menton, inondait tout son visage…

Et d’ailleurs la suprême indifférence entrait en lui. Sa pensée, de plus en plus, s’obscurcissait. Tout lui paraissait confus, lointain, hors de son être. Germaine, Lourges, César, Pascaline même, ce n’étaient plus que des mots, des fantômes qui s’embrumaient lentement dans sa mémoire. Lui-même, Sylvain, ce n’était plus qu’un rien, un corps insensible sur lequel il concentrait un reste de lucidité agonisante…

Il perdit conscience une première fois, se rendit compte, en revenant à lui, qu’il gémissait tout haut, et ne put interrompre ce bruit de gorge qu’il faisait en respirant. D’ailleurs, ça n’avait plus d’importance. Il retournait lentement aux limbes de sa prime enfance, les sons n’étaient plus que des rumeurs indistinctes, la lumière, qu’une blancheur trouble sur ses pupilles…

Son âme mourut la première. Et il ne connut rien du drame ultime qui se déroula dans sa chair, de la lutte farouche que livra encore son être, avant de redevenir matière…

(1932)

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