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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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Elle rit aussi, de nouveau.

«Alors, qu’est-ce que nous allons faire? reprit-elle.

– Eh bien, vous avez tout de même de quoi boire, chez vous, quand ça ne serait que pour le dimanche?

– Oui. Il y a de la bière, du vin, du sirop de groseille.

– Bon. Je vais me servir moi-même.

– C’est vrai. C’est le plus simple. Venez au comptoir. Vous choisirez.»

Sylvain se leva, entra dans l’auberge. Il n’en avait jamais rencontré de pareille. C’était une vaste pièce, basse, sombre, éclairée par de petites fenêtres. Le plafond bruni, le dallage de pierres bleues, les murailles enfumées, créaient là une atmosphère spéciale, une sorte de clair-obscur agréable et frais, que traversaient d’un rayonnement brutal les deux jets de lumière vive qui tombaient des fenêtres. Les yeux s’y accoutumaient vite. Et Sylvain vit que c’était là, bien plus qu’une salle d’auberge, une sorte de grande cuisine, une pièce où toute la maisonnée devait vivre habituellement. Contre le mur du fond, il y avait une large cheminée, telle qu’on en voit encore quelquefois dans les vieilles fermes des Flandres. Très haute, elle montait en se rétrécissant jusqu’au plafond. À mi-hauteur, un manteau la coupait transversalement. Et toute une série de casseroles, des marmites, une lampe de cuivre, une statuette de la vierge étaient disposées sur cette planche. L’immense ouverture de cette cheminée avait été murée. On n’y avait laissé qu’un trou, par où passait la buse d’un petit poêle flamand à pot rond, orné de barres nickelées, et soigneusement passé à la mine de plomb. Il y avait de chaque côté de ce poêle un fauteuil de tapisserie dont l’affaissement indiquait un service quotidien. Sur celui de droite dormait un petit chien roulé en boule. Au milieu de la salle, sous une suspension à grand abat-jour de papier peint, était une table carrelée de faïence blanche. Contre le mur, un buffet à vitraux colorés, sur le haut duquel s’alignaient des boîtes à épices. En face, contre l’autre mur, une vieille horloge arrêtée, son balancier de cuivre immobile dans sa longue gaine de bois brun, et son cadran d’émail blanc dépourvu d’aiguilles. Dans le coin de la fenêtre de gauche un petit comptoir, avec une étagère où l’on voyait quelques bouteilles et des verres propres, le fond en l’air. C’était la seule chose qui rappelât qu’on était dans un cabaret.

Sylvain n’eut pas le temps d’en voir davantage. Le petit chien roux s’était éveillé, et se précipitait sur lui en aboyant furieusement.

«Jim, Jim, veux-tu!» cria la jeune fille. Et elle courut autour de Jim, elle essaya vainement de l’attraper.

«C’est qu’il est méchant, disait-elle, effrayée. Il va vous mordre.

– Laissez-moi faire, dit Sylvain. J’ai l’habitude.»

Il ne bougeait pas, se laissait flairer par le petit animal, qui, le poil hérissé, s’approchait de lui avec méfiance, dérouté par cette immobilité. Sylvain, lentement, porta la main à sa poche, en tira un morceau de sucre, l’éleva jusqu’à sa bouche, fit semblant de le mâcher longuement. Jim leva la tête, pointa les oreilles d’un air intéressé. Le poil de son dos se rabaissait lentement. Sylvain cassa le sucre en deux, en offrit la moitié à la petite bête. Jim l’accepta, la croqua avec satisfaction, agita la queue. Alors Sylvain lui donna le reste du sucre. Et Jim parut avoir fait la paix, et vouloir accepter l’intrus!

«C’est extraordinaire, dit la jeune fille. Il est si méchant. Vous n’avez pas peur des chiens, je vois.

– Non, dit Sylvain, amusé, je m’entends un peu à les dresser, au contraire.

– Avec Jim, personne n’a jamais su rien faire. Il est trop méchant.

– Si j’en avais le temps, je lui apprendrais bien quelques petits tours, tout de même.

– Sans lui faire de mal?

– Au contraire, avec beaucoup de sucre.

– C’est dommage que vous ne veniez pas souvent par ici, vous lui apprendriez à donner la patte et à faire le beau. J’ai une amie, son chien sait faire tout cela… C’est gentil…

– À l’occasion, quand je repasserai par ici, j’essaierai.»

Sylvain alla au comptoir, se servit un verre de vin blanc, l’emporta au-dehors, et le posa sur la vieille table, à l’ombre. La jeune fille l’y suivit, s’appuya au mur de la vieille maison, et regarda le jeune homme avec une curiosité si naïve qu’elle n’en était pas blessante. On la sentait intéressée par cet homme qui arrivait à l’improviste, qui se servait lui-même, qui domptait la fureur de Jim et parlait de lui enseigner des tours.

«Alors, vous n’êtes pas venu pour pêcher? redemanda-t-elle.

– Mais non, pour me promener, simplement. Je me repose un peu, voyez-vous.

– Vous ne travaillez pas?

– Ah! si, quelquefois, tout de même.

– Vous n’êtes pas cabaretier?

– Moi? Pourquoi ça? Parce que j’ai su déboucher une bouteille et me servir un verre? Non. Je fais de… l’exportation. Et vous, vous ne faites rien, ici?

– Non, pas grand-chose. J’aide ma tante à tenir son ménage, je me promène, j’arrange le jardin. Il n’y a que cinq mois que je suis ici. Avant, j’étais à Nieuport, avec ma mère. Mais elle est morte, et mon oncle m’a prise avec lui.»

Sylvain la regardait tandis qu’elle parlait. Elle était toute jeune, pouvait avoir quinze ou seize ans, tout au plus. On le devinait au dessin enfantin de ses lèvres, qui riaient très vite, pour la moindre chose, à la hardiesse encore candide de son regard bleu, qui vous fixait profondément, sans insolence, avec une sorte de naïf étonnement. Elle avait des cheveux d’un or roux, qu’on sentait destinés à brunir, à se transformer en un châtain ardent, mais qui, pour l’instant, gardaient encore de chauds reflets cuivrés. Elle les tirait de chaque côté de son visage, les empêchait impitoyablement de se boucler, de s’envoler en mèches folles, les nouait en une grosse pelote, très bas dans le cou. On devinait là les conseils sévères d’une maman rigide. Mais cela ne l’enlaidissait pas, dégageait au contraire son front pâle et droit, lui donnait quelque chose de franc et de pur. L’âge, plus tard, accentuerait sans doute le dessin de ses narines, mais pour l’instant, elles avaient encore cette petitesse, cette mobilité de l’enfance.

Sylvain, devant elle, se sentait gauche. Il ne savait de quoi parler. Tous ses mots, tout son vocabulaire à lui, lui paraissaient avoir quelque chose de brutal, de grossier, qui devait choquer cette enfant. Lui qui disait avoir l’expérience des femmes, qui n’en rencontrait pas une sans penser tout de suite à l’amour, et sans tâcher de lui plaire, quelquefois même inconsciemment, il se sentait ici désarmé, désemparé. La simplicité, la candeur de cette fillette le déroutaient. Chez les autres femmes, d’ordinaire, il sentait des pensées qui correspondaient aux siennes, intérêt, curiosité, sympathie ou hostilité amoureuse. Ici, rien de tout cela. Et cette fraîcheur, cette jeunesse l’émouvaient. Il n’osait pas soutenir longtemps son regard. Il lui semblait injurieux de la dévisager, de lui laisser voir les pensées qu’elle lui inspirait. Il regardait son corsage, à peine dessiné encore, comme la poitrine d’une adolescente. Elle portait une petite robe d’indienne, dont le décolleté croisé dégageait seulement la naissance de la gorge, et remplissait Sylvain d’un trouble chaste, où rien d’impur ne se mêlait. Elle symbolisait pour lui la jeunesse. Éprouver en la voyant une pensée malsaine lui eût semblé honteux. En imagination, il la comparait à quelque chose de pur, d’immaculé, comme une neige blanche où il aurait hésité à imprimer la souillure de son pas.

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