La Maison Dans La Dune
- Автор: Meersch Maxence Van der
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
«Madame prend un verre?» proposa-t-il gaillardement.
Et M. Henri, qui connaissait son métier de cafetier, servit immédiatement une tournée de «Bénédictine». Il eût considéré comme une offense grave, de la part de Germaine, le fait de nuire à la vente en refusant une consommation.
Germaine but un verre avec des mines inaccoutumées, du bout des lèvres, très proprement. Et, M. Henri étant parti à la cuisine, elle fut seule un instant avec Lourges.
L’homme, cherchant ses mots, retroussait sa moustache de son poing.
«Vous venez souvent chez Henri? demanda-t-il.
– Oui, je suis liée avec Mme Jeanne. Et vous?
– De temps en temps, dit Lourges, qui ne voulait pas se compromettre en révélant sa qualité de gabelou.
– Vous êtes client?
– Oh! ami surtout. Avec mon métier, je dois venir souvent ici, dans ces quartiers du port.
– Vous êtes…?
– Représentant.»
Germaine, comprenant la prudence très légitime de Lourges, ne releva pas le mensonge. D’ailleurs, un agent de police entrait dans le café, s’approchait du comptoir.
«Bonjour, Germaine», dit-il.
Germaine reconnut Jules, son voisin.
«T’attends ton homme? demanda-t-il.
– Oui.»
Jules avait compris le clin d’œil que lui adressait Lourges. Il feignit donc de ne pas le connaître, et d’ignorer sa présence, bien que le plus hardi des noirs de la brigade mobile fût célèbre chez tous les agents de police.
«Le patron n’est pas là? demanda-t-il.
– Il est à la cuisine, dit Germaine, je vais aller l’appeler.
– Si tu veux. On fait une ronde, ce soir. Mais il ne fait pas du temps à se balader dehors, hein? Alors, on voudrait qu’il prépare du café et qu’il reste ouvert.
– Attends une minute.»
Germaine partit dans la cuisine:
«Il y a Jules, le flic, au comptoir. Il va venir ce soir, dit-elle.
– Il est de service?
– Paraît.
– J’y vais.»
Germaine resta seule avec Mme Jeanne.
«Tu as vu Lourges? demanda celle-ci.
– Oui.
– Il est bel homme, hein?
– Oui.
– Et c’est un as, tu sais. Il en a déjà arrêté, des forts. – Sylvain vient te chercher, ce soir?
– Oui. Mais il n’aura plus rien sur lui, il doit tout livrer en route.
– Vaut mieux. Parce que Lourges, il sent le tabac belge comme un vrai chien de chasse. C’est incroyable. Et franc, avec ça. Il n’a peur de rien, il va dans les plus mauvaises boîtes, il se bat avec n’importe qui. Il a déjà reçu un coup de revolver dans l’épaule, et un coup de couteau au front. T’as pas vu la marque?
– Non.
– Ça commence à s’effacer, maintenant. Mais il était mal arrangé. Il est culotté, c’est sûr. Et tenace, avec ça. Quand il veut avoir quelqu’un, il l’a. Il sait rester des jours entiers au coin d’une rue, sans manger, sans même boire un verre, qu’il pleuve ou qu’il gèle. Quand il sait qu’il va passer du tabac, il n’y a rien pour le faire démarrer.
– Il ne doit pas connaître Sylvain?
– Non, il m’en aurait déjà parlé. Mais il a repéré César, ça, je le sais… – C’est un amateur de femmes, aussi. Il est marié, mais ça n’y fait rien, il «court» tout de même. Il a plaqué sa femme pour ça…»
Mme Jeanne s’interrompit, releva la tête, écouta un pas appesanti qui faisait gémir l’escalier.
«Le client de Nénette qui descend! Je vais le faire parler.»
Et elle courut à la cage de l’escalier, elle attendit le client, elle l’entraîna dans la cuisine.
«Viens prendre un verre, invita-t-elle. J’en ai du bon, dans la cuisine.»
L’homme entra. Mme Jeanne lui emplit un verre de porto.
«Ça oui, c’est du bon, dit-il après avoir bu.
– Celui des amis, mon gros. Et alors, ça a été, là-haut? Tu t’es bien amusé?
– Oui, oui.
– T’as été gentil pour la petite? Tu lui as donné un beau «dimanche»? Tu sais que c’est pour elle, son petit bénéfice.
– J’ai donné quinze francs. Ça peut aller, hein?
– C’est bien, c’est tout ce qu’il faut. Parce que la fois passée, t’étais pas si généreux.
– Si. C’est mon prix, moi. Je donne toujours quinze francs.
– Ah! dit Mme Jeanne. Je croyais… C’est bon, ça ne fait rien.»
L’homme but un second verre de porto, et s’en alla dans le café.
«Sacrée rosse, sacrée voleuse! s’exclama Mme Jeanne. Je vais l’avoir. Tu vas voir ça. Elle descend…»
La fille descendait, arrivait dans la cuisine. C’était une grande brune à la voix éraillée, aux yeux meurtris. À peine arrivée, elle s’assit sur une chaise. Et, l’air fourbu, elle bâilla, ouvrant largement la bouche, et montrant sa langue blanche et tout entartrée.
«Quel métier!» soupira-t-elle.
Mme Jeanne se contenait, tâchait de faire bonne figure.
«Eh bien, et nos comptes? demanda-t-elle.
– Voilà», dit la fille.
Elle tira de son bas deux billets de cinq francs.
«J’ai eu dix francs. Ça fait cinq pour moi, cinq pour vous.
– T’es sûre de ton compte? demanda Mme Jeanne.
– Oui.
– C’est bon. Tu peux remonter dans ta chambre et faire ton paquet. Je ne veux plus de toi ici.
– Et pourquoi?
– Parce que t’es trop bête pour me rouler, ma petite. On ne m’a pas comme ça, moi. T’étais pas encore née que je faisais déjà le métier, tu comprends. T’as eu quinze francs, à ton client, et quinze francs la fois passée, et quinze francs chaque fois qu’il monte avec toi. Je le sais: il me l’a dit. Et si t’étais pas une gourde, tu te serais méfiée, et tu n’aurais pas cherché à m’avoir. Maintenant, ouste! Va faire ta malle.
– Allez, allez, on ne va pas se disputer pour ça», essaya de dire la fille.
Mais Mme Jeanne fut inflexible:
«Ma maison est honnête. Pas besoin de voleur. Va-t’en.
– Mais je ne sais plus où aller, je suis brûlée partout, à Dunkerque. Et Louis va me foutre des coups… voyons, madame Jeanne…
– Va faire ta malle, je t’ai dit. N’y a rien à faire. Et si tu m’embêtes, j’appelle Henri. Il te mettra son pied quelque part, par-dessus le marché. Fous le camp…»