La Maison Dans La Dune
- Автор: Meersch Maxence Van der
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
Sylvain n’alla pas plus loin. Il entra dans une petite boutique, au milieu d’un hameau, pour acheter du pain et du jambon. Et, tout en goûtant, il revint par le canal de Furnes à Dunkerque, il longea le cours d’eau lente et calme en achevant son pain de bon appétit. En retournant vers Dunkerque, la route est à gauche du canal. Mais Sylvain n’aimait pas y marcher. Les autos vous forcent trop souvent à vous garer. Et ce long ruban monotone, déroulant à l’infini sa perspective de macadam goudronné, et qui sentait le bitume, lui déplaisait. Il aimait mieux suivre le côté droit du canal, où, dans l’herbe, se dessinait à peine une sente capricieuse et douce aux pieds. Et il marchait là, bien tranquille, respirant avec bonheur l’air frais, dans la détente agréable de cet après-midi d’oisiveté, quand il découvrit le vieux cabaret.
Il est ainsi des coins dont, on ne sait pourquoi, l’aspect vous charme, vous prend sans résistance, vous fait soudainement reconnaître et aimer la beauté. Souvenirs inconscients, rappelés obscurément dans les profondeurs de la mémoire? Rappel de vieilles images? Réalisation d’un idéal lentement formé au fond de l’être? Sylvain ne savait pas où il avait déjà vu ce coin, pourquoi il le reconnaissait, l’aimait, en retrouvait avec plaisir les détails. Mais indiscutablement, tout cela lui était familier. Il en avait dû rêver déjà. C’était dans ce décor que se passaient les histoires que jadis on racontait à son enfance. Tout était comme il fallait que ce fût.
Et, sans étonnement, Sylvain quitta sa route, descendit le chemin herbeux qui menait à l’auberge, et s’assit sur une chaise rustique, devant une vieille table de chêne dont le bois raclé au verre se creusait et se vallonnait par place. Et il attendit l’aubergiste, il laissa errer son regard autour de lui, sur ces choses inconnues et cependant familières. Il lui semblait être soudain entré dans le cadre d’une de ces gravures anglaises, où l’on voit une grand-route, un coche arrêté, avec deux chevaux blancs qui fument, un gros postillon jovial qui vide un verre de gin et, sur l’herbe, dansant au son d’un crin-crin de rencontre, deux ou trois couples de jeunes seigneurs et de jolies dames.
Le coche n’était pas là. Lui seul, avec les personnages, manquaient dans le décor.
Sylvain attendit cinq minutes. L’aubergiste n’arrivait pas. Et Sylvain n’appelait pas, jouissait de cette quiétude.
L’auberge était bâtie au bord du canal, le long d’un large pavé abandonné, comme une sorte de grand-route qui s’arrêtait brusquement, à pic au-dessus de l’eau. À mieux regarder, Sylvain comprit que c’était là un ancien grand chemin, qui jadis traversait le canal sur un pont maintenant détruit. Le nouveau pont s’apercevait d’ailleurs à trois cents mètres de là.
De grands arbres bordaient cette voie morte, encadraient l’auberge et tout ce petit coin dans un décor d’épaisses frondaisons. Cela faisait comme un îlot touffu de verdure, au milieu de la nudité monotone du pays environnant. Et Sylvain, habitué à la stérilité de sa lande sablonneuse, aux arbres étiques et rabougris que le vent de mer secouait et tourmentait autour de sa demeure, subissait inconsciemment l’attrait de cette végétation puissante, de cette force paisible et noble qui semble émaner d’un bel arbre.
L’auberge, étouffée sous cette luxuriance, paraissait toute petite. C’était une vieille maison, bâtie en briques de sable, que les ans avaient patinées d’une grisaille de pierre. Elle était très basse, comme enfoncée dans le sol. Et un immense toit de tuiles rouges pesait sur elle, descendait sur les fenêtres, où de frais petits rideaux bleus et blancs mettaient quelque chose de pimpant et de gai, comme la charmante et discrète coquetterie d’une aïeule. Sur les appuis des fenêtres, il y avait aussi des caisses, peintes en gros vert. Là poussaient des fuchsias et des asparagus, assouplis autour de bâtis légers en bois blanc. La porte ouverte de la vieille demeure accueillante semblait une invitation à entrer dans la fraîcheur de la pénombre qui emplissait l’intérieur.
Dans les joints des pavés de l’ancienne grand-route, l’herbe avait poussé. Entre les branches des arbres, le soleil filtrait, projetait sur le sol des ronds de lumière blonde. Et cela faisait dans l’air d’innombrables faisceaux de rayons, une brume, un poudroiement lumineux qui prêtait à ce coin une atmosphère féerique. Très bas, au pied du talus à pic, qui terminait le pavé, l’eau murmurait, avec des clapotis, de lents frissons dans les joncs.
Dans la maison, il y eut un bruit de pas. Quelqu’un parut sur le seuil. Avant que Sylvain se fût retourné pour demander une consommation, il entendit pousser une exclamation de surprise. Et il vit une toute jeune fille qui le regardait avec étonnement.
«Il y a longtemps que vous êtes ici? demanda-t-elle.
– Assez longtemps, oui.
– Et vous n’avez pas appelé?
– Mais non, j’étais très tranquille, vous voyez.»
Il rit, content, sans trop savoir pourquoi, de se sentir là, plein d’une vague et douce quiétude.
La jeune fille le regardait. Et elle rit aussi.
«Ça vous paraît donc toute une affaire, que je sois ici, continua Sylvain. On dirait que vous n’en revenez pas.
– C’est qu’il n’est pas dimanche, dit l’autre.
– Et vous n’avez de clients que le dimanche?
– Oui. Des gens qui viennent pêcher, ou qui veulent se reposer.
– Vous ne ferez pas vite fortune, je pense, si vous chômez toute la semaine.»
De nouveau elle eut un beau rire, jeune, frais, – un rire de petite fille, pensait Sylvain émerveillé. Et elle répondit naïvement:
«Oh! non. Mais il y a beau temps que nous ne comptons plus faire fortune, non plus. Depuis qu’ils ont supprimé l’ancien pont, vous comprenez…
– Alors, vous êtes ainsi tranquilles toute la semaine?
– À peu près. On ne m’aurait pas laissée toute seule, vous pensez bien, si on avait cru qu’il viendrait du monde.
– Vous êtes toute seule?
– Oui. Mon oncle et ma tante sont partis pour Furnes.
– Ce ne sont pas vos parents qui demeurent ici?
– Non. Ils sont morts.»
Une ombre de tristesse passa sur ses traits, sans les endeuiller longtemps. On sentait en elle un débordement de jeunesse, une allégresse de vivre, un candide émerveillement devant les choses, qui l’empêchait de rester triste longtemps.
«Alors, reprit-elle d’un air embarrassé, qu’est-ce que nous allons faire?
– Vous ne pourriez pas me faire donner quelque chose à boire?»
Sylvain n’osait pas, sans qu’il sût pourquoi, envisager qu’elle-même pût le servir. La jeune fille, d’ailleurs, parut consternée à cette demande.
«Je ne l’ai jamais fait, avoua-t-elle. Je n’ai jamais servi les clients, je ne connais pas les verres ni les prix. Il n’y a pas longtemps que je suis ici.»
Il y eut un silence.
«Écoutez, reprit-elle enfin, le mieux, ça serait que vous partiez…»
C’était si drôle que Sylvain dut rire.
«Mais j’ai soif, protesta-t-il. On ne met pas ainsi les clients à la porte.»
La jeune fille était de plus en plus perplexe.
«C’est vrai? insista-t-elle. Vous avez vraiment soif?
– Ça, oui! soit dit sans vous froisser vous me semblez faire une étrange commerçante.»