La Maison Dans La Dune
- Автор: Meersch Maxence Van der
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
Tom, après avoir couru un bon moment, arriva devant un ruisseau. Le chemin, là, tournait à angle droit, longeait le rivelet, vers le pont le plus proche, sans doute. Mais Tom, par expérience, savait qu’il fallait se méfier des ponts. On y rencontrait souvent des hommes aux intentions suspectes. Tom s’arrêta donc une minute, flaira le vent, et, quittant le sentier, longea le ruisseau vers la droite, cherchant un gué. À vide, il eût sans hésitation franchi l’obstacle à la nage. Mais avec son paquetage sur le dos, il ne l’osait pas. Il avait failli mourir, une fois, pour s’y être risqué. Et, sorti de la rivière par un miracle d’énergie, il n’était encore rentré à la maison de son maître que très peu avant l’aube, épuisé, écrasé sous une masse énorme de tabac mouillé et ruisselant.
Il fit cinq cents mètres. Il trouva un passage, s’y engagea prudemment. L’eau lui mouilla les pattes, les jarrets, le ventre. Il n’avançait plus qu’avec lenteur, prêt à rebrousser chemin s’il sentait que son ballot trempait dans l’eau. Mais sous lui, le sol remontait. Tom atteignit l’autre rive sans difficulté. Et là, il se secoua vigoureusement, et se remit en route.
Mais il n’y avait plus de sentier. Tom devait suivre maintenant d’étroits passages, des bandes d’herbe, les rives bosselées de ruisseaux limitant les champs. Derrière lui, brusquement, la lune se montra, entre deux nuages noirs déchiquetés par une rafale. Et Tom, dès lors, instinctivement, se baissa, se fit plus bas et plus long, se coula d’une allure féline le long des blés et des avoines. Une fois, il s’arrêta encore, il leva la tête par-dessus les tiges d’avoine, il regarda au loin l’immensité des champs, qui, sous la lune, s’éclairaient d’une pâleur spectrale d’au-delà. Et il vit au milieu de ce désert plat et morne, très loin encore, vers la ligne sombre des dunes qui, à droite, fermaient l’horizon, la silhouette d’un homme qui attendait.
Tom fit un long circuit, contourna l’homme, à deux cents mètres de distance, de façon à être sous le vent. Il sut alors qu’il y avait un chien avec l’homme. Et cela lui inspira de la méfiance. Son expérience lui rappelait que ces gens-là, qui attendent, la nuit, avec des armes et des chiens, sont à craindre et à éviter.
Lentement, Tom se coula dans les blés. Il se fit plus petit encore, rasant la terre de son ventre, écartant du bout de son nez les chaumes, ondulant, s’insinuant, faisant à peine frémir les tiges autour de lui. Dans cette mer ondoyante de verdure, il glissait comme un navire, sans bruit, sans heurt…
Mais brusquement, son nez, qui fendait comme une épave l’épaisseur des blés, trouva devant lui le vide. Il était arrivé à la limite des champs. Plus loin, il n’y avait plus qu’une lande nue, pelée, à peine tachée, çà et là, d’une plaque d’herbe courte et roussâtre.
Tom hésita une minute. Il avait à sa droite les dunes, et plus loin la mer. Il eût aimé atteindre cette zone sûre, où les collines de sable le cacheraient. Mais avant, il fallait traverser la campagne dénudée, sous les yeux du douanier. Tom, dans son intelligence de bête, méditait sur ces choses, quand brusquement le chien du douanier le flaira. Tom comprit tout de suite qu’il était éventé. Le chien là-bas, avait levé la tête, pointé les oreilles, humé le vent. Et il grogna, il leva les yeux vers son maître.
«Va, Dick!» cria l’homme.
Et, suivi de loin par le douanier, Dick s’élança, avec la rage d’une bête méchante enfin libérée, vers l’ennemi deviné.
Tom eut peur. Il rentra dans le champ, se tapit, essaya de se dissimuler. Mais il était découvert. D’un seul bond, Dick plongeait dans les blés, et là, se dressait sur les pattes de derrière pour retrouver la place où se cachait l’ennemi. Tom comprit qu’il lui fallait accepter le combat. Il se releva, se campa d’aplomb sur ses fortes pattes, endurcies par son rude métier. Et, sans même qu’il le voulût, le poil de son échine se hérissa, ses babines se relevèrent, il fut prêt pour la bataille.
L’ennemi arrivait. Ils furent face à face, hésitèrent, tournèrent en rond, l’un autour de l’autre. Et brutalement, Dick se décida, se lança, les crocs en avant. Il happa le vide. Tom s’était dérobé, glissait de côté, et, au passage, en tournant brusquement la tête, déchirait longuement le flanc de l’adversaire. Dick hurla de rage. Et d’une volte-face, il fit de nouveau front à Tom, avant que celui-ci eût pu le happer à la gorge. Et là-bas, le douanier accourait. Alors Tom fit demi-tour et se sauva, sachant que, si l’homme arrivait à portée, tout était fini. L’adversaire, enragé de voir sa proie s’enfuir, s’élança par-derrière, lui sauta sur l’échine, essaya de lui enfoncer ses canines dans l’épaule. Mais l’énorme sac de tabac protégeait Tom. Dick ne trouvait pas de prise, sur cet amas inconsistant, que ses mâchoires mordaient vainement. Tom, pendant ce temps, l’entraînait plus loin dans le champ de blé. Et quand il jugea être assez loin du maître, sans un grondement, sans un avertissement, il ralentit sa course et planta, de côté, ses crocs dans la gorge de son ennemi.
Ils roulèrent par terre, mêlés en une bagarre furieuse. Dick étouffait, se débattait, avec la fureur de se sentir mourir. Il se tordait, donnait de terribles secousses. Tom, entravé par son ballot, manquait de souplesse, tardait à se remettre sur pied quand un heurt le jetait sur le dos. Et Dick put se libérer. Ce fut alors une mêlée confuse, Tom dessous, Dick dessus, lui mordant le ventre, lui arrachant des lambeaux de peau. Ils grondaient sauvagement, soufflaient, râlaient. Jusqu’au moment où Tom put happer la patte de devant de l’ennemi, un peu au-dessous de l’épaule. Sous ses molaires, l’os fléchit avec un long craquement de bois sec, et cassa net.
Dick s’arrêta, cessa de mordre, hurla une plainte qui traîna sinistrement avant de s’éteindre. Tom, déjà, était debout, et filait dans les blés. Il atteignit de nouveau la zone dénudée, la lande stérile où le douanier accourait. Il vit l’homme s’arrêter, il sut ce qu’il allait faire. Et il allongea encore ses bonds, il se lança en avant avec de prodigieuses détentes des jarrets. Il y eut un coup de feu. Quelque chose frappa rudement Tom, au milieu d’un bond sauvage, le fit rouler par terre. Mais il ne sentait rien. La balle avait seulement traversé l’épais matelas de tabac qu’il portait sur le dos. Et, tout de suite relevé, il repartit, il atteignit les premiers vallonnements des dunes; là, il ne courut plus, il s’arrêta derrière un buisson maigre qui croissait sur le sable, et il regarda. Il vit le douanier qui s’approchait de son chien. La bête mutilée hurlait toujours. Un second coup de feu. Les hurlements cessèrent.
Tant que la lune ne fut pas de nouveau cachée par un nuage, Tom attendit. Puis une ombre immense courut sur l’étendue déserte. Un nuage passait. Et Tom, alors, quitta sa cachette, et s’enfonça dans les dunes.