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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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«Et votre oncle, et votre tante, il y a longtemps qu’ils habitent ici, bien sûr, reprit-il.

– Depuis toujours. Ils sont vieux tous les deux, presque aussi vieux que la maison, je pense. Ils se disputent du matin au soir, et ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. C’est drôle, dites?»

De nouveau, elle eut son beau rire jeune, que Sylvain eût aimé entendre longtemps.

«Ils ne doivent pas faire beaucoup d’affaires, dans ce coin, dit-il pour parler, pour la faire répondre, et voir encore, sur son frais visage, le reflet changeant et charmant des émotions intérieures.

– Oh! non. Il y a très longtemps, la route passait par ici, à ce qu’il paraît, du moins. Mais on a démoli le pont pendant la guerre, et on l’a rebâti plus loin. Moi, je ne le regrette pas. On est plus tranquille. Et mon oncle dit comme moi. Il n’y a que ma tante qui s’ennuie quelquefois, parce qu’elle aime bien parler, je dois le dire…

– Vous ne lui ressemblez pas un peu, de ce côté-là?

– Vous l’avez deviné? Oui, c’est vrai, je suis une grande bavarde, mon oncle le dit toujours. Et vous, vous n’aimez pas parler?

– Avec vous, j’aime beaucoup…»

Et tout de suite, il se repentit d’avoir lâché cette galanterie fade, qui allait effaroucher, froisser peut-être la jeune fille.

Mais il fut rassuré. Elle n’avait pas deviné l’intention, et elle continuait:

«Alors, vous allez bien vous entendre avec ma tante. Mon oncle, lui, ne parle jamais. Les hommes, en général, sont comme ça. C’est drôle. Vous partez?»

Sylvain tirait sa montre.

«Oui. Il est temps. J’ai une longue route à faire.

– Vous allez loin?

– En France. Près de Dunkerque.

– Vous ne venez pas souvent par ici, alors?

– Je viens très souvent, au contraire.

– Alors, si une fois vous repassiez par notre maison, vous pourriez peut-être venir apprendre quelque chose à Jim?

– C’est entendu. Je n’oublierai pas. Au revoir!»

Sylvain reprit son chapeau, fit encore une caresse à Jim, définitivement conquis, et, lentement, il quitta le frais asile, il retrouva son chemin et prit à nouveau la direction de la France.

Il n’avait pas fait cinq cents mètres qu’il se souvint brusquement: il avait oublié de payer.

«Je reviendrai», pensa-t-il.

Et il continua sa route vers Dunkerque.

IV

Pour Tom, cependant, se déroula une fois de plus une aventure dont les raisons profondes lui étaient indiscernables, mais que sa répétition, fréquente déjà dans le passé, avait fini par rendre familière.

Sylvain était parti, le laissant seul dans cette maison aux odeurs vaguement connues, et où Tom se rappelait être déjà venu quelquefois.

Tom était dans une grande cage en planches, fermée par une porte à claire-voie. Il savait qu’il devrait attendre longtemps, avant qu’on lui rendît la liberté. Mais l’expérience lui avait aussi enseigné qu’il était inutile de gémir, et qu’on ne viendrait pas le délivrer avant la nuit.

Par habitude, il gratta un moment les planches de son chenil, flaira les interstices, chercha du bout du nez les effluves qu’avaient laissés dans la cage d’autres chiens, enfermés là avant lui. Et puis, philosophe, pour oublier la faim qui lui irritait l’estomac, il prit le parti de s’endormir. Aussi bien, il se souvenait qu’on le laissait jeûner, ces jours-là.

Longtemps après – il faisait nuit -, des gens entrèrent dans la cour. À la façon dont un homme s’approchait de sa cage, Tom comprit qu’il venait le délivrer. Il étouffa donc le grondement qui, déjà, roulait dans sa gorge. C’était défendu. Et, la porte ouverte, il sortit de bonne grâce, il appuya le bout de son nez sur la jambe de l’homme, et analysa longuement son odeur. Inconnu, cet étranger. Mais il ne paraissait pas avoir d’intention hostile. Il flattait Tom de la main, lui grattait amicalement le dessous du menton. Sa voix articulait des bruits. Il tapait de ses doigts contre sa cuisse, faisait des signes d’appel. Tom le suivit, entra derrière lui dans une pièce où était une femme avec son enfant. La femme parut avoir peur, ce que Tom n’aimait pas. Il se méfiait des gens qui se sauvent, et, d’instinct, désirait les poursuivre. Mais l’homme parlait, et la femme ne disait plus rien. Même, elle se rapprocha de la bête, et la caressa, sans trop de hardiesse toutefois. Elle voulut lui donner du sucre, que Tom eût croqué volontiers, bien que son appétit lui fît plutôt désirer de la chair. Mais l’homme intervint encore, et interdit à la femme de donner même le sucre. Il avait tiré une toile grise d’une armoire, l’ouvrait, y entassait à coups de poing une herbe sèche, à senteur malodorante.

«Combien lui en met-on? demandait la femme.

– Dix-huit kilos.

– Dix-huit kilos! Et il saura porter tout ça?

– Il en porterait bien vingt-cinq, je pense, un gaillard comme ça. Je me demande où il va les chercher, ce sacré César.»

Tom attendait, allait flairer le dessous de la porte, et renifler fortement les senteurs de cette région qu’il ne connaissait pas. L’homme, pendant ce temps, avait fini de «blatter» son sac. Il le souleva, s’approcha de Tom:

«Doucement, l’ami», dit-il.

Tom, sachant ce qu’on lui voulait, s’arc-bouta sur ses pattes, reçut sans fléchir la lourde charge sur son dos. Et l’homme l’y attacha solidement, passant les sangles sous le ventre et devant le poitrail. La masse n’était pas équilibrée, une courroie gênait Tom. Il se coucha, il refusa de bouger, sachant par expérience qu’il ne pourrait courir ainsi, qu’il allait s’écorcher la peau tout de suite.

«Qu’est-ce qu’il fait? s’inquiéta la femme.

– C’est rien, dit l’homme, Sylvain m’a expliqué.»

Il détendit un peu les sangles, remonta la masse plus haut sur le garrot. Et Tom, cette fois, se leva, alla vers la porte, la gratta du bout de sa griffe. La femme ouvrit. Et Tom fut dehors, dans la nuit.

Il ne s’y retrouvait plus, dans ce pays neuf. Tout lui était hostile. Il ne partait plus, il leva les yeux vers l’homme et la femme, qui, sur le seuil, le regardaient. S’ils avaient voulu, il serait bien resté là, dans cette maison où il faisait clair et chaud.

«Pauvre bête, dit la femme.

– Psch! Psch!» fit l’homme, levant la main comme pour le frapper.

Tom comprit tout de suite, s’éloigna d’un bond en grondant.

Déjà d’ailleurs quelque chose s’émouvait en lui. Aucun de ses sens habituels, ni l’ouïe, ni l’odorat, mais un instinct obscur, quelque chose comme l’influence magnétique qui oriente l’aiguille aimantée. Il se leva, s’éloigna, fit quelques pas, revint. Il retrouvait sa voie, maintenant. Il savait quelle était la direction du retour.

«Qu’est-ce qu’il cherche? interrogea la femme.

– Sa route. Mais ça y est. Il s’y reconnaît, maintenant.»

Un moment, les marchands regardèrent Tom qui s’en allait. Et quand il se fut enfoncé dans la nuit, ils rentrèrent dans leur maison.

Tom courait bon train. La campagne était plongée dans les ténèbres. Pas de clair de lune. Mais Tom y voyait tout de même. Il suivait d’ailleurs un sentier de terre qui filait droit vers la France. À chaque foulée, Tom sentait devenir plus puissante la force mystérieuse qui le guidait. Et, allègre, ses dix-huit kilos sur l’échine, il filait à bonne allure, d’un trot allongé, régulier, soutenu, laissant derrière lui, à intervalles égaux, de légers panaches de vapeur qu’exhalait sa respiration. Il passait, grande ombre grise, déformée par l’énorme ballot qui bossuait son dos. Et dans le silence nocturne s’entendait seulement le frôlement pressé et rythmé de ses pattes sur le sol. Il n’y avait personne, la campagne était déserte, vide, emplie d’un calme pesant. Et dans la nuit, Tom voyait, bien qu’il fît sombre, s’allonger au milieu de la solitude l’étroit chemin sablonneux. Pas un arbre, pas un bosquet, pas un buisson. Une majesté tranquille imprégnait cette terre.

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