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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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«Tiens, dit-elle en voyant entrer Germaine, c’est toi, ma fille? Assieds-toi donc. Et ça va toujours?

– Ça va», dit Germaine.

Et elle prit une chaise, s’assit auprès du feu, tendit les mains à la chaleur.

«Tu fais tes comptes? demanda-t-elle.

– Non. Mon chiffre d’affaires. Et je ne me rappelle plus si c’est le 17 ou le 18 que j’ai vendu tant de champagne.

– Qu’est-ce que ça peut faire?

– Ah! ma petite… Et si c’était un agent des contributions, celui qui est venu faire cette noce-là? Il peut l’avoir fait exprès pour me pincer. Je me rappelle, il avait une drôle de bobine. Il n’aurait qu’à venir contrôler mon livre, et je suis refaite… – Et Sylvain, qu’est-ce qu’il devient? Toujours au tabac?

– Toujours.»

Mme Jeanne s’intéressait beaucoup à Germaine. C’était une des anciennes pensionnaires. Elle était restée là pendant passé quatre ans. Et les deux femmes, chose rare, s’entendaient très bien, ne se querellaient jamais. Puis Sylvain était venu, il avait connu Germaine, l’avait aimée. Et quand il exigea que Germaine quittât ce métier pour être à lui exclusivement, Mme Jeanne en avait eu un gros chagrin. Elle comprenait cependant qu’il le fallait, que c’était pour le bien de la fille. Mais à vivre si longtemps ensemble, elles s’étaient attachées. Quand une ancienne pensionnaire de Mme Jeanne la quittait, la patronne lui faisait promettre de lui écrire, elle aimait rester en relation, un moment tout au moins, jusqu’à ce que la vie les séparât définitivement. Germaine, elle, était restée l’amie de Mme Jeanne jusqu’à ce jour. Elle habitait tout près de Dunkerque. Le métier de Sylvain le mettait en rapports fréquents avec les clients de M. Henri, le patron. Si bien qu’il ne se passait pas de semaine que Germaine ne vînt dire le bonjour à Mme Jeanne. Elle aimait ces visites. Elle retrouvait là une ambiance connue, le langage, les têtes, les odeurs, le décor de sa jeunesse. Et puis, sa condition nouvelle de femme mariée l’enivrait un peu. Elle se sentait fière de venir se montrer là, honnête et respectable, à ces femmes qui l’avaient connue fille de joie comme elles. Elle était comme ces parvenus qui, sortis de rien, reviennent plus tard éblouir du spectacle de leur grandeur leur village natal. De plus, elle était à l’aise maintenant. Sylvain gagnait beaucoup d’argent, et Germaine en profitait. Elle s’achetait de belles toilettes, des choses trop coûteuses, des coquetteries inutiles, ayant gardé dans sa nouvelle position ses anciens goûts de fille, pour qui l’argent, vite gagné, se dépense de même. Elle n’arrivait jamais chez Mme Jeanne sans arborer quelque nouvelle fanfreluche, un chapeau, des gants en «Suède», une robe en crêpe de Chine, des souliers en peau de serpent, ou bien une écharpe, un sac à main, un tom-pouce à manche excentrique. Et cela faisait crever de jalousie les pensionnaires de Mme Jeanne, devant qui Germaine étalait vaniteusement ses parures.

«Il y a du monde, aujourd’hui, hein? dit Mme Jeanne, refermant enfin son grand carnet, et relevant la tête pour regarder Germaine.

– Oui. Et M. Henri?

– Il est au comptoir, il sert les pratiques.

– Pas de connaissances, je vois…

– Non, des nouvelles têtes. Ah! si, tout de même, il y a Lourges. Tu ne le connais pas?

– Non. Lequel?…

– Le grand, qui parlait à Henri. Il doit être au comptoir. C’est un «noir», un type très fort, à ce qu’il paraît. Sylvain ferait même bien de s’en méfier.

– Je ne l’ai pas remarqué, dit Germaine, intéressée. Il est comment?

– Oh! très bien, très bel homme, un grand brun avec une forte moustache… Tiens, va appeler Henri. Tu n’as qu’à dire que j’ai besoin de lui. Comme ça, tu verras l’autre. Vaut mieux pour toi que tu le connaisses. C’est un type, on ne s’en méfie pas, mais il est dangereux.

– J’y vais», dit Germaine.

Elle se leva, traversa le salon, arriva dans la salle du café, pleine de monde. Et du premier coup d’œil, elle devina, en voyant un homme grand, large d’épaules et très brun, qui parlait, accoudé au comptoir, que c’était là ce redoutable Lourges.

Indiscutablement, il était bel homme. Germaine, habituée à juger les mâles comme mâles, d’après leurs possibilités physiques, l’admira. Il avait une carrure impressionnante. Ses cheveux, d’un noir trop accentué pour être sincère, étaient plantés dru sur sa tête carrée, solidement affermie sur une encolure massive. Il avait un front bas mais intelligent, bosselé de protubérances, et entaillé d’un pli vertical énergique. Ses sourcils, moins noirs que ses cheveux, étaient plantés en ligne irrégulière, et, hirsutes, embroussaillaient ses petits yeux bleus, au regard fixe et dur. Son nez déformé par de nombreuses bagarres s’étalait sur sa face carrée, large du bas, où les pommettes et les muscles des mâchoires formaient d’énormes saillies. Germaine regarda avec étonnement le poing démesuré, noueux, et comme rocailleux, qu’il posait, tout en parlant, sur le zinc du comptoir.

En face de lui, derrière le comptoir, M. Henri, rasé, poudré, cosmétique, paraissait par contraste presque chétif. Il n’était pourtant pas si mal de sa personne, lui non plus. De taille moyenne, la tête petite et intelligente, il se soignait avec beaucoup de coquetterie, lissait ses cheveux poivre et sel, s’oignait la peau de crèmes parfumées, passait fréquemment la main sur son menton, d’un geste machinal, pour apprécier la fraîcheur et le velouté de son épiderme. Il avait d’ailleurs le teint rose et gras d’un homme bien portant et qui ne se refuse rien. Ses yeux gris luisaient d’une perpétuelle satisfaction de lui-même. Ses oreilles à peine trop rouges, ses lèvres humides et vermeilles, ses joues pleines, témoignaient d’une santé solide. Il avait des mains blanches et soignées, des mains d’oisif à la peau tendre et aux ongles propres. C’était l’homme content de son sort.

Et comment ne l’eût-il pas été? Il vivait dans cette maison prospère comme un véritable rentier. L’argent rentrait sans mal, sans qu’on eût souci ni inquiétude. M. Henri, chaque jour, allait faire en ville sa petite promenade, retrouver des amis qui lui témoignaient beaucoup de considération. Il avait pour chaque saison toute une variété de distraction, depuis la pêche jusqu’à la manille, en passant par le cinéma, le jeu de boules et le billard. Et cependant, les recettes grossissaient, Mme Jeanne surveillait tout, dirigeait la maison de main de maître. On accumulait doucettement des rentes, de bonnes rentes du gouvernement, ou des actions de premier ordre, des titres de tout repos. M. Henri n’avait qu’à se laisser vivre, choyé, dorloté, câliné par sa tendre épouse, pour qui il était un objet d’amour et d’admiration.

«Qu’est-ce que tu veux, Germaine? demanda-t-il en voyant s’approcher la jeune femme.

– Jeanne vous appelle, pour quand vous aurez le temps.»

Lourges regardait Germaine avec insistance. Sa fraîcheur, son embonpoint naissant lui plaisaient. Elle avait avec ça quelque chose de décidé, d’assuré, que n’ont pas les filles de joie, avec toute leur hardiesse et leur effronterie. Elle tenait à faire sentir qu’elle était une femme sérieuse. Mais d’un autre côté Lourges l’attirait. Elle ne pouvait s’empêcher de le regarder à la dérobée, intéressée, troublée, par ce bel homme, qu’avec son flair elle devinait amateur de chair. Et Lourges s’en apercevait. Leurs regards se croisèrent deux ou trois fois. Et cela émouvait bêtement Germaine, tandis que Lourges au contraire en tirait une vanité qui l’enhardissait.

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