Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Mentalement, Camille se tourne alors vers le ravisseur. On peut tuer de multiples manières et pour de multiples raisons, mais tous les enlèvements se ressemblent. Et une chose est certaine : pour enlever quelqu’un, on prend son élan. Bien sûr, on peut le faire sous le coup d’une inspiration subite, d’une colère soudaine mais c’est assez rare et promis à un échec rapide. Dans la plupart des cas, l’auteur s’organise, prémédite, prépare attentivement. La statistique n’est pas très favorable, les premières heures sont cruciales, les chances de survie diminuent rapidement. C’est encombrant, un otage, on a vite envie de s’en débarrasser.
C’est Louis qui harponne le premier. Il a appelé tous les chauffeurs de bus de service entre dix-neuf heures et vingt et une heures trente. Réveillés un par un.
— Le chauffeur du 88 qui a fait le dernier service, dit-il à Camille en couvrant le récepteur. Vers vingt et une heures. Il se souvient d’une fille qui s’est précipitée pour attraper son bus et qui s’est ravisée.
Camille repose son crayon, lève la tête.
— Quel arrêt ?
— Institut Pasteur.
Frémissement dans l’échine.
— Pourquoi il se souvient d’elle ?
Louis transmet les questions.
— Jolie, dit Louis.
Il resserre sa main sur le récepteur.
— Vraiment jolie.
— Ah…
— Et il est certain de l’heure. Ils se sont fait un petit signe, elle lui a souri, il lui a dit qu’il était le dernier bus de la soirée mais elle a préféré prendre à pied la rue Falguière.
— Quel trottoir ?
— Droite en descendant.
La bonne direction.
— Le signalement ?
Louis demande des précisions mais la conclusion n’avance guère.
— Vague. Très vague.
C’est le problème avec les filles vraiment jolies : on est sous le charme, on ne détaille pas. La seule chose dont on se souvient, les yeux, la bouche, le derrière ou les trois à la fois mais se souvenir de ce qu’elle portait, ça… C’est le handicap avec les hommes qui témoignent, les femmes sont plus précises.
Camille rumine ce genre de pensées une partie de la nuit.
Vers deux heures et demie du matin, tout ce qui pouvait être fait l’a été. Maintenant, il reste à espérer qu’un événement survienne rapidement, quelque chose qui leur donnera un premier fil à tirer, une demande de rançon qui ouvrira une nouvelle perspective. Un corps retrouvé qui fermera toutes les autres. Un indice quelconque, quelque chose à attraper.
Le plus urgent, si on le peut, est évidemment d’identifier la victime. Pour le moment, le central est formel : toujours aucun signalement d’une disparition pouvant correspondre à cette femme.
Rien dans la proximité de l’enlèvement.
Et six heures se sont déjà écoulées.
5
C’est une caisse à claire-voie. Les planches sont distantes d’une dizaine de centimètres ; on voit parfaitement ce qu’il y a à l’intérieur. Pour le moment, rien, elle est vide.
L’homme a attrapé Alex par l’épaule, la serre avec une force inouïe et la tire jusqu’à la caisse. Puis il se détourne et fait comme si elle n’était plus là. La perceuse est en fait une visseuse électrique. Il dévisse une planche sur le dessus de la caisse, puis une autre. Il est de dos, penché. Sa grosse nuque rouge perlée de sueur… Neandertal, c’est ce qui vient à l’esprit d’Alex.
Elle est debout juste derrière lui, un peu en retrait, nue, un bras autour des seins, l’autre main en coquille sur son sexe parce qu’elle en a toujours honte, même dans cette situation, c’est dingue quand on y pense. Le froid la fait trembler des pieds à la tête, elle attend, sa passivité est totale. Elle pourrait tenter quelque chose. Se ruer sur lui, le frapper, courir. L’entrepôt est désert et immense. Là-bas, devant eux, à une quinzaine de mètres, une ouverture, comme une large trouée, de grandes portes coulissantes devaient fermer cette salle autrefois, elles ont aujourd’hui disparu. Tandis que l’homme dévisse les planches, Alex tâche de faire redémarrer sa mécanique cérébrale. Fuir ? Le frapper ? Tenter de lui arracher cette perceuse ? Que va-t-il faire quand il aura décloué sa caisse ? La faire crever, a-t-il dit, c’est quoi exactement ? Comment veut-il la tuer ? Elle prend conscience du chemin alarmant que son esprit a parcouru en quelques heures seulement. De : « Je ne veux pas mourir », elle en est à : « Pourvu qu’il fasse vite. » À l’instant où elle le comprend, deux événements. D’abord, dans sa tête, une pensée simple, ferme, butée : ne te laisse pas faire, n’accepte pas, résiste, bats-toi. Ensuite l’homme qui se retourne, pose près de lui la visseuse et tend le bras vers son épaule pour la saisir. Une mystérieuse décision éclate alors dans son cerveau, comme une bulle soudaine, elle se met à courir vers l’ouverture, à l’autre bout de la salle. L’homme est pris de vitesse, il n’a pas eu le temps de bouger. En quelques microsecondes, elle a sauté par-dessus la caisse et court, toujours pieds nus, aussi vite qu’elle le peut. Fini le froid, finie la peur, son vrai moteur, c’est la volonté de fuir, de sortir d’ici. Le sol est glacé, dur, glissant parce que humide, un béton brut, tapissé d’aspérités mais elle ne ressent rien, littéralement aspirée par sa propre course. La pluie a détrempé le sol, les pieds d’Alex font des gerbes en traversant les larges flaques d’eau croupie. Elle ne se retourne pas, elle se répète « cours, cours, cours », elle ne sait pas si l’homme a commencé lui aussi à courir derrière elle. Tu es plus rapide. C’est une certitude. Lui est un homme vieux, lourd, tu es jeune, mince. Tu es vivante. Alex arrive à l’ouverture, ralentit à peine sa course, juste le temps d’apercevoir, sur sa gauche, au fond de la salle, une autre ouverture, semblable à celle qu’elle vient de passer. Toutes les salles sont identiques. Où se trouve la sortie ? L’idée de quitter ce bâtiment totalement nue, de débarquer ainsi dans la rue ne lui vient pas. Son cœur cogne à une cadence vertigineuse. Alex meurt d’envie de se retourner, de mesurer l’avance qu’elle a prise sur l’homme mais elle meurt surtout du besoin de sortir d’ici. Une troisième salle. Cette fois Alex s’arrête, hors d’haleine et manque de s’effondrer sur place, non, elle n’y croit pas. Elle reprend sa course mais déjà les larmes montent, la voici à l’extrémité du bâtiment, devant l’ouverture qui doit donner sur l’extérieur.