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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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— Je vois très bien, conclut Camille. Donc, vous êtes ici, on est à combien ?

Il interroge le témoin du regard.

— … quarante mètres ?

Oui, le gars est satisfait de l’évaluation.

— Vous voyez une femme se faire tabasser, se faire enlever, à quarante mètres, et ce que vous faites, courageusement : vous criez.

Il lève les yeux vers le témoin qui bat rapidement des paupières, comme sous le coup d’une émotion forte.

Sans un mot, Camille a soupiré, s’est éloigné, juste un dernier regard pour le clébard qui a l’air aussi courageux que son propriétaire. On sent qu’il a très envie de shooter dedans.

Il ressent, comment dire, il cherche le mot, une sorte de détresse, une sensation un peu… électrique. À cause d’Irène. Il se retourne, regarde la rue déserte. Et enfin, il est secoué par une décharge. Il comprend. Jusqu’ici, il a fait son travail, technique, méthodique, organisé, il a pris les initiatives qu’on attend de lui mais ce n’est que maintenant, et pour la première fois depuis son arrivée, qu’il prend vraiment conscience qu’à cet endroit, il y a moins d’une heure, une femme, en chair et en os, a été enlevée, une femme a hurlé, a été battue, poussée dans une camionnette, qu’elle est captive, affolée, martyrisée peut-être, que chaque minute compte et qu’il n’est pas dans la course parce qu’il veut se maintenir à distance, se protéger, il ne veut pas faire son travail, le travail qu’il a choisi. Et qu’il a conservé après la mort d’Irène. Tu pouvais faire autrement, se dit-il, mais tu ne l’as pas fait. Tu es ici, à cet instant précis et ta présence n’a qu’une seule justification : retrouver la femme qui vient d’être kidnappée.

Camille est pris d’un vertige. D’une main, il s’appuie sur la carrosserie d’une voiture et de l’autre desserre son nœud de cravate. Se trouver dans cette circonstance particulière n’est sans doute pas une très bonne chose pour un homme que le malheur anéantit aussi facilement. Louis vient d’arriver à sa hauteur. N’importe qui demanderait : « Ça va ? » Pas Louis. Il reste debout près de Camille, regarde ailleurs, comme on attend un verdict, avec patience, émotion, inquiétude.

Camille sort de son malaise, semble s’ébrouer. Il s’adresse, à trois mètres de lui, aux techniciens de l’Identité :

— Vous avez quoi ?

Il s’avance vers eux, se racle la gorge. Le problème d’une scène de crime en pleine rue, c’est que vous ramassez tout et n’importe quoi et dans le lot, allez savoir ce qui appartient à votre affaire.

Un technicien, le plus grand des deux, lève la tête vers lui :

— Des mégots, une pièce de monnaie… (il se penche vers un sachet plastique posé sur sa mallette)… étrangère, un ticket de métro, et un peu plus loin, je peux te proposer un mouchoir en papier (usagé) et un capuchon de stylo en plastique.

Camille regarde le sachet transparent avec le ticket de métro, il le soulève à la lumière.

— Et visiblement, ajoute le gars, on l’a pas mal secouée.

Dans le caniveau, des traces de vomissures que son collègue ramasse précautionneusement avec une cuillère stérile.

Agitation du côté des barrières. Quelques agents en uniforme arrivent à petite foulée. Camille compte. Le Guen lui en envoie cinq.

Louis sait ce qu’il a à faire. Trois équipes. Il va leur transmettre les premiers éléments, quadriller la proximité, on n’ira pas très loin étant donné l’heure, distribuer les consignes, c’est rôdé avec Camille. Et un dernier agent restera avec Louis pour interroger les riverains, faire descendre ceux qui regardent à la fenêtre et qui se trouvent le plus près de la scène de l’enlèvement.

Vers vingt-trois heures, Louis le Suborneur a trouvé le seul immeuble de la rue qui dispose encore d’une concierge en rez-de-chaussée, une rareté à Paris. Vampée par l’élégance de Louis. Grâce à quoi sa loge devient le QG de la police. De voir la taille du commandant, la bignole, ça lui fait tout de suite quelque chose. Le handicap de cet homme, c’est comme les animaux abandonnés, ça la transperce. Elle met aussitôt son poing à sa bouche, mon dieu mon dieu mon dieu. Devant ce spectacle, tout en elle s’apitoie, flageole, défaille, si c’est pas malheureux. Elle regarde le commandant à la dérobée en plissant douloureusement les yeux, comme s’il avait une plaie ouverte et qu’elle partageait sa souffrance.

En aparté, elle demande à Louis :

— Vous voulez que je cherche une petite chaise pour vot’ chef ?

On croirait que Camille vient de rapetisser à l’instant, qu’il faut prendre des dispositions.

— Non merci, répond Louis le Pieux en fermant les yeux. Tout ira bien comme ça, merci infiniment, madame.

Louis lui adresse un magnifique sourire. Moralité, elle fait une cafetière entière, pour tout le monde.

À la tasse de Camille, elle ajoute une cuillère à moka.

Toutes les équipes sont au travail, Camille sirote son café sous le regard miséricordieux de la concierge. Louis pense. C’est son truc, Louis est un intellectuel, il pense tout le temps. Cherche à comprendre.

— Une rançon…, propose-t-il prudemment.

— Le sexe…, dit Camille. La folie…

On pourrait faire défiler toutes les passions humaines : l’envie de détruire, la possession, la révolte, la conquête. Ils en ont vu, l’un comme l’autre, des passions meurtrières, et les voilà dans cette loge, immobiles… Presque désœuvrés.

On a fait la proximité, on a fait descendre des gens, on a recoupé les témoignages, les on-dit, les avis des uns et des autres, on a sonné à des portes sur la foi de certitudes aussitôt dissoutes, ça a pris une partie de la nuit.

Et pour le moment, rien. La femme qui a été enlevée n’habite sans doute pas le quartier, ou en tout cas, pas les abords immédiats de l’enlèvement. Ici, personne ne semble la connaître. On a trois signalements qui pourraient correspondre, des femmes qui sont en voyage, en déplacement, qui se sont absentées…

Ça ne lui dit rien qui vaille, à Camille.

3

C’est le froid qui la réveille. Et les contusions parce que le trajet a été long. Attachée, elle n’a rien pu faire pour empêcher son corps de rouler, de se cogner contre les parois. Puis quand le fourgon s’est enfin arrêté, l’homme a ouvert la porte et l’a recouverte d’une sorte de bâche en plastique qu’il a ficelée. Il l’a ensuite chargée sur une épaule. C’est effrayant d’être réduite à un simple chargement, effrayant aussi de penser qu’on est à la merci d’un homme qui peut vous charger ainsi sur son épaule. On imagine tout de suite de quoi il est capable.

Il n’a pris ensuite aucune précaution ni pour la déposer sur le sol, ni pour traîner le sac, ni même pour la faire rouler dans un escalier. L’arête des marches a cogné toutes ses côtes, et impossible de se protéger la tête, Alex a hurlé mais l’homme a poursuivi son trajet. Quand la tête a cogné une seconde fois, sur l’arrière, elle s’est évanouie.

Il y a combien de temps de cela, impossible à savoir.

Maintenant, plus un bruit mais un froid terrible sur les épaules, dans les bras. Et les pieds glacés. Le ruban adhésif est tellement serré que son sang ne circule plus. Elle ouvre les yeux. Du moins, elle tente de les ouvrir parce que le gauche reste collé. La bouche non plus ne s’ouvre pas. Un scotch large. Elle ne se souvient pas de ça. Pendant qu’elle était évanouie.

Alex est couchée sur le sol, pliée sur le côté, les bras liés dans le dos, les pieds attachés l’un contre l’autre. Elle a mal à la hanche sur laquelle porte tout son poids. Elle émerge avec une lenteur de comateuse, mal partout comme après un accident de voiture. Elle essaye de voir où elle est, elle se déhanche et parvient à se mettre sur le dos, ses épaules lui font très mal. Son œil vient enfin de se décoller mais il ne capte pas d’image. J’ai l’œil crevé, se dit Alex, affolée. Mais après quelques secondes, son œil à demi ouvert lui renvoie une image floue qui semble arriver d’une planète située à des années-lumière.

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