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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Ton sec, à la limite de la courtoisie, pour parler à un procureur. Louis s’éloigne pudiquement. Il comprend l’impatience de Camille. Pour un enfant mineur, on aurait déjà déclenché l’alerte enlèvement mais il s’agit d’une femme adulte. On va se débrouiller seuls.

— Ce que vous demandez va être très difficile, monsieur le procureur, dit Camille.

Sa voix a encore baissé d’un ton. Et il parle trop lentement. Ceux qui le connaissent savent que, chez lui, cette attitude est fréquemment un signe précurseur.

— Vous voyez, monsieur, à l’heure où je vous parle, il y a… (il lève les yeux), je dirais… une bonne centaine de personnes aux fenêtres. Les équipes qui font la proximité vont en informer deux ou trois cents de plus. Alors, dans ces conditions, si vous connaissez un moyen d’éviter de répandre la nouvelle, je suis preneur.

Louis sourit silencieusement. Du Verhœven tout craché. Il adore. Parce qu’il le retrouve comme il a toujours été. En quatre ans, il a vieilli mais il est toujours aussi totalement désinhibé. Parfois, un danger public pour la hiérarchie.

— Naturellement, monsieur le procureur.

À son ton, on devine clairement que, quelle qu’elle soit, Camille n’a absolument aucune intention de tenir la promesse qu’il vient de faire. Il raccroche. Cette conversation l’a mis de plus mauvaise humeur encore que les circonstances.

— Et d’abord, merde, il est où, ton Morel ?

Louis ne s’y attendait pas. « Ton Morel ». Camille est injuste, mais Louis comprend. Imposer cette affaire à un homme comme Verhœven qui a déjà une certaine propension au désarroi…

— À Lyon, répond Louis calmement. Pour le séminaire européen. Il rentre après-demain.

Ils se sont remis en marche vers le témoin gardé par un agent en uniforme.

— Vous faites chier ! lâche Camille.

Louis se tait. Camille s’arrête.

— Excuse-moi, Louis.

Mais en le disant il ne le regarde pas, il regarde ses pieds, puis à nouveau les fenêtres des immeubles avec toutes ces têtes qui regardent dans la même direction, comme dans un train en partance pour la guerre. Louis voudrait dire quelque chose mais quoi, ça n’est pas la peine. Camille prend une décision. Il regarde enfin Louis :

— Allez, on fait comme si…?

Louis remonte sa mèche. Main droite. C’est tout un langage chez lui, la remontée de la mèche. À cet instant, main droite, ça veut dire bien sûr, d’accord, on fait comme si. Louis désigne une silhouette derrière Camille.

C’est un homme d’une quarantaine d’années. Il promenait son chien, une chose assise à ses pieds que Dieu a dû bricoler un jour d’intense fatigue. Camille et le chien se regardent et se détestent immédiatement. Le chien grogne, puis se recule en couinant jusqu’à buter sur les pieds de son maître. Mais des deux, c’est encore le propriétaire du chien qui est le plus étonné en voyant Camille se planter devant lui. Il regarde Louis, étonné qu’on puisse devenir chef dans la police avec une taille pareille.

— Commandant Verhœven, dit Camille. Vous voulez voir ma carte ou vous me croyez sur parole ?

Louis boit du petit-lait. Il sait comment ça va se poursuivre. Le témoin va dire :

— Non, non, ça va… C’est que…

Camille va l’interrompre et demander :

— C’est que, quoi ?

L’autre va s’empêtrer :

— Je m’attendais pas, voyez… c’est plutôt que…

À partir de là, deux solutions. Soit Camille pousse le type du côté où il penche, et il lui appuie bien fort sur la tête jusqu’à ce qu’il demande grâce, parfois il est impitoyable. Soit il renonce. Cette fois, Camille renonce. On a affaire à un enlèvement. Une urgence.

Donc, le témoin promenait son chien. Et il a vu une femme se faire enlever. Sous ses yeux.

— Vingt et une heures, dit Camille. Vous êtes certain de l’heure ?

Le témoin est comme tout le monde, quand il parle de quelque chose, au fond, il ne parle que de lui.

— Certain, parce que à la demie, je regarde toujours les crashs de voitures sur No-Limit…! Je descends mon chien juste avant.

On commence par le physique de l’agresseur.

— Il était de trois quarts, vous comprenez. Mais un grand type, le genre balèze.

Il a vraiment l’impression d’apporter une aide précieuse. Camille le regarde, déjà lassé. Louis interroge. Les cheveux ? L’âge ? Les vêtements ? Pas bien vu, difficile à dire, normal. Avec ça…

— Bien. Et le véhicule ? propose Louis d’un air encourageant.

— Une camionnette blanche. Le genre pour artisan, vous voyez ?

— Quel genre d’artisan ? coupe Camille.

— Bah, je ne sais pas, moi, genre… je ne sais pas, artisan, quoi !

— Et qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

On sent que Verhœven prend sur lui. Le type garde la bouche entrouverte.

— Les artisans, dit-il enfin, ils en ont tous, des fourgons comme ça, non ?

— Oui, dit Camille, ils en profitent même pour mettre leur nom dessus, leur téléphone et leur adresse. C’est comme qui dirait de la publicité gratuite et itinérante, vous voyez ? Alors, sur celui-ci, qu’est-ce qu’il avait écrit, votre artisan ?

— Bah, justement, sur celui-là, il n’y avait rien d’écrit. En tout cas, j’ai rien vu.

Camille a sorti son carnet.

— Je note. Nous disons donc… une femme inconnue… enlevée par un artisan anonyme, dans un véhicule indéterminé, j’ai oublié quelque chose ?

Panique du maître-chien. Ses lèvres tremblent. Il se tourne vers Louis, allez rendre service, on m’y reprendra, tiens.

Camille referme son carnet, exténué, et il se détourne. Louis prend le relais. Cet unique témoignage tient en peu de choses, il faudra faire avec. Camille entend la suite de l’interrogatoire, dans son dos. La marque du véhicule (« Un Ford, peut-être… Je ne connais pas bien les marques, vous savez, je n’ai plus de voiture depuis longt… ») mais la victime est une femme (« sûr et certain »). La description de l’homme, elle, reste vaseuse (« Il était seul, en tout cas, j’ai vu personne d’autre… »). Reste la manière. La manière forte.

— Elle a crié, elle se débattait… alors il lui a donné un grand coup de poing dans le ventre. Il n’y est pas allé de main morte ! C’est même à ce moment-là que j’ai crié. Pour essayer de lui faire peur, vous comprenez…

Camille reçoit ces précisions en plein cœur, comme si chaque coup le touchait personnellement. Un commerçant a vu Irène, le jour de son enlèvement, c’était pareil, rien à dire, rien vu ou à peine. La même chose. On va voir. Il revient aussitôt sur ses pas.

— Vous étiez où, exactement ? demande-t-il.

— Là-bas…

Louis regarde par terre. Le type tend le bras, index pointé.

— Montrez-moi.

Louis ferme les yeux. Il a pensé la même chose que Camille mais ce que va faire Verhœven, lui, il ne le ferait pas. Le témoin tire sur son chien, avance sur le trottoir, encadré par les deux flics, et s’arrête.

— À peu près ici…

Il jauge, se tourne d’un côté, de l’autre, fait une petite moue, mouais, à peu près. Camille veut une confirmation.

— Ici ? Pas plus loin ?

— Non, non, répond le témoin, victorieux.

Louis parvient à la même conclusion que Camille.

— Il lui a donné aussi des coups de pied, vous savez…, dit l’homme.

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