Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Il marche quelques minutes en remuant ces pensées. Il cherche. Il fait partie de ces gens qui peuvent s’obstiner dans une erreur jusqu’à ce que les faits leur donnent raison. C’est un défaut pénible chez des amis mais une qualité appréciable chez un flic. Il passe une rue, avance, une autre rue, rien ne se déclenche. Et enfin, quelque chose fait signe dans son esprit.
Rue Legrandin.
Une impasse qui ne fait pas plus d’une trentaine de mètres mais suffisamment large pour que des véhicules puissent se garer de chaque côté. S’il était le ravisseur, c’est ici qu’il se serait garé. Camille s’avance puis se retourne vers la rue.
À l’intersection, un immeuble. Au rez-de-chaussée, une pharmacie.
Il lève la tête.
Deux caméras cadrent la devanture de la pharmacie.
On tombe assez vite sur l’image du fourgon blanc. M. Bertignac est un homme courtois jusqu’à la viscosité, le genre de commerçant qui adore aider la police. Ces gens-là le rendent toujours un peu nerveux, Camille. Dans l’arrière-boutique de son officine, M. Bertignac est assis devant un écran d’ordinateur gigantesque. Il n’y a pas de physique propre aux pharmaciens mais une manière d’être, ça oui. Camille en sait quelque chose, son père était pharmacien. À la retraite, il ressemblait à un pharmacien à la retraite. Il est mort il y a un peu moins d’un an. Même mort, Camille n’a pas pu s’empêcher de lui trouver un air de pharmacien mort.
Donc, M. Bertignac aide la police. Pour ça, il est tout à fait disposé à se lever et à ouvrir au commandant Verhœven à trois heures et demie du matin.
Et il n’est pas rancunier, cambriolée cinq fois, la pharmacie Bertignac. À la montée de la convoitise qu’exercent les pharmacies sur les dealers, sa réponse est technologique. Chaque fois, il achète une nouvelle caméra. Il y en a cinq aujourd’hui, deux dehors, pour chaque portion de trottoir, les autres à l’intérieur. Les bandes se conservent vingt-quatre heures, passé ce délai, elles s’effacent automatiquement. Et il aime son matériel, M. Bertignac. Il n’a pas exigé de commission rogatoire pour faire la démonstration de son équipement, trop heureux. Il n’a fallu que quelques minutes pour afficher la partie de l’impasse couverte par la caméra et ça n’est pas grand-chose, juste le bas des voitures garées le long du trottoir, les roues. Et à vingt et une heures quatre, arrive la camionnette blanche qui se gare et s’avance suffisamment pour que le conducteur puisse voir la rue Falguière en enfilade. Ce qu’aurait aimé Camille, ce n’est pas seulement que sa théorie soit confirmée (ça, déjà, il aime bien, il adore avoir raison), mais il aurait aimé qu’on en voie davantage, parce que le véhicule, sur l’image arrêtée par M. Bertignac, se résume au bas de caisse et aux roues avant. On en sait davantage sur la manière, sur l’horaire de l’enlèvement mais pas sur le ravisseur. Il ne se passe désespérément rien sur le film. Rien. On replie.
Quand même, Camille n’arrive pas à se décider à lever le camp. Parce que c’est agaçant d’avoir le ravisseur sous la main, et cette caméra qui filme bêtement un détail dont tout le monde se fout… À vingt et une heures vingt-sept, la camionnette quitte l’impasse. Et c’est à ce moment que le déclic se fait.
— Là !
M. Bertignac joue fièrement les ingénieurs de studio. Retour arrière. Ici. On s’approche de l’écran, on demande l’agrandissement. M. Bertignac dans ses œuvres. À l’instant où la camionnette s’avance pour quitter son emplacement, le bas de caisse montre clairement que le véhicule a été repeint, artisanalement, on distingue encore la trace des lettrages qui figuraient sur les côtés. Mais impossible de les lire, ces lettres. Elles sont à peine distinctes et, de plus, elles sont coupées horizontalement par le haut de l’écran, c’est la limite du cadrage par la caméra de surveillance. Camille demande une impression papier et le pharmacien lui prête obligeamment une clé USB sur laquelle il copie l’ensemble du film. Contrasté au maximum, le motif imprimé donne quelque chose comme ça :
Ça ressemble à du morse.
Le bas de caisse du fourgon a frotté quelque part, on distingue aussi de légères traces de peinture verte.
Du travail pour les scientifiques.
Camille rentre enfin chez lui.
Cette soirée l’a passablement ébranlé. Il monte les marches. Il habite au quatrième, il ne prend jamais l’ascenseur, question de principe.
Ils ont fait ce qu’ils pouvaient. Ce qui vient maintenant, c’est le plus terrible. Attendre. Que quelqu’un signale la disparition d’une femme. Ça peut prendre un jour, deux jours, davantage. Et pendant ce temps… Quand on a enlevé Irène, il n’a fallu pas dix heures pour la retrouver morte. Ce matin, il y en a déjà plus de la moitié de passé. Si l’Identité avait trouvé un indice vraiment utilisable, on le saurait déjà. Camille connaît cette musique triste et lente, celle des indices à recouper, cette guerre d’usure qui prend un temps fou et qui vous ruine les nerfs.
Il rumine cette interminable nuit. Il est épuisé. Juste le temps de prendre une douche, de boire quelques cafés.
Il n’a pas conservé l’appartement qu’il occupait avec Irène, il n’a pas voulu, c’était un peu difficile de la retrouver partout dans la maison, rester nécessitait un courage inutile qu’il valait mieux investir ailleurs. Camille s’est demandé si vivre après la mort d’Irène était une question de courage, une affaire de volonté. Comment tenir, tout seul, quand plus rien ne tient autour de vous ? Il avait besoin d’enrayer sa propre chute. Il sentait que cet appartement le plongeait dans le désespoir mais il n’avait pas le courage de l’abandonner. Il a interrogé son père (lui, de toute manière, pour répondre clairement aux questions…), puis Louis, qui a répondu : « Pour tenir, il faut lâcher. » Il paraît que ça vient du Tao. Camille n’était pas certain d’avoir bien compris la réponse.
— C’est Le Chêne et le Roseau, si vous préférez.
Camille préférait.
Du coup, il a vendu. Depuis trois ans, il habite quai de Valmy.
Il entre dans l’appartement. Doudouche arrive aussitôt. Ah oui, il y a ça aussi, Doudouche, une petite chatte tigrée.
« Un veuf avec un chat, a demandé Camille, tu ne trouves pas que ça fait un peu cliché ? J’en fais pas un peu trop, comme toujours ?
— Ça dépend du chat, non ? » a répondu Louis.
C’est tout le problème. Par amour, par souci d’harmonie, par mimétisme, par pudeur, allez savoir, Doudouche est restée incroyablement petite pour son âge. Elle a une jolie frimousse, les jambes arquées comme un cow-boy et elle est minuscule. Sur ce sujet, même Louis n’avait pas d’hypothèse, c’est dire l’épaisseur du mystère.
« Elle n’en fait pas un peu trop, elle aussi ? » a encore demandé Camille.
Le vétérinaire, interrogé, a été très embêté quand Camille lui a apporté sa chatte et qu’il a posé la question de sa taille.
Quelle que soit l’heure de son retour à la maison, Doudouche se réveille, se lève et vient le voir. Cette nuit, ce matin, Camille se contente de lui gratter l’échine. Pas trop envie de s’épancher. Ça fait beaucoup pour une seule journée.
D’abord l’enlèvement d’une femme.
Ensuite, retrouver Louis dans ces circonstances-là, c’est à se demander si Le Guen…
Camille s’arrête brusquement.
— L’enfoiré.