Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La Vie rêvée d'Ernesto G. - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La Vie rêvée d'Ernesto G.

Электронная книга - «La Vie rêvée d'Ernesto G.». Краткое содержание книги:

La Vie rêvée d'Ernesto G.
1 ... 85 86 87 88 89 90 91 92 93 ... 110
Перейти на страницу:

– Moi, je m’en fiche.

Et elle le prit dans ses bras et l’embrassa.

Je voudrais crier mon bonheur au monde entier, hurler ma joie, faire des pirouettes, rire et chanter à tue-tête, j’ai tellement envie de partager cette excitation, je la croyais impossible, comment garder pour soi une pareille émotion ? Quand elle me regarde, j’ai la chair de poule et je me sens comme un gamin de seize ans qui vient d’embrasser celle qu’il aime, je suis sûr que si je tendais la main, je pourrais attraper la lune et la lui offrir. Mais je ne dirai rien, personne ne le saura.

Elle, est-ce qu’elle s’en doute ?

Je ne sais pas trop ce que nous sommes venus faire ici. On va attendre, ne pas précipiter les choses. Qu’est-ce qu’elle peut vouloir vraiment ? En a-t-elle même une idée ?

Il reste quelques problèmes à résoudre, j’ai juste besoin de temps pour tout régler, mais il y en a un de taille qui m’écrase complètement. J’ai vingt ans de plus qu’elle, c’est probablement irrémédiable et c’est pour ça que je ne dois rien brusquer.

Chaque jour avec elle sera un jour gagné.

Tout bien considéré, avoir un chauffeur à sa disposition pour vous conduire où vous voulez, c’est très pratique. Au début, Helena était gênée, tout le monde la regardait.

– Dis-toi que c’est comme un chauffeur de taxi mais avec un seul client.

Le premier jour, elle avait voulu prendre le train, il avait fallu marcher trois kilomètres jusqu’à la gare de Ládví et là, patienter une heure pour monter dans un train brinquebalant qui s’arrêtait longtemps à chaque station et mit un temps interminable pour arriver à Prague. Diego, lui, était toujours disponible. Il pouvait attendre une journée entière, assis sans bouger ; dès que Ramon sortait de la villa, il mettait le contact.

– La nuit, il ne dort pas dans sa voiture quand même ?

Diego connaissait Prague et sa banlieue mieux qu’Helena. Pas besoin de lui indiquer le chemin. Il les déposait toujours au pont Mánes et, quand Ramon et Helena voulaient rentrer, ils le retrouvaient derrière l’arrêt du bus où il restait garé sans que jamais un agent de police lui dise quoi que ce soit.

Du pont Mánes, Prague leur était ouvert, ils pouvaient aller dans toutes les directions, vers la vieille ville ou le Château, le hasard de leurs pas les guidait. Ils arpentaient la ville des hauteurs du Hradčany à l’Opéra et du couvent Sainte-Agnès à la forteresse de Vyšehrad, ils se baladaient, le nez en l’air, Ramon avançait lentement, examinait chaque monument comme s’il voulait le mémoriser à jamais, il posait des questions précises sur l’architecture : « Pourquoi y a-t-il des statues sur les toits ? » ou : « Comment est-ce que ça a pu devenir si noir ? » Helena était incapable de lui répondre, elle découvrait des coins où elle était passée cent fois sans y prêter attention, ils achetèrent un guide d’occasion d’avant-guerre, ils étaient les seuls à faire du tourisme, on les prenait pour des étrangers.

Ramon aimait les rives sinueuses de la Vltava et ils y revenaient sans cesse.

Ils allaient souvent se reposer dans des cafés mais, quand elle lui fit découvrir la brasserie Slavia avec son immense baie sur le quai du fleuve, sa vue sur la colline de Petřin et le Château, ils devinrent des habitués. Ramon aimait par-dessus tout rester assis sur une banquette et bouquiner tranquille. Il avait trouvé sa place, en face du tableau du buveur d’absinthe, et détaillait la jeune femme mystérieuse en vert, probablement la tentatrice démoniaque, il fut déçu d’apprendre qu’on ne servait plus d’absinthe et que c’était une boisson interdite.

Ils lisaient côte à côte, bavardaient avec des voisins de table, Helena faisait l’interprète. Quand ils avaient faim, ils mangeaient des petits sandwichs, des œufs durs et du fromage de tête.

– Qu’est-ce qu’on est bien ici, dit Ramon. Tu ne trouves pas ?

– D’après toi, dans cette salle, combien y a-t-il de membres de la police politique qui nous observent ? Est-ce ce retraité qui lit le journal et qui est si sympathique, les joueurs d’échecs avec qui nous avons discuté, les deux femmes qui papotent près de la fenêtre ou les étudiants qui rigolent dans le fond ? la fille un peu nerveuse, là-bas, qui attend son amoureux, les ouvriers qui boivent une bière, la caissière qui ressemble à un bouledogue ou le patron ou encore cet homme seul qui fume cigarette sur cigarette en regardant ses ongles ? À moins que les policiers n’attendent dehors ? D’après toi ?

– Il ne faut pas tomber dans la paranoïa. On croit toujours que la police est omniprésente, qu’elle a des yeux et des oreilles partout, mais en vérité, elle ne sait pas grand-chose. Et puis, franchement, est-ce que nous sommes si intéressants que ça ? À quoi ça leur servirait de nous espionner ? Il faudrait vraiment qu’ils aient du temps à perdre.

Rapport de W.F. Vendredi 10 juin 1966.

Les susnommés sont restés au café Slavia de 16 h 40 à 18 h 25. C’est leur deuxième passage aujourd’hui (voir rapport précédent). Ils se sont parlé à l’oreille pendant dix minutes à voix basse (est-ce qu’ils se méfient ?). Je n’ai pu entendre leur conversation, ni lire sur leurs lèvres. Lui a pris un thé et a insisté pour qu’il soit bien fort (est-ce un signal codé ?), elle a commandé un café puis des sandwichs. À un moment, ils ont eu un fou rire, je ne sais pas pourquoi. Il lui a pris la main et l’a embrassée. Ils ont lu aussi, lui un livre en espagnol qu’il a tiré de sa poche et elle, mon journal. En entrant, ils ont suivi pendant dix minutes la partie des joueurs d’échecs, puis ils ont parlé du temps si agréable avec un retraité de la mairie et membre du Parti. Avec moi, c’est surtout elle qui a parlé pour me demander de lui prêter mon journal et si je trouvais que le fromage de tête était bon. À part au serveur, ils n’ont adressé la parole à personne d’autre. Le serveur est peut-être un complice. À vérifier. La surveillance se poursuit. RAS.

Note du lieutenant Sourek : Le serveur est aussi un de nos agents. Lui demander son rapport.

Helena entraîna Ramon au monumental Musée national parce que la pluie s’était mise à tomber. Helena n’arrivait pas à se rappeler à quand remontait sa dernière visite, ni avec qui, peut-être avec Tereza, il faudrait qu’elle demande à Ludvik, à moins que ce ne soit encore plus lointain…

– Il y a un problème ? demanda Ramon en la voyant immobile et soucieuse.

– Non, rien, de vieux souvenirs, allons-y.

– Tu sais, moi, les musées, ça m’ennuie. Traîner pendant des heures devant des tableaux, ça me casse les pieds. Je préfère aller me balader.

– C’est surtout un musée de sciences naturelles.

Ramon adora les collections de paléontologie et d’archéologie, c’était une de ses passions. Ce jour-là, il lui raconta qu’après ses études, il avait eu la chance de parcourir l’Amérique latine, il avait admiré les temples mayas du Guatemala et escaladé les pyramides perdues dans les forêts primitives du Yucatán, il était fasciné par cette civilisation de bâtisseurs et de mathématiciens qui, alors que Rome n’existait pas encore, disposait déjà d’une langue d’une subtilité exceptionnelle, avait inventé le système décimal et des calendriers astronomiques d’une fabuleuse précision, avant de disparaître pour des raisons mystérieuses. Ramon était intarissable. De sa voix rauque et douce, il décrivait les ascensions vertigineuses, l’asthme qui lui coupait le souffle autant que les splendeurs qu’il découvrait. Il parlait aussi de la vie misérable des paysans, lointains descendants des constructeurs, et de sa rage devant le pillage des monuments. Helena l’écoutait sans l’interrompre, il voyait bien qu’elle buvait ses paroles et il continuait encore, l’emmenant avec lui dans le dédale de la cité mythique de Chichén Itzá, la plus grande et la plus fascinante des villes mayas. Il s’était promis d’y retourner et le moment était peut-être venu d’accomplir cette promesse. Il remarqua ses yeux qui pétillaient et ce fut la première fois qu’il parla d’avenir.

1 ... 85 86 87 88 89 90 91 92 93 ... 110
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)