Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
— Alors Volod, tu t’en vas ? intervint Mikael, déçu. Tu les abandonnes à leur destin ?
— Ton exploit a fait un sacré branle-bas, paysan, répondit celui-ci. La forêt est pleine de soldats. Même si je voulais rester, ce serait impossible. Tôt ou tard, ils nous trouveraient.
— Je suis désolé… dit Mikael.
— Et moi désolé de devoir emmener avec moi une femme et un paysan incapable de combattre », répliqua Volod à l’adresse de Raphael.
Raphael soutint son regard en silence. « Rassemble tes affaires, Mikael », dit-il enfin.
Mikael prit la besace de cuir avec son fourreau de feutre et l’épée.
Volod posa les yeux sur cette arme magnifique. « Il sait s’en servir ?
— Il apprend vite.
— Donc il va falloir que je lui serve de nourrice ?
— Non, dit Raphael. De maître.
— Pourquoi tu ne lui as pas appris ?
— Parce que j’espérais qu’il n’aurait pas à s’en servir, répondit Raphael. Mais il est clair que c’est son destin. » Il posa la main sur l’épaule de Mikael, avec la solennité d’une investiture. « J’ai toujours su qu’il ne ferait jamais un bon paysan. »
Les regards des deux hommes se croisèrent, en silence.
Puis Volod céda et baissa les yeux. « Comme vous voulez, baron », dit-il avec un profond respect.
Mikael, ébahi, se tourna vers Raphael.
« Je te remercie, Volod », dit Raphael sans regarder Mikael. Mais il serra son épaule de la main, avec force, comme pour un adieu.
« Il faut partir. Mes hommes attendent », dit Volod. Il chargea sur sa selle le baril de viande séchée, fit virer son cheval et le poussa au pas vers la forêt. « Tu sais au moins mener un troupeau, paysan ? dit-il en riant tandis qu’il s’éloignait.
— Mets ton épée au fourreau », dit Raphael à Mikael. Il rassembla les moutons, les attacha entre eux par une corde, dont il tendit le bout à Mikael. « Ne les détache pas la nuit. Le jour, ils te suivront tout seuls. » Il lui donna une longue accolade, et quand il s’écarta de lui, Mikael vit ses yeux briller. « Dieu te bénisse…
— Allons-y, Emöke », dit Mikael en se dirigeant vers la forêt, à la lisère de laquelle Volod les attendait, son cheval piaffant avec nervosité.
« Pourquoi tu l’as appelé baron ? demanda Mikael dès qu’ils l’eurent rejoint.
— Il ne t’a pas raconté son histoire ?
— Non…
— Alors c’est qu’il ne voulait pas que tu la connaisses, dit Volod. Marchez, maintenant. On ne vous attendra pas, que ce soit clair. On ne peut pas se permettre de ralentir notre marche. »
Mikael tenait la main d’Emöke. De l’autre main, il tenait la corde attachant les moutons, qui suivaient docilement.
« Le vieux ne le sait pas, mais tout le monde lui a pardonné. Il a payé sa dette, dit Emöke après quelques pas. Un jour, tu devras lui dire.
— Pardonné quoi ? »
Emöke ne répondit pas.
L’instant d’après, c’était la nuit.
45
Ils avançaient tous trois dans une obscurité profonde, et pourtant Volod n’hésitait jamais. Mikael et Emöke suivaient en silence. Ils descendirent par un couloir que Mikael ne connaissait pas, menant dans une vallée qui n’était ni la Raühnvahl ni celle de Dravocnik.
Quand la forêt commença à s’éclaircir, ils retrouvèrent les rebelles, qui avaient installé un bivouac et allumé un grand feu.
Mikael se rendit compte que tous le regardaient avec respect.
« On attendra l’aube ici », dit Volod à Mikael. Il montra une direction dans le noir. « La dernière partie de la descente vers la Val Canal est presque entièrement rocheuse. La nuit, on risquerait de se tuer. Attache tes trois moutons.
— Il y en a quatre.
— Non, il y en a trois, dit Volod. Ce soir, mes hommes vont manger. »
Enveloppés dans des couvertures autour du grand feu, les hommes dormirent peu. Ils chuchotaient entre eux et rongeaient les os de mouton comme des chiens affamés.
Mikael resta toute la nuit enfermé en lui-même, comme s’il comprenait ses actes seulement maintenant. “Tu as quitté Eloisa”, se répétait-il, et sa vie lui semblait encore plus noire que l’obscurité autour d’eux. Il frissonnait malgré le feu, comme saisi d’un froid intérieur. La peur de l’inconnu qui l’attendait.
Levé avant l’aube, il s’éloigna du bivouac comme si l’air lui manquait. Il arriva près d’un grand hêtre et passa les bras autour de son tronc lisse.
« Je ne sais pas comment tu t’es débrouillé, mon garçon, dit la voix de Volod derrière lui. Mais tu as fait preuve de courage. »
Mikael se retourna.
Volod le fixait. « La peur vient toujours après. C’est normal. »
Mikael ne répondit pas.
« Tu ne te rendras pas compte tout de suite de ce que tu as fait. Mais dans le cœur des gens, ton geste vaudra bien plus que cent de nos attaques de convoi. » Il le regarda, sérieux. « À partir de maintenant, tu n’es plus un paysan.
— Et je suis quoi ?
— Je peux t’apprendre à te servir d’une épée, mais pas à comprendre qui tu es, répondit sèchement Volod. Je l’ai dit à Raphael et je te le redis : pas question que je te serve de nourrice. » Il lui tapa sur l’épaule. « Maintenant, viens nous aider. On va partir. »
Mikael le suivit.
Les hommes éteignaient le feu et roulaient leurs couvertures.
Emöke les regardait sans les voir.
« Comment ça va ? », lui demanda Mikael.
Emöke lui sourit, sans parler. Puis elle recommença à regarder dans le vide.
Mikael se demandait ce qu’il ressentait pour d’Emöke. C’était à cause d’elle qu’il avait décidé de changer de vie, de quitter Eloisa. Il sentit une vague de colère monter en lui, avant de se souvenir qu’Emöke ne lui avait rien demandé. Ce qu’il avait fait, il l’avait décidé seul. Sans vraiment réfléchir, peut-être. Et il ne le referait peut-être pas. Mais il l’avait décidé seul. Il se souvint d’une des premières choses qu’Agnete lui avait dites : « Dans la vie, il faut choisir. » Il avait choisi. Parce qu’une voix intérieure lui disait que le monde devait changer.
Un des hommes de Volod s’était approché d’Emöke et la fixait avec un regard de convoitise. « T’es une putain du château, pas vrai ? », dit-il en portant la main à son entrejambe.
Mikael s’interposa, planta ses yeux dans les yeux noirs de l’homme. « Laisse-la tranquille », dit-il d’une voix forte qui l’étonna lui-même.
« On n’a qu’à l’emmener comme putain, dit l’homme, en déplaçant sa main de son entrejambe à son couteau.
— Laisse-la tranquille », répéta Mikael, à nouveau surpris de la fermeté de sa propre voix.
Volod avait observé la scène de loin. « Personne ne touchera à cette femme ! s’écria-t-il. Ou il aura affaire à moi ! »
L’homme en face de Mikael baissa la main qu’il avait posée sur le manche de son couteau.
« Pourquoi on l’emmène avec nous alors ? demanda-t-il à Volod avec colère. Elle va nous ralentir, c’est tout. Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire d’une femme ?
— Paolo, cette nuit, tu as mangé. Et si t’as le ventre plein, c’est grâce à elle. Ça me semble une bonne raison, lui répondit Volod. Si jamais elle n’arrive pas à suivre, on la laissera derrière nous. J’ai averti le garçon. »
Paolo haussa les épaules. Après un dernier coup d’œil lascif à Emöke, il alla aider ses compagnons.