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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Mikael se tourna vers Emöke. Elle semblait ne s’être aperçue de rien. Il s’accroupit près d’elle. « On doit se préparer, Emöke », lui dit-il avec tendresse. Puis, en regardant ces yeux limpides et vides, sans défense, il comprit que si c’était à refaire, il le referait. Il n’accepterait jamais qu’on la fasse griller comme un mouton. Si cela ne tenait qu’à lui, l’odeur de la chair humaine brûlée ne se répandrait plus jamais. Il n’était plus un enfant, comme le jour du massacre au château. “Aujourd’hui, je mourrais aux côtés de mon père”, pensa-t-il.

Ses réflexions furent soudain interrompues par un cri. Il se retourna et vit un des hommes dont les mains s’accrochaient à une flèche, une flèche qui lui transperçait la gorge.

À l’instant même, une patrouille de soldats fondit sur eux.

Ils étaient une dizaine, trois fois moins nombreux que les hommes de Volod. Mais ils étaient à cheval et avaient l’avantage de la surprise.

Volod fut le premier à réagir. Il bondit sur son palefroi, qu’il éperonna comme s’il voulait s’échapper. Mais s’écarta seulement de quelques verges, le temps de tirer son épée, puis revint au grand galop et se lança sur les soldats dans un puissant hurlement.

Ses hommes furent plus lents. Deux d’entre eux moururent, encore désarmés, sous les coups des agresseurs.

« La Folle ! », s’écria l’un des soldats en voyant Emöke, restée assise, imperturbable, au milieu de toute cette confusion.

Mikael s’élança vers sa besace et tenta de dénouer le lacet du fourreau. Mais ses mains tremblaient, et le soldat approchait d’Emöke, en faisant tournoyer son épée.

Volod lui coupa la route et le frappa sous l’aisselle, d’une fente précise, à l’endroit où s’arrêtait sa cotte de maille. La lame pénétra entre les côtes jusqu’au cœur du soldat, le tuant sur le coup.

Le combat faisait rage. Les hommes de Volod s’étaient repris et dispersés en toute hâte dans la forêt, selon une tactique qui paraissait éprouvée, obligeant les assaillants à se désunir. À l’abri des arbres, les arcs firent pleuvoir sur eux une terrible volée de flèches.

Un autre soldat se précipita sur Emöke et l’attrapa par les cheveux, la soulevant presque de terre.

« Non ! », s’écria Mikael, resté jusque là pétrifié. Il s’élança sur le cavalier, qu’il fit tomber de sa selle. Le soldat en perdit son casque.

Ils se retrouvèrent emmêlés, luttant au corps à corps. Le soldat se battait avec furie, pour survivre, pour tuer. Mikael, qui se contentait de se défendre, eut rapidement le dessous. Le soldat voulut lui enfoncer dans la gorge un poignard long et affilé. Mikael retenait sa main, mais le soldat était plus déterminé, et en position de force.

Mikael ferma les yeux, résolu à la défaite. Puis il y eut un choc sourd, et le corps du soldat s’écroula sur lui. Rouvrant les yeux, il vit Emöke, une grosse pierre entre les mains.

Il se dégagea du corps inerte du soldat et se releva.

Emöke tenait encore la pierre, et déjà son regard redevenait flou.

Mikael la lui prit délicatement et la jeta par terre.

« Le laissez pas s’échapper ! hurla alors Volod. Malédiction ! »

Mikael vit en se retournant un cavalier qui prenait la fuite, une flèche plantée dans le flanc.

« Allons-nous-en, vite ! ordonna Volod. Prenez leurs chevaux ! »

Mikael compta neuf soldats à terre. Et cinq rebelles. L’un d’eux était Grippetout, l’homme qui avait partagé son morceau de pain avec ses compagnons, dans la cachette des rebelles. Il avait une entaille profonde de la poitrine à l’abdomen, qui laissait voir ses côtes et ses boyaux.

Les hommes de Volod attrapèrent les chevaux. Il y en avait sept. L’un avait disparu avec le cavalier en fuite, l’autre avait été tué par une flèche et le dernier était parti dans la forêt.

Le soldat qui s’était battu avec Mikael gémit. La pierre d’Emöke l’avait seulement assommé.

Volod ramassa le poignard du soldat. Il le tendit à Mikael. « Achève-le », dit-il.

Mikael, effrayé, fit un pas en arrière.

« Prends le poignard ! », s’écria Volod.

Il le prit. Sa main tremblait. Il regardait le soldat, qui reprenait connaissance.

Volod posa fermement le pied sur le dos de l’homme, l’immobilisant au sol. « Achève-le », répéta-t-il en fixant Mikael de ses yeux glacés.

Mikael secoua la tête.

Alors Volod prit la tête du soldat par les cheveux et la souleva. Puis il tint la main de Mikael et la guida vers la gorge découverte de l’homme. D’un geste sec, il la trancha.

Mikael lâcha le poignard et fit deux pas en arrière, incapable de détacher son regard de l’homme à l’agonie, dont le corps se contractait pendant que la vie le quittait.

« C’est ça, la vie que tu as choisie, mon garçon », dit Volod. Il prit les brides du cheval du soldat et les tendit à Mikael. « Il est à toi, maintenant. Tu l’as gagné. »

Mikael avait du mal à respirer.

Ils reprirent leur marche.

Personne ne parlait.

Mikael avait fait monter Emöke sur le cheval. Il marchait en tenant les brides dans une main, et dans l’autre la corde avec les moutons.

En moins d’une heure, ils atteignirent la Val Canale, une vallée rude enserrée de hautes montagnes. Un torrent, le Fella, coulait au milieu. Le soleil commençait à se cacher derrière le Joff de Montasio. Ils suivirent le cours du torrent et pénétrèrent deux lieues plus loin dans le Couloir de Fer.

« Ici, on est sur les terres de la Sérénissime », dit Volod à Mikael.

Mikael n’entendit pas. Pendant toutes ces années, il avait vu des dizaines d’hommes mourir, souvent de manière atroce, terrifiante. Mais jamais personne n’était mort de sa main. Il comprenait maintenant que la mort, en un certain sens, lui était restée jusque-là extérieure.

En longeant les rives caillouteuses du Fella, il s’aperçut qu’il n’avait pas pleuré. Le monde de l’enfance avait pris fin, ce monde où les douleurs et les fautes se lavent par les larmes. Non, il ne pleurerait pas.

Ils parcoururent moins de quinze lieues avant d’arriver, presque au coucher de soleil, à la petite ville de Pontêbe, comme on l’appelait dans la langue locale.

« On va dormir ici, dit Volod en montrant une grange. On demandera l’hospitalité. » Il détacha un des moutons et le traîna derrière lui jusqu’à la ferme des paysans.

Ce soir-là, dans la grange, ils mangèrent un mouton mais aussi du pain à peine sorti du four, et ils burent du vin rouge.

Au moment de dormir, Mikael vit que Paolo regardait encore Emöke.

« Reste près de moi », lui chuchota-t-il.

Puis il s’endormit, serrant le poignard du soldat tué. Ça aussi, c’était à lui.

Le matin, dès son réveil, la pensée lui vint que si Eloisa savait qu’il était devenu un assassin, elle aurait honte de lui.

Il sortit et vit Volod discuter avec un vieux paysan aux longues moustaches incrustées de miettes. Tous deux regardaient vers le nord.

Le vieux désignait la montagne. « Vous devez monter en suivant le grand couloir entre les roches. D’abord au nord, ensuite vous obliquez légèrement vers l’ouest, puis de nouveau vers le nord. Faut compter six ou sept lieues avant d’arriver à la crête, et là vous serez à quatre mille pieds. À ce moment-là, vous descendez vers la vallée, vous pouvez pas vous tromper. Dans la plaine, vous suivrez un torrent… je sais plus comment il s’appelle… vers l’ouest. Il vous mènera à Kirchbach. Mais impossible d’y arriver en une seule journée, c’est au moins à vingt lieues, dont dix de montagne.

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