Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Les créatures effrayantes n’étaient plus qu’à une vingtaine de mètres. Le reflet du soleil sur les lames blanches de leurs lances éblouissait Tancrède. Il leva alors les bras en signe de paix, mains grandes ouvertes pour bien montrer qu’elles étaient vides, puis, sans savoir pourquoi, il ferma les yeux et inclina la tête en arrière, s’en remettant totalement à la clémence de ses attaquants.
Devant cette posture singulière, les guerriers parurent hésiter et leur pas ralentit. Au lieu de frapper, ils encerclèrent l’humain désarmé et levèrent leurs longues lances, visiblement prêts à en décocher un coup au moindre geste suspect. L’un d’eux, plus grand que les autres et dont la crête orange vif lui donnait une allure particulièrement redoutable, éructa une phrase incompréhensible. Tancrède avait déjà eu l’occasion d’entendre, durant les combats, cette langue étrange entrecoupée de quantité de bruitages. Un autre répondit à Crête-orange, puis un second.
Ils ne savent pas comment réagir, pensa Tancrède. Au moins suis-je encore en vie !
L’odeur si caractéristique qui émanait d’eux lui remit en mémoire la boucherie des champs de bataille. N’y tenant plus, il se risqua à ouvrir les yeux et à redresser la tête.
Sept Atamides l’encerclaient. Sept féroces soldats qui dardaient des yeux brûlants de rage sur lui. Le lieutenant percevait leur désir de frapper, de ficher leurs lances dans le corps de leur ennemi, de le piétiner et de le réduire en pièces, mais quelque chose les retenait. Ils échangeaient des phrases courtes et hargneuses, visiblement contrariés dans leur soif de sang.
Pour une raison inconnue, l’un d’eux avait dû ordonner de ne pas abattre l’humain et les autres rechignaient à s’exécuter. Pourtant, l’Atamide qui de toute évidence commandait le groupe semblait également être celui dont le désir de frapper était le plus grand.
Il fallait tenter quelque chose.
« Je… Je ne suis pas armé. »
Bien qu’il eût la gorge serrée, il avait réussi à s’exprimer d’une voix posée. Aussitôt, les Atamides cessèrent leur dispute et tournèrent vers lui leurs faces effrayantes, comme s’ils avaient oublié que la proie qu’ils tenaient en joue pouvait elle aussi parler.
« Vous n’avez rien à craindre de moi. »
Évidemment qu’ils n’ont rien à craindre de moi, se railla-t-il mentalement. Sans exo ni arme, je dois avoir l’air d’un nain à côté d’eux.
« Je sais que vous ne me comprenez pas, mais nous devons…
— Je te comprends. »
Tancrède sursauta. L’un d’eux venait de s’adresser à lui, et dans sa propre langue !
Il était certain qu’aucun des guerriers n’avait parlé, or cette voix avait semblé toute proche.
Il tourna sur lui-même au cas où la présence d’un autre Atamide lui aurait échappé, mais ils n’étaient que sept.
« Tu n’es pas comme les autres. »
Tancrède sursauta à nouveau. La proximité de cette voix était telle qu’il avait l’impression qu’on avait chuchoté près de son oreille.
« Tu ne viens pas pour tuer. »
Totalement désemparé, le Normand fouilla des yeux les reliefs alentour, scrutant les dunes, les rochers, ou même les tentes au loin où des Atamides s’étaient massés pour observer la scène à une distance prudente. Au bout de quelques instants, il remarqua que l’un d’eux se tenait à l’écart, assis en tailleur sur un rocher surélevé. Vêtu d’une simple tunique, il avait un long bâton sculpté posé à plat sur ses cuisses. Un pan de toile était tendu entre trois poteaux pour lui faire de l’ombre. Il avait l’air très âgé.
Ce fut alors que Tancrède remarqua un détail qui lui coupa le souffle.
Des lignes !
Des lignes convergeaient vers le vieil Atamide !
Les traces laissées dans le sable par la fuite des enfants, les strates des rochers, les rides imprimées par le vent à la surface des dunes, et même l’orientation des lances des guerriers, vus de là où il se trouvait, tous ces éléments traçaient des lignes qui se rejoignaient au même point : le vieil Ata, assis sur son rocher.
Suis les lignes…
L’image formée par l’ensemble était si précise qu’il ne pouvait s’agir d’un hasard.
Suis les lignes…
Tancrède, stupéfait, ne bougeait plus, mais son cœur battait à tout rompre. Que devait-il faire ?
« Ton esprit est ouvert », entendit-il à nouveau dans le creux de son oreille.
Bien que le vieil Atamide fût immobile, Tancrède était persuadé que c’était lui qui parlait.
« Je viens en ami… », commença-t-il avant de s’interrompre.
Trompé par l’apparente proximité de la voix, il avait répondu normalement. Se reprenant, il mit les mains en porte-voix et cria à l’attention du vieillard au loin, toujours sur son rocher.
« Je viens en ami, pour rencontrer le peuple atamide ! »
Les soldats autour de lui sursautèrent à ce cri et levèrent à nouveau leurs lances. Comme la première fois, ils semblèrent interrompus par un ordre impérieux que Tancrède n’entendit pas et suspendirent leur geste de mauvaise grâce. Leur chef articula encore une fois quelques phrases incompréhensibles, puis tourna rageusement les talons et partit vers le camp. Atamide ou pas, Tancrède connaissait bien les guerriers et celui-ci venait de réagir exactement comme un soldat auquel on vient de donner un ordre qui ne lui plaît pas du tout. Or, il n’était pas besoin d’être devin pour comprendre qu’on lui avait interdit de toucher à l’humain. Et celui qui avait donné cet ordre ne pouvait être que le vieil Atamide. Comme il n’avait rien entendu, Tancrède supposa qu’ils pouvaient communiquer d’une autre façon que par la voix. Mais cela n’expliquait pas comment le vieillard pouvait parler sa langue.
Les six guerriers restants formèrent deux rangs autour de lui.
« Suis-les », entendit Tancrède.
Comme les soldats s’étaient tournés vers le vieillard, il comprit qu’il ne s’était pas trompé.
Soudain, alors qu’il allait se mettre en marche, Tancrède sentit un ver se tortiller à l’intérieur de son crâne ! Ou plutôt, ce fut la sensation qu’il eut. Et celle-ci était si nette qu’il se frotta les cheveux frénétiquement afin de se débarrasser de l’intrus, en vain. À nouveau, les soldats parurent s’inquiéter des réactions inattendues de cet humain. Voilà maintenant qu’il dansait sur place en agitant les bras !
Réalisant brusquement que le ver était forcément imaginaire, Tancrède cessa d’essayer de le chasser et tâcha de se calmer. En fait, il prit conscience que quelqu’un fouillait dans son esprit ! Cela semblait impossible, mais comme l’avait dit Albéric quelques jours plus tôt, tout était surprenant sur cette planète.
Bien que dérangeant, le frottement qu’il ressentait à l’intérieur de ses méninges n’était pas vraiment désagréable. C’était un peu comme si quelqu’un passait ses doigts lentement à la surface d’un volume pour en percevoir la forme, la structure.
La voix chuchota à nouveau : « Si, comme toi, ils laissent leurs armes, tes amis peuvent venir eux aussi. »
Le pouls de Tancrède s’accéléra.
Il peut lire dans mes pensées !
La simple présence dans son esprit du souvenir de ses compagnons cachés en haut de la dune avait appris au vieil Ata qu’ils étaient là. Il se rendit compte à cet instant qu’il avait peut-être sous-estimé les difficultés d’une telle prise de contact. Qui pouvait savoir de quoi certains Atamides étaient capables ? Toutefois, il était trop tard pour reculer.