À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Qui d’autre ? demanda Harruel.
— C’est de la folie ! cria Koshmar. Si vous sortez de la cité, vous trouverez une mort certaine ! Privés de chef, vous attirerez sur vous la colère des dieux et vous périrez tous !
— Qui d’autre veut me suivre ? demanda Harruel.
— Moi, dit Nittin. Et Nettin m’accompagnera.
Nettin parut abasourdie, comme si son compagnon venait de lui asséner un coup de massue. Mais elle alla docilement rejoindre Nittin, la petite Tramassilu dans ses bras.
Harruel eut un hochement de tête satisfait.
— Moi aussi, j’y vais, déclara brusquement Salaman.
Weiawala le suivit. Puis ce fut au tour du jeune guerrier Bruikkos d’aller se ranger derrière Harruel et, quelques instants plus tard, de Thaloin qui était unie à Bruikkos depuis une ou deux semaines. Hresh sentit son âme se glacer. Jamais il n’aurait imaginé que quelqu’un eût envie de suivre Harruel, mais ce qui se passait était une véritable catastrophe. La tribu était en train de se scinder en deux.
— Je pars avec vous, dit Lakkamai.
Torlyri émit aussitôt un petit cri à demi étouffé. Elle se mordit les lèvres et détourna la tête, mais Hresh eut le temps de voir l’expression de son visage ravagé par l’émotion. Koshmar, elle aussi, montrait un visage égaré. Hresh comprit qu’elle était folle d’inquiétude à l’idée que Torlyri pourrait décider de suivre Lakkamai. Mais la femme-offrande demeura à sa place.
Puis Harruel se tourna vers sa compagne.
— Minbain ?
— Oui, dit-elle posément. Je te suivrai partout où tu iras.
— Et toi, Hresh ? demanda Harruel. Ta mère vient avec moi et elle emmène Samnibolon, ton petit frère. Veux-tu les laisser partir ?
Il s’avança vers le chroniqueur et s’arrêta devant lui, le dominant de toute sa taille.
— Tes connaissances nous seront très utiles dans notre nouvelle vie. Tu seras notre chroniqueur, comme tu l’as été ici, et tu auras tout ce que tu voudras. Veux-tu venir avec nous ?
Hresh était incapable de répondre. Son regard se porta successivement sur sa mère, puis sur Koshmar et Torlyri et s’arrêta enfin sur Taniane.
— Alors ? demanda Harruel d’un ton où perçait une menace.
Hresh avait l’impression que tout tournait follement autour de lui.
— Alors ? répéta Harruel.
Hresh baissa la tête.
— Non, dit-il d’une voix si faible que personne ne l’entendit.
— Comment ? Qu’as-tu dit ? Parle plus fort !
— Non, répéta Hresh d’une voix plus distincte. Je préfère rester ici, Harruel.
Il sentit le sang courir avec violence dans ses veines et cela lui redonna de l’énergie et la force de redresser la tête.
— Nous devrons tous quitter Vengiboneeza tôt ou tard, dit-il d’une voix plus ferme, mais pas tout de suite et pas dans ces conditions. Je vais rester. J’ai encore beaucoup à faire ici.
— Petit misérable ! rugit Harruel. Sale petit sournois !
Il leva le bras pour le gifler. Hresh bondit en arrière, mais il ne fut pas tout à fait assez vif. Harruel parvint à atteindre sa joue du bout des doigts et la violence du coup était telle que Hresh recula de plusieurs mètres et se retrouva assis sur le derrière. Tout tremblant, il demeura dans cette position pendant quelques instants. Puis Torlyri s’avança vers lui et l’aida tendrement à se relever.
— Qui d’autre veut venir ? demanda Harruel. Qui d’autre veut me suivre ? Qui d’autre ? Qui d’autre ? Qui d’autre ?
12. Une si étrange absence
Cette journée devait prendre par la suite le nom de Jour de la Séparation.
Onze adultes et deux enfants avaient abandonné le gros de la tribu et, longtemps après leur départ, cette étrange absence résonnait encore dans la cité morte comme un coup de gong.
Il fallut plusieurs semaines à Hresh pour trouver le courage de consigner le récit de cette journée dans les chroniques. Il avait le sentiment de faillir à sa tâche, mais il repoussa le moment de le faire jusqu’à ce qu’un matin il soit incapable de dire si le nombre des adultes ayant fait sécession était de dix ou de onze. Il comprit à ce moment-là qu’il lui fallait transcrire ce qui s’était passé avant d’en avoir perdu le souvenir exact. Il avait ce devoir envers ceux qui consulteraient les chroniques dans l’avenir. Il ouvrit le volume le plus récent et appuya le bout de ses doigts sur le vélin de la première page blanche. Et il transcrit ce qu’il avait à dire, à savoir que le guerrier Harruel s’était rebellé contre l’autorité du chef Koshmar et qu’il avait quitté la cité de Vengiboneeza, emmenant avec lui les hommes Konya, Salaman, Nittin, Bruikkos et Lakkamai ainsi que les femmes Galihine, Nettin, Weiawala, Thaloin et Minbain…
Le plus difficile fut d’écrire le nom de sa mère. Il dut s’y reprendre à trois fois avant de réussir à l’orthographier correctement. Quand il y fut enfin parvenu, il considéra longuement les caractères bruns et irréguliers et relut à maintes reprises ce qu’il avait écrit.
Jamais je ne reverrai ma mère, songea-t-il. Mais il avait beau se répéter les mots qui la composaient, cette phrase ne semblait avoir aucun sens.
Hresh se demandait parfois s’il n’aurait pas mieux fait de partir avec elle. Quand il l’avait regardée, au moment où Harruel lui demandait de le suivre, il avait vu la prière silencieuse dans les yeux de Minbain. Et il lui avait été extrêmement pénible de détourner la tête et de refuser. Le dilemme était affreux : même si, en choisissant de rester, il avait accepté de se séparer de sa mère, comment aurait-il pu abandonner la tribu et renoncer à tout ce qu’il lui restait à faire à Vengiboneeza, à tout ce que le Peuple aux Casques pouvait lui apprendre et à Taniane… Oui, à Taniane ! Tout cela pour suivre cette brute d’Harruel et sa poignée de fidèles dans l’inconnu. Ce n’était assurément pas le destin auquel il rêvait.
La perte de Minbain était la seule par laquelle Hresh fût profondément affecté. Il était triste pour Torlyri qui avait perdu son compagnon, mais il n’avait jamais eu de relations très suivies avec Lakkamai. Pas plus qu’avec Salaman, Bruikkos ni aucun de ceux qui avaient choisi le camp d’Harruel. Ils n’étaient que des visages familiers, des membres de la tribu. Jamais il n’avait été proche d’eux, comme il l’était de Torlyri ou de Taniane, ou même d’Orbin et Haniman. Si l’un d’entre eux était parti, Hresh en eût beaucoup souffert. Mais Minbain faisait partie de lui-même, comme il faisait partie de Minbain. Tout cela était pourtant bel et bien fini. Hresh avait senti une menace peser sur eux depuis qu’Harruel avait pris Minbain pour compagne. Harruel transformait tout ce qu’il touchait et il finissait par le détruire.
L’absence d’Harruel n’en finissait pas de l’étonner. Le guerrier sombre, à la mine renfrognée et à l’attitude de plus en plus inquiétante, occupait une place importante dans la tribu et son départ laissait un grand vide. C’était comme si la haute montagne dont les flancs dominaient la cité avait disparu du jour au lendemain. On pouvait ne pas aimer cette montagne, on pouvait la trouver écrasante et menaçante, mais on s’habituait à la voir à cette place et si elle venait à disparaître, nul doute qu’on éprouverait le sentiment d’un vide.
S’il était déroutant de voir la tribu amputée d’une partie de ses membres, il était tout à fait alarmant de voir une horde d’étrangers venir s’installer à proximité.
Quelques heures à peine après la sécession d’Harruel, la tribu des Beng au grand complet avait fait son entrée dans la ville, chevauchant les gigantesques animaux qu’ils nommaient vermilions. Les Hommes aux Casques étaient encore plus nombreux que Hresh ne l’avait soupçonné. Il y en avait plus d’une centaine, dont une bonne trentaine semblaient être des guerriers. Ils étaient à la tête d’environ quatre-vingts vermilions utilisés soit comme montures, soit comme bêtes de somme. D’autres animaux plus petits, au pelage bleu-vert et aux fortes articulations, servaient également de bêtes de charge. Il fallut tout le reste de la journée à l’ensemble de la caravane pour franchir les portes de Vengiboneeza.