À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Ils ont essayé de me faire croire que tu avais disparu à jamais, murmura Kreun, la tête collée contre la poitrine de Sachkor. Ils m’ont dit que tu avais dû quitter la ville, que tu étais tombé dans un ravin et que tu ne reviendrais plus. Mais, moi, je savais que je te reverrais, Sachkor ! Et tu es de retour parmi nous !
— Kreun… Oh ! Kreun ! Comme tu m’as manqué !
Elle levait vers lui des yeux remplis d’adoration. Harruel trouvait cette scène ridicule et choquante.
— C’est vrai que tu es allé trouver le Peuple aux Casques et que tu les a amenés ici ? demanda Kreun.
— Oui, j’ai trouvé leur campement. J’ai appris à communiquer avec eux et je les ai…
— Tout cela est très touchant, fit brusquement Harruel, mais nous avons des choses plus importantes à régler. Écarte-toi, Kreun ! Tu nous fais perdre notre temps avec tous ces bavardages !
— Toi, tais-toi ! hurla la jeune fille en se tournant vers lui sans lâcher Sachkor.
— Que se passe-t-il ? demanda Sachkor en voyant Kreun se mettre à pleurer et à trembler de tous ses membres. Pourquoi es-tu si bouleversée, Kreun ?
— C’est Harruel… commença-t-elle en sanglotant.
— Eh bien quoi, Harruel ?
— Kreun claquait des dents et elle s’exprimait d’une voix à peine audible.
— Harruel… Sur le chemin de la montagne. Il… il m’a forcée à…
— Elle est complètement folle ! s’écria Harruel en essayant d’éloigner la jeune fille.
Mais Koshmar et Torlyri se rapprochèrent, l’air inquiètes. Sous le bouillonnement de sa fureur, Harruel sentait la honte le tarauder. La situation devenait franchement désastreuse. Il revit malgré lui l’image de Kreun allongée sur le sol humide, les mouvements désordonnés de sa croupe ferme tandis qu’elle se débattait pour échapper à l’étreinte du guerrier, son organe sensoriel s’agitant frénétiquement…
Un guerrier ne force pas une femme, se dit Harruel. Un guerrier ne devrait pas avoir à forcer une femme.
Je vais tout nier, songea-t-il.
— Ce n’est pas moi qui ai fait cela, c’est le démon qui m’habitait.
— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? demanda Koshmar d’un ton impérieux.
— Raconte-nous, Kreun, dit Torlyri de sa voix douce. Qu’essaies-tu de nous dire ? Que t’a fait Harruel sur le chemin de montagne ?
— Il m’a jetée à terre, souffla Kreun dans un murmure. Il s’est laissé tomber sur moi.
— Non ! rugit Harruel. Mensonge ! Ce n’est qu’un mensonge !
Tous les regards, y compris ceux des Hommes aux Casques, étaient maintenant fixés sur lui.
— Il m’a maintenue par terre, poursuivit Kreun d’une toute petite voix. Il m’a violée…
Elle détourna la tête en frissonnant et enfouit son visage dans ses mains.
Sachkor bondit vers Harruel et lui secoua le bras en le sommant d’expliquer ce qui s’était passé ce jour-là entre Kreun et lui. Harruel le considéra dédaigneusement comme un insecte bourdonnant ou quelque petit animal glapissant et, d’une bourrade, il l’écarta. Sachkor tomba les quatre fers en l’air et demeura quelques instants immobile sur le pavé, l’air sonné. Puis il se releva, encore étourdi, et rassembla ses forces pour repartir à l’assaut. Harruel agita sa lance dans sa direction pour lui signifier de ne pas insister.
— Cessez de vous battre ! ordonna Koshmar. Harruel, baisse ta lance !
— Certainement pas ! Tu ne vois pas qu’il est prêt à recommencer !
De fait, Sachkor s’était accroupi et il marmonnait des menaces en clignant des yeux. Harruel se mit en position de combat et attendit l’attaque.
— Garde ton calme, Sachkor ! gronda Koshmar. Et toi, Harruel, pose cette lance, ou je te la fais enlever de force !
Mais la détermination de Sachkor ne faiblissait pas.
— Où est la vérité dans tout cela, Harruel ? demanda-t-il sans changer de position. As-tu vraiment forcé Kreun ?
— Je ne lui ai rien fait.
— Il ment ! s’écria la jeune fille.
— Assez ! dit sèchement Koshmar. Nous avons des hôtes à recevoir. Kreun, retourne au camp ! Orbin et Konya, occupez-vous d’Harruel jusqu’à ce qu’il se soit calmé. Dès ce soir, nous réglerons cette affaire et un jugement sera rendu.
— Je veux savoir la vérité, dit Sachkor. Et je la veux tout de suite !
Stupéfait, Harruel sentit brusquement la seconde vue de Sachkor dirigée sur lui. Cette honteuse exploration de l’esprit d’autrui était formellement interdite. Il se sentit mis à nu, scruté jusqu’au plus profond de son être. Il essaya désespérément d’ériger des barrières aux portes de son esprit pour repousser l’intrusion de Sachkor et s’efforça de dissimuler tout ce qui avait trait au viol de Kreun. Mais il lui était impossible de cacher quoi que ce fût. Plus il essayait, plus les images flamboyaient en lui : le corps ferme de la jeune fille se tortillant sous le sien, l’instant brûlant et intense de la possession, les vagues de plaisir au moment où il avait déversé en elle le feu de sa semence.
Sachkor poussa un long rugissement et se précipita sur Harruel d’un bond prodigieux.
Koshmar essaya de se placer entre eux, mais elle ne fut pas assez rapide. Harruel, encore tremblant de l’intrusion de Sachkor dans son esprit, avança instinctivement sa lance sur laquelle le jeune homme vint s’empaler.
Tout le monde se mit à hurler. Puis il y eut un moment affreux de silence absolu. Sachkor regardait la hampe de la lance dépassant de sa poitrine comme s’il ne comprenait pas très bien ce qu’elle faisait là. Un long gargouillement sortit de sa gorge. Harruel lâcha son arme après l’avoir légèrement poussée en avant. Titubant, Sachkor lança autour de lui un regard incrédule, puis il s’affaissa sur le côté. Kreun se précipita vers lui et se laissa mollement tomber par terre. Torlyri s’agenouilla près d’elle et essaya de l’écarter du corps de Sachkor auquel elle s’accrochait de toutes ses forces.
Les Hommes aux Casques, qui semblaient ébahis par ce qui venait de se dérouler devant leurs yeux, échangèrent calmement quelques remarques dans leur bizarre langage et commencèrent à reculer pour se mettre à l’abri de leurs monstrueuses montures.
Koshmar s’avança à son tour vers Sachkor. Elle lui toucha les joues et la poitrine, puis elle saisit la lance et essaya de l’arracher du corps inerte. Après avoir longuement considéré les yeux fixes et vitreux de Sachkor, elle se redressa.
— Il est mort, annonça-t-elle. Qu’as-tu fait, Harruel ?
Oui, songea Harruel, qu’ai-je fait ?
Hresh avait l’impression que cette journée était semblable à un rêve qui n’en finissait pas. Un de ces rêves affreux dont on sort épuisé, comme si on n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Un rêve qui avait commencé par un voyage sur la Grande Planète et qui s’était poursuivi par son initiation au couplage et sa dramatique maladresse avec Taniane, par l’entrée des Hommes aux Casques chevauchant leurs monstrueux animaux à la robe de sang, par le retour de Sachkor et maintenant par cela… par cet instant d’horreur…
Non ! Non ! C’était trop ! Beaucoup trop !
Sachkor demeurait dans la position où il était tombé, totalement inerte, le corps transpercé par la lance d’Harruel. Le guerrier se tenait au-dessus de sa victime, les bras croisés, le visage de marbre. Torlyri avait passé le bras autour des épaules de Kreun, agitées par les sanglots. Les Hommes aux Casques avaient reculé de cinquante pas et ils devaient commencer à se demander s’ils n’avaient pas mis les pieds dans un repaire de rats-loups.
— Est-ce qu’à ta connaissance, demanda Koshmar à Hresh, il était déjà arrivé qu’un membre de la tribu ôte la vie à un autre ?