À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Il montra le second étranger, un homme à la barbe rare, presque aussi vieux qu’Hamok Trei, mais encore plus ratatiné. Il était étonnamment grand, beaucoup plus haut de stature qu’Harruel, mais si frêle qu’on eût dit un roseau. Noum om Beng se tenait penché en avant, la tête coiffée d’un casque extravagant, de métal noir couvert d’épaisses touffes de poils de la même couleur et flanqué de deux longues protubérances pourpres évoquant les ailes d’une chauve-souris.
Noum om Beng avança de deux ou trois pas et fit devant Koshmar une série de signes ressemblant beaucoup à ceux des Cinq Déités. Mais la ressemblance était trompeuse et les signes de l’étranger n’avaient pour elle aucune signification. Il s’agissait assurément de signes sacrés, mais qui devaient être destinés à d’autres dieux.
Comment pouvait-il donc exister d’autres dieux ? L’idée même lui paraissait inconcevable. Elle se souvint alors du jour où Hresh s’était efforcé de lui expliquer, au cours de l’interrogatoire du premier Homme au Casque, que l’étranger parlait peut-être une autre langue, à savoir qu’il utilisait d’autres mots que les leurs mais dont la signification était la même. Elle avait fini par accepter de mauvaise grâce cette théorie. Mais d’autres dieux ? Comment serait-ce possible ? Il ne pouvait y avoir de dieux autres que les Cinq Déités. Mais les étrangers n’adoreraient pas des dieux imaginaires, à moins d’être complètement fous, ce qui n’était certainement pas le cas.
— Comment connais-tu leur nom et leur rang ? demanda-t-elle à Sachkor. Es-tu capable de communiquer avec eux ?
— Un peu, répondit-il. Au début, nous ne nous comprenions absolument pas, mais je me suis appliqué et, peu à peu, j’ai appris leur langue.
Il ne put s’empêcher de sourire, essayant, mais sans grande conviction, de dissimuler sa satisfaction.
— Demande au chef de me dire quelque chose, ordonna-t-elle au jeune homme.
— Le chef parle très peu. C’est Noum om Beng qui s’exprime à sa place.
— Alors, demande à l’autre !
Sachkor se tourna vers l’immense vieillard et lui dit quelque chose dans un langage qui ressemblait à des glapissements. Noum om Beng fronça les sourcils et tira sur sa barbe clairsemée. Sachkor glapit derechef et, cette fois, le vieillard hocha la tête et lui répondit par un autre glapissement. Sachkor reprit la parole avec enthousiasme. Mais ce qu’il disait ne devait pas être tout à fait correct, car Noum om Beng détourna discrètement les yeux tandis que quelques-uns des Hommes aux Casques éclataient d’un rire bruyant. Sachkor sembla tout décontenancé et Noum om Beng se pencha vers le chef Hamok Trei pour lui murmurer quelque chose à l’oreille.
— Que se passe-t-il, à ton avis ? demanda Koshmar à Hresh.
— C’est un véritable langage, répondit Hresh. Sachkor le comprend, mais pas très bien. Et j’ai moi-même l’impression de comprendre. Les mots sont comme les nôtres, mais déformés, hachés. Je perçois leur signification avec ma seconde vue, mais d’une manière très vague.
Koshmar hocha la tête en silence. Elle commençait à s’en remettre à la perspicacité de Hresh et il lui semblait de moins en moins probable que le Peuple aux Casques fût venu pour leur faire la guerre. Leurs casques mêmes lui paraissaient moins effrayants, maintenant qu’elle s’y était habituée. Leur taille disproportionnée et leur apparence volontairement terrifiante les rendaient en fait plus risibles qu’autre chose, même s’ils demeuraient fort impressionnants. Mais un reste de méfiance subsistait en elle. Impuissante à communiquer et même à comprendre quoi que ce fût, Koshmar se sentait pieds et poings liés, réduite à solliciter les conseils d’un ancien à peine entré dans l’âge adulte et de ce blanc-bec de Sachkor. La situation était fort embarrassante pour un chef et elle se sentait très mal à l’aise.
Noum om Beng reporta son attention sur Koshmar et il s’adressa à elle d’une voix qui tenait à la fois du glapissement et du mugissement. Koshmar avait décidément beaucoup de mal à se faire à la manière dont ces Beng s’exprimaient et, à plusieurs reprises, elle eut de la peine à réprimer un sourire. Bien qu’incapable de saisir le sens de ce que disait le vieillard, elle comprit pourtant que c’était un discours solennel, riche et substantiel.
Elle écouta attentivement, secouant de loin en loin la tête en signe d’acquiescement. Comme un conflit armé ne semblait pas, du moins dans l’immédiat, sur le point d’éclater, il lui incombait d’accueillir les étrangers avec toute la diplomatie requise en une telle occasion.
— Comprends-tu ce qu’il dit ? murmura-t-elle au bout de quelque temps à l’intention de Sachkor.
— Un peu. Il dit qu’ils sont venus dans un esprit de paix, de commerce et d’amitié. Il t’explique que Nakhaba a guidé son peuple jusqu’à Vengiboneeza et que, d’après une de leurs prophéties, ils devaient trouver des amis en arrivant ici.
— Qui est Nakhaba ?
— Le plus grand de leurs dieux, répondit Sachkor tandis que Noum om Beng poursuivait son discours.
— Ah !
Koshmar entendit derrière elle des pas et des murmures. D’autres membres de la tribu arrivaient. Elle se retourna et vit que la plupart des hommes les avaient rejoints ainsi que quelques femmes : Taniane, Sinistine, Boldirinthe et Minbain.
Torlyri était là, elle aussi. Comme c’était bon de la voir. La femme-offrande avait l’air fatiguée et le visage crispé, mais sa simple présence était réconfortante. Elle s’avança vers Koshmar et posa la main sur son bras.
— J’ai appris que des ennemis avaient pénétré dans la cité, dit-elle. Allons-nous nous battre contre eux ?
— Je ne pense pas, répondit Koshmar. Ils ne semblent pas hostiles. C’est leur ancien qui fait un discours, ajouta-t-elle en montrant Noum om Beng. Je me demande s’il va arrêter un jour.
— Et Sachkor ? Il va bien ?
— C’est lui qui est allé les trouver. Il est parti tout seul et a suivi leur piste. C’est aussi lui qui les a amenés à Vengiboneeza. Je suis censée écouter, souffla-t-elle en mettant un doigt sur ses lèvres.
— Excuse-moi, murmura Torlyri.
Noum om Beng continua de parler pendant encore quelques minutes. Puis il s’arrêta brusquement, au beau milieu d’un glapissement, semblait-il. Il recula et alla se placer aux côtés de Hamok Trei pendant que Koshmar lançait un regard interrogateur à Sachkor.
— Peux-tu nous dire de quoi il a parlé ?
— A dire vrai, je n’ai pas suivi grand-chose, répondit le jeune homme avec un sourire désarmant. Mais la fin était très claire. Nous sommes tous invités ce soir à un grand repas. Son peuple fournira la viande et le vin. Ils ont de grands troupeaux d’animaux aux portes de la ville. Il nous suffira de leur indiquer un endroit pour établir leur camp et de leur donner un peu de bois pour leur feu. Ils se chargent du reste.
— Crois-tu que je puisse leur faire confiance ?
— Oui.
— Et toi, Hresh ?
— Ils sont déjà dans la cité et ils sont au moins aussi nombreux que nous. Je crois également que les animaux qu’ils chevauchent seraient redoutables si nous devions nous battre. Comme ils affirment avoir des intentions pacifiques et que leur attitude semble réellement amicale, je pense que, jusqu’à preuve du contraire, nous pouvons accepter leur offre de paix.
— Toujours aussi malin, Hresh, dit Koshmar en souriant, avant de se retourner vers Sachkor.
— Et l’espion que nous avons capturé l’an dernier ? demanda-t-elle. Savent-ils ce qui lui est arrivé ?
— Ils savent qu’il est mort.
— Et qu’il est mort à cause de nous ?
— Je n’en suis pas sûr, répondit Sachkor avec une pointe d’agacement. A mon avis, ils croient qu’il est mort de cause naturelle.