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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Hresh était désespéré par la lenteur de ses progrès. Il avait presque renoncé à toutes ses autres activités afin de pouvoir se consacrer totalement à l’étude du Beng. Mais, au bout de plusieurs semaines, ses connaissances demeuraient très limitées. Il avait le sentiment que communiquer avec Noum om Beng lui était aussi difficile que d’essayer de voir à travers un épais bandeau noir, ou d’essayer d’entendre le bruit du vent au fond d’un puits insondable.

Il connaissait une soixantaine de mots usuels, mais il ne pouvait pas dire qu’il parlait la langue Beng. Il était toujours incapable d’assembler ces mots pour transmettre une idée. Et le reste de la langue restait impénétrable. Hresh écoutait interminablement Noum om Beng parler de sa voix chuintante. Peut-être abordait-il des sujets de la plus haute importance, mais Hresh ne comprenait guère qu’un ou deux mots sur mille. Le vieillard se montrait d’une courtoisie et d’une patience sans défaut, mais il ne semblait pas avoir conscience du fait que Hresh ne comprenait presque rien.

— Et si tu essayais le couplage ? lui suggéra un jour Haniman.

Hresh en fut tout abasourdi.

— Mais je ne sais même pas si cela existe chez eux !

— Ils ont bien un organe sensoriel.

— Oui, mais imagine qu’ils ne l’utilisent que pour la seconde vue. Imagine que chez eux le couplage soit considéré comme une abomination…

Le couplage était encore un sujet très pénible pour Hresh. Le souvenir de sa tentative désastreuse avec Taniane le brûlait toujours comme une marque au fer rouge. Depuis ce jour de triste mémoire, il n’avait guère réussi à lui adresser que quelques mots polis et il était incapable de la regarder dans les yeux ou de songer à faire l’expérience du couplage avec quelqu’un d’autre. Et Hresh ne voyait pas comment il pourrait trouver le courage de proposer un couplage au vieil Oum om Beng. C’était une relation tellement intime ! Trois ou quatre ans plus tôt, il aurait peut-être osé avancer une idée aussi folle, mais, avec le temps, il avait un peu perdu le goût du scandale.

— Tu devrais essayer, insista Haniman. On ne sait jamais. Cela pourrait te donner le moyen de comprendre leur langue.

La perspective d’étreindre le corps décharné du vieux Noum om Beng, de sentir son haleine fétide sur sa joue et de mettre son organe sensoriel en contact avec celui du vieillard n’avait rien de réjouissant. Mais s’il devait en passer par là pour avoir accès aux mystères de la langue Beng…

Hresh fut pourtant incapable de présenter directement au vieux sage son étrange requête. C’était vraiment trop embarrassant. Puisant dans son modeste réservoir de mots Beng, il entreprit donc d’expliquer à Noum om Beng qu’il souhaitait trouver un moyen plus rapide et plus direct d’apprendre sa langue. Puis il porta alternativement son regard sur l’organe sensoriel du vieillard et sur le sien. Mais l’Homme au Casque ne sembla pas saisir l’allusion pourtant transparente.

Mais peut-être existait-il un autre moyen. La seconde vue ? Hresh avait déjà timidement essayé de la diriger sur quelques Hommes aux Casques, mais il n’avait jamais osé le faire avec Noum om Beng. Le chroniqueur n’avait pas oublié la manière dont l’éclaireur des Beng avait mis fin à ses jours quand il avait projeté sa seconde vue vers lui. Quant à Noum om Beng, il était trop rusé pour se laisser prendre au dépourvu et Hresh ignorait comment le vieillard réagirait à une intrusion mentale.

Il restait le Barak Dayir. Son talisman, la clé magique qui donnait accès à toutes choses. La Pierre des Miracles était sans doute la seule véritable chance d’atteindre à une connaissance approfondie du Beng.

Ayant pris sa décision, il emporta le Barak Dayir dans sa vieille bourse de velours lorsqu’il alla rendre visite à Noum om Beng.

Il resta assis aux pieds du vieillard pendant plus d’une heure, écoutant son incompréhensible monologue. Les rares mots qu’il comprenait flottaient devant lui comme des bulles étincelantes dans un nuage opaque de fumée. Quand le Beng émacié s’arrêta enfin, il baissa la tête vers Hresh et le regarda comme s’il attendait en réponse un discours aussi long que le sien.

Mais Hresh se contenta de sortir la bourse contenant le Barak Dayir et il laissa tomber la pierre sacrée dans le creux de sa main. Elle émettait une lumière dorée et une légère chaleur. Hresh murmura le nom des Cinq Déités en faisant d’une main les signes sacrés et en levant l’autre pour montrer à Noum om Beng le fragment allongé de pierre polie.

La réaction du vieillard fut immédiate et spectaculaire. Il sembla perdre trente ou quarante ans en quelques secondes et ses yeux rouges se mirent à étinceler avec une ardeur nouvelle. Il poussa un petit cri rauque et se leva de son siège. Puis il se laissa tomber si brusquement à genoux devant la main tendue de Hresh que les ailes pourpres de son casque faillirent heurter le visage du chroniqueur.

Noum om Beng semblait saisi d’une crainte révérentielle. Des flots de paroles indistinctes sortaient de ses lèvres, au milieu desquelles Hresh parvint à saisir un seul mot que le vieillard répéta à plusieurs reprises.

Nakhaba ! Nakhaba !Nakhaba !

Dans le courant des premières semaines qui suivirent le départ d’Harruel, Taniane regretta de ne pas être partie avec lui.

Elle l’aurait certainement fait si Hresh avait décidé de quitter Vengiboneeza. Au moment où Harruel lui avait intimé l’ordre de choisir entre sa mère et sa tribu, la jeune fille avait retenu son souffle, sachant que son destin était en train de se jouer. Mais Hresh avait refusé de partir et Taniane avait pris une longue respiration et chassé de son esprit la déclaration qu’elle s’apprêtait à faire, par laquelle elle renonçait à son peuple et à la vie à Vengiboneeza.

Mais elle était encore là. Pourquoi ? Dans quel but était-elle restée ?

Si elle était partie, une vie nouvelle et difficile se serait ouverte devant elle. Elle avait partagé les épreuves de la tribu pendant sa longue marche jusqu’à la capitale des yeux de saphir et elle pouvait imaginer celles que traverserait le petit groupe des fidèles du roi Harruel.

Harruel était dur, fruste, cruel et dangereux. Il avait le cœur froid et le sang chaud. Peut-être n’avait-il pas toujours été ainsi, mais elle l’avait vu lentement changer depuis le Départ jusqu’à ce qu’il en vienne à ne plus connaître d’autre loi que la sienne. Renfrogné, bougonnant, discutant toutes les décisions de Koshmar, partant seul dans la montagne quand bon lui semblait, organisant sa propre petite armée sans même demander la permission à Koshmar et enfin défiant ouvertement son autorité. Sans parler du viol de la pauvre Kreun qu’il avait simplement jetée à terre et prise contre sa volonté…

Oui, Harruel était comme cela. Il s’accouplait probablement déjà avec toutes les femmes de sa petite troupe. Avec sa compagne, bien entendu, mais aussi avec Thaloin, Weiawala, Galihine et Nettin. Il était leur roi et il pouvait agir selon son bon plaisir. Si je l’avais suivi, songea Taniane, nul doute qu’il s’accouplerait aussi avec moi. Mais il y avait pire que de s’accoupler avec un roi.

Elle se demandait pourquoi Kreun avait repoussé Harruel. Sans doute parce qu’elle ne pensait qu’à Sachkor. Il n’était pas bien de forcer une femme, mais ce n’était jamais nécessaire. Il suffisait de le demander poliment à la femme. Si Harruel le lui avait demandé, Taniane aurait accepté de s’accoupler avec lui. Mais jamais il ne le lui avait demandé. Il restait toujours dans son coin, l’air hostile, marmonnant dans sa barbe. Peut-être l’avait-il trouvée trop jeune… Mais non, elle n’était pas beaucoup plus jeune que Kreun et Kreun avait plu au grand guerrier. C’est vrai qu’elle est très belle, songea Taniane, mais il paraît que, moi aussi, je suis belle.

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