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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Un long moment s’écoula avant que je reprenne la parole. Dans une tente, quelqu’un toussa puis se racla la gorge.

« C’est… surprenant, répondis-je enfin. Mais dans le fond, tout est surprenant sur cette planète. Qui sait quelles bizarreries Akya nous réserve encore ? Et après tout, un Atamide qui s’exprime par les rêves, ce n’est pas plus délirant qu’entasser un million de bonshommes dans un vaisseau de deux kilomètres de long pour aller exterminer la seule civilisation extra-terrestre connue. »

Tancrède me sourit. Je sus que ce n’était pas à cause de ma mauvaise plaisanterie, mais parce qu’il était soulagé de m’avoir confié son secret, et que je l’avais cru. Il en avait besoin. Cela me toucha profondément.

« Je ne sais pas où ces événements nous mènent, lui dis-je finalement, les yeux brillants, mais, quoi qu’il arrive, je serai heureux de les avoir vécus avec toi. »

L’annonce de Liétaud avait fait son effet sur le groupe.

C’était le huitième jour après notre départ, pendant la pause déjeuner.

Tout le monde se trouvait réuni sous une grande bâche tirée entre quatre buggys, suffoquant dans cette température malgré l’ombre et les nombreux brumisateurs que nous avions emportés.

« Une centaine d’individus ? répéta pensivement Tancrède. C’est davantage que je ne pensais. Leurs guerriers seront nerveux.

— Tu penses qu’il vaut mieux renoncer ? demanda Clotilde. Nous pouvons demander à nos pupitreurs de sélectionner une autre caravane.

— Non, je… crois qu’il faut rester sur ma première idée. »

Il se leva et s’adressa à Liétaud.

« Emmène-nous là-bas. Allons voir de quoi ça à l’air. »

Nous n’avions pas terminé de déjeuner, mais la curiosité l’emporta sur la faim. Chacun s’empara de son arme et nous emboîtâmes le pas à Liétaud. Comme il n’était pas question d’approcher avec les buggys pétaradants, il nous fallut faire le chemin à pied, slalomant parmi les dunes miroitantes à la suite du Flamand qui semblait parfaitement se repérer dans ce labyrinthe de silice.

Au bout d’une douzaine de minutes, il nous enjoignit d’un geste de ne plus faire aucun bruit, puis grimpa au sommet d’une dune géante en rampant sur les derniers mètres. Nous l’imitâmes – avec moins de dextérité, la dune atteignait presque trente mètres de haut – et tout le monde se retrouva bientôt à plat ventre sur la crête de la montagne de sable, ne laissant dépasser que nos yeux pour observer en contrebas.

Ils étaient là.

Je fus bien plus impressionné que je ne l’aurais cru.

Les soldats avaient déjà eu affaire à de nombreux Atamides – de fort près même – mais mes camarades et moi-même les voyions en vrai pour la première fois. Cela faisait tout de même quelque chose de découvrir une autre espèce intelligente.

Il y avait bien un bivouac ici. Dans un creux formé par plusieurs dunes géantes se dressaient environ trente tentes de forme cubique, disposées suivant un dessin précis qui ressemblait un peu à un W inscrit dans un cercle. Aux jumelles, je m’aperçus que leurs parois, une sorte d’épaisse feutrine couleur lie-de-vin, étaient prévues pour être relevées et rabattues sur le toit. Les côtés ainsi ouverts laissaient l’air circuler librement, permettant sûrement d’obtenir une température clémente en journée, alors que le soir, une fois les parois rabattues, cette feutrine devait fournir une bonne protection contre la fraîcheur nocturne.

On ne voyait donc à ce moment que de larges carrés de couleur d’environ sept mètres de côté, tendus chacun entre huit piliers de bois élégamment sculptés et solidement arrimés dans le sable par des cordes. À l’intérieur, de nombreux tapis recouvraient le sol, par contre, je ne vis que peu de mobilier. Peut-être n’ont-ils pas eu le temps d’emporter grand-chose dans leur fuite, pensai-je.

Un peu plus loin, se reposant à l’écart, je découvris avec saisissement ce qui devait être les « véhicules » de cette caravane. D’imposantes créatures de couleur ocre (elles se confondaient presque avec le sable) évoquant vaguement des lézards sans queue, à ceci près que je ne connaissais pas de lézard mesurant plus de douze mètres et pourvu de six pattes. Leur dos s’ornait d’étranges plaques semblables à de grandes écailles, tandis que leur ventre et leurs flancs étaient couverts de longs poils clairs descendant jusqu’au sol. Je compris aussitôt que cette toison ventrale devait effacer pratiquement toutes leurs traces dans le sable, avantage non négligeable pour une tribu en fuite.

Je ne dénombrai que dix-huit de ces créatures, ce qui me fît supposer qu’elles étaient capables de porter, ou de tracter, de très lourdes charges.

D’autres animaux étaient visibles, dans des enclos près des tentes. Ils ressemblaient un peu à des porcs de petite taille. Leur peau était brune et leurs quatre pattes curieusement évasées à la base.

Quant aux Atamides, j’aurais été bien en peine d’en dire le nombre. Le chiffrage de Liétaud paraissait réaliste, ils devaient être au moins une centaine. En balayant le camp de mes jumelles, je comptai dans les vingt guerriers, dont certains présentaient des blessures. Les autres, que Tancrède appelait des civils, se répartissaient entre des adultes, quelques vieillards et beaucoup d’enfants. Tout du moins, je les classai mentalement comme tels en me basant sur des critères humains, car après tout, leurs différences de taille et de morphologie auraient pu aussi bien s’expliquer par d’autres raisons.

Tous s’occupaient à des tâches diverses qui me parurent assez proches de ce que l’on aurait observé dans un campement humain.

Même si Tancrède localisa quelques sentinelles cachées dans les rochers environnants, nous parvînmes à rester ainsi plusieurs minutes sans nous faire repérer, avant de redescendre au pied de la dune.

« Bene, chuchota Silvio, nous les avons trouvés. Maintenant, que faisons-nous ?

— Il est évident, répondit Tancrède, que si nous descendons tous à leur rencontre sans prévenir, ils vont se croire attaqués et réagir en conséquence.

— Que préconises-tu, alors ? demandai-je.

— Je vais y aller seul et sans arme.

— Tu es fou ! s’écria Clotilde. Je te rappelle que tu es un soldat. Il se peut que certains de ces guerriers t’aient combattu sur le front. S’ils te reconnaissent, ils se défouleront sur toi rien que pour cette raison.

— C’est exact, intervint Liétaud. Ce serait plutôt à moi d’y aller.

— Le problème est le même pour toi, dans ce cas, rétorqua Tancrède.

— Alors, ce doit être l’un de nous, dis-je sans enthousiasme. Un inerme.

— Non, non, refusa Tancrède en secouant la tête. Il n’est pas question que l’un d’entre vous coure un tel risque. Après tout, c’est moi qui vous ai incités à me suivre, c’est donc à moi qu’il revient de faire ce premier pas vers eux.

— Tu vas te faire tuer, répétai-je.

— Tu as sans doute raison, Albéric… » Soudain, il sembla chanceler puis se reprit. « Mais tu sais que je dois agir ainsi. Je le sens… »

Liétaud eut l’air stupéfait.

« Tu le sens ? D’où sors-tu ce charabia mystique ?

— Euh… je suis d’accord avec lui, fit Silvio à son tour. Que veux-tu dire ?

— Mes amis, je sais que cela paraît insensé, je sais que le risque a l’air trop grand, mais je vous demande de me faire confiance. D’une certaine manière, j’ai déjà vécu cela. Je sais que le moment est venu d’aller à leur rencontre et je sais aussi que c’est à moi de le faire. »

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