À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Ils avaient tous une longue fourrure dorée et les yeux du même rouge à donner le frisson que l’espion capturé par Harruel et Konya. Tous avaient le chef surmonté d’un casque horrifique et il n’y avait pas deux casques semblables. Tel guerrier portait une tour triangulaire de plaques de métal hérissées de gros clous noirs et incrustées sur le devant d’un grand motif figurant des flammes dorées. Tel autre une calotte de métal noir sur laquelle étaient fixés deux yeux gigantesques de métal étincelant, tel autre encore un demi-masque descendant très bas sur le front, au cimier composé de trois hautes plaques scutiformes. Une armure de tête représentait une sorte de montagne laquée, saupoudrée de poussière d’argent ; une autre était faite d’un étonnant cône jaune et rouge flanqué d’une paire de puissantes cornes ; sur une autre, dorée et pointue, s’enroulaient deux longues queues vertes. Tous ces casques n’avaient rien d’humain ; ils semblaient provenir de quelque autre monde sinistre. L’aspect des envahisseurs était d’autant plus terrifiant qu’il était difficile de voir où se terminait leur tête et où commençait leur coiffure.
Sachkor se trouvait au milieu du groupe des étrangers, chevauchant l’un des plus gros animaux écarlates, sur lequel sa mince silhouette semblait flotter. On lui avait également donné un casque, plus petit que celui des autres, mais tout aussi étonnant, avec des plaques de métal incurvées, disposées comme des pétales inversés, et surmonté d’une pointe dorée. Il semblait très calme et avait un air rêveur, mais son visage était dépourvu d’expression.
Une tribu de monstres chevauchant d’autres monstres a franchi les portes de la ville, se dit Koshmar, et tout est perdu pour nous. Mais nous mourrons bravement plutôt que de leur livrer Vengiboneeza.
Elle regarda successivement Konya, Staip et Orbin.
— Alors, cria-t-elle, vous comptez rester plantés comme des piquets et les laisser avancer ? A l’attaque ! Tuons-en autant que nous pouvons avant de succomber sous le nombre !
— Et comment pouvons-nous attaquer ? demanda Konya d’une voix posée, mais qui devait porter très loin. Tu as vu la taille des animaux qu’ils chevauchent ! Jamais nous ne pourrons les atteindre ! Nous nous ferons écrabouiller comme de vulgaires punaises !
— Qu’est-ce que tu racontes ? Il suffit de frapper au ventre ou aux jambes et ils s’écrouleront ! Et après cela de tuer leurs maîtres ! En avant ! hurla Koshmar en brandissant sa lance. En avant !
— Non ! cria brusquement Hresh. Ils ne sont pas venus en ennemis !
Koshmar se tourna vers lui avec stupéfaction. Puis elle éclata d’un rire âpre.
— Tu as raison, Hresh ! Ils sont nos hôtes ! Sachkor les a invités à nous rendre visite, eux et leurs amis à quatre pattes, et ils vont rester dîner avec nous ! C’est bien ce que tu crois ?
— Ils ne sont pas ici pour se battre, dit Hresh. Utilise ta seconde vue, Koshmar, et tu verras qu’ils sont venus avec des intentions pacifiques.
— Pacifiques ! répéta Koshmar avec un geste de dérision avant de cracher par terre.
Mais il y avait sur le visage de Hresh une expression qu’elle n’y avait jamais vue, une force et une conviction telles qu’elle en fut ébranlée. Et l’idée lui vint brusquement qu’il serait peut-être imprudent de ne pas se ranger à son avis, car il était capable de voir des choses que personne d’autre ne voyait. Au prix d’un grand effort, elle parvint à se calmer et son humeur belliqueuse retomba. Puis elle projeta sa seconde vue en direction de la troupe en marche.
Hresh avait dit la vérité.
Elle ne perçut chez les envahisseurs ni hostilité ni haine ni menace.
Mais Koshmar ne pouvait se permettre de céder. Elle secoua la tête avec véhémence.
— C’est une ruse, dit-elle. Tu peux me faire confiance, Hresh. La sagesse ne te manque pas, mais tu es encore jeune et tu ne connais pas la vie. Ces étrangers ont trouvé le moyen de nous faire croire qu’ils ne sont pas menaçants. Mais regarde plutôt leurs casques. Regarde les monstres qu’ils chevauchent. Ils sont venus pour nous tuer, Hresh, et pour nous arracher Vengiboneeza.
— Non.
— Si ! Et je déclare qu’il faut les tuer avant qu’ils nous tuent ! lança Koshmar en tapant rageusement du pied. Harruel ! Où est Harruel ? Il aurait compris, lui ! Il serait déjà au milieu d’eux, en train de les jeter à bas de leurs montures ! Alors ? demanda-t-elle après avoir passé ses guerriers en revue. Qui me suivra ? Qui se battra à mes côtés ? Faudra-t-il que je parte seule affronter l’ennemi ?
— Regarde, Koshmar, dit Hresh en lui montrant quelque chose derrière son épaule.
Koshmar se retourna. Le piétinement sourd des énormes pattes aux griffes noires avait cessé. La troupe des envahisseurs s’était arrêtée à moins d’une centaine de pas d’eux. L’un après l’autre les gigantesques animaux à la robe de sang pliaient les genoux pour permettre à leurs cavaliers casqués de descendre à terre. Une demi-douzaine d’entre eux, entourant Sachkor, remontaient lentement au milieu du boulevard comme s’ils voulaient parlementer.
— Koshmar ! cria Sachkor dès qu’il fut à portée de voix.
— Que t’ont-ils fait ? demanda Koshmar en levant sa lance, prête à toute éventualité. Comment t’ont-ils capturé, Sachkor ? As-tu été torturé ?
— Tu te trompes, Koshmar, déclara posément le jeune homme. Ils ne m’ont fait aucun mal et ils ne m’ont même pas capturé. C’est moi qui ai quitté la cité pour partir à leur recherche, car j’avais le sentiment qu’ils étaient tout près et, quand je les ai trouvés, ils m’ont accueilli très amicalement.
Il s’était exprimé de bout en bout d’une voix ferme et il paraissait plus vieux et plus mûr qu’au moment de sa disparition. C’est le peuple des Beng, poursuivit-il sur le même ton, et ils ont quitté leur cocon bien avant nous. Ils viennent d’une contrée très éloignée, de l’autre côté du fleuve sur les berges duquel nous vivions. Ils sont différents de nous, mais ils ne nous veulent aucun mal.
— Il dit la vérité, Koshmar, fit Hresh en hochant la tête.
Koshmar ne parvenait toujours pas à maîtriser la situation. Elle avait l’impression d’être emportée par les eaux tumultueuses d’un torrent contre la force duquel elle ne pouvait lutter. La guerre, oui, elle comprenait, mais pas cela.
— Ils t’ont menti, grommela-t-elle d’un air buté. Ce n’est qu’une ruse.
— Non, Koshmar, il n’y a pas de ruse. C’est la vérité.
Sachkor fit signe à deux des étrangers de venir se placer à ses côtés. Le plus âgé, un petit vieux tout sec au regard perçant, rappelait un peu Thaggoran à Koshmar. Sa fourrure était d’un jaune très pâle, presque blanc, et il portait un casque en cône ouvragé, au sommet arrondi, fait de bandes de métal de différentes couleurs. D’énormes oreilles noires semblables à une paire d’ailes prolongeaient sa coiffure de chaque côté.
— Voici Hamok Trei, dit Sachkor. C’est leur chef.
— Lui ? Leur chef est un homme ?
— Oui, dit Sachkor. Et voici le sage de leur tribu, celui que nous appellerions le chroniqueur. Son nom est Noum om Beng.