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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Les habitants de Bellatule étaient pour la plupart des Hjorts ; une race grave à la mine lugubre, aux yeux protubérants et à la grande bouche contenant plusieurs rangées de cartilages masticateurs élastiques. La majeure partie d’entre eux gagnaient leur vie dans le commerce maritime, recevant des produits manufacturés de toute la planète et les expédiant à Suvrael en échange de bétail. Comme les récents bouleversements planétaires avaient provoqué un effondrement de la production des industries de fabrication et une interruption presque totale des échanges entre les provinces, les activités des marchands de Bellatule s’étaient très sensiblement réduites. Mais ils avaient au moins l’avantage de ne pas souffrir de la famine, car la province pourvoyait à ses approvisionnements et pouvait vivre en autarcie grâce surtout à la pêche abondante. Les ressources agricoles, assez limitées, avaient été épargnées par les maladies touchant les autres régions. Bellatule semblait calme et était demeurée fidèle au gouvernement central.

Valentin espérait pouvoir y trouver un navire à destination de l’Ile afin de s’entretenir avec sa mère de la stratégie à suivre. Mais les capitaines de Bellatule lui déconseillèrent vivement d’entreprendre immédiatement la traversée.

— Pas un seul navire n’a levé l’ancre en mettant cap au nord depuis plusieurs mois. C’est à cause des dragons ; ils sont devenus fous et fracassent tout ce qui navigue le long de la côte ou à destination de l’Archipel. Mettre le cap au nord ou à l’est dans ces conditions serait purement et simplement du suicide.

Ils estimaient qu’il fallait encore attendre six ou huit mois avant que les dernières troupes de dragons qui avaient doublé la pointe sud-est de Zimroel aient achevé leur traversée des eaux septentrionales et que les routes maritimes soient de nouveau libres.

Valentin fut consterné à la perspective de rester coincé dans cette province écartée et ignorée. Il semblait vain de retourner à Piurifayne, et contourner la patrie des Métamorphes pour rejoindre le cœur du continent serait à la fois long et risqué. Mais il restait une autre solution.

— Nous pouvons vous emmener à Suvrael, monseigneur, lui dit-on. Les dragons n’ont pas encore pénétré dans les eaux méridionales et les routes sont dégagées.

À Suvrael ! De prime abord, l’idée semblait bizarre. Mais pourquoi pas, se dit Valentin après avoir réfléchi. L’aide des Barjazid pourrait être précieuse ; il ne fallait certainement pas la dédaigner avant d’avoir pesé le pour et le contre. Et peut-être existait-il une route maritime de Suvrael à l’Ile ou à Alhanroel qui lui permettrait de contourner la zone fréquentée par les dragons déchaînés. Oui, sans doute.

Cap sur Suvrael, donc. La traversée fut rapide. Et la flotte marchande de Bellatule, faisant voile au sud à une allure soutenue, entra dans le port de Tolaghai.

La ville baignait dans la chaleur d’une fin d’après-midi. C’était une agglomération hideuse, un entassement confus de constructions d’un ou deux étages couleur de boue s’étirant interminablement le long du littoral et s’avançant vers la chaîne de petites collines qui marquait la frontière entre la plaine côtière et le cruel désert de l’intérieur. Tandis qu’on escortait à terre la suite royale, Carabella lança un regard consterné à Valentin. Il lui adressa un sourire encourageant mais sans conviction. Le Mont du Château ne lui semblait pas être à ce moment-là distant de quinze mille kilomètres mais de quinze millions.

Mais cinq magnifiques flotteurs ornés de bandes pourpre et jaune vif, les couleurs du Roi des Rêves, attendaient dans la cour du poste de douane. Des gardes en livrée se tenaient devant les véhicules. Quand Valentin et Carabella s’approchèrent, un homme grand à la carrure puissante et à l’épaisse barbe noire mouchetée de gris sortit d’un des flotteurs et s’avança lentement vers eux en boitillant.

Valentin se souvenait bien de cette claudication, car elle lui avait autrefois appartenu. Comme lui avait appartenu le corps de cet homme à la barbe noire. C’était Dominin Barjazid, l’ancien usurpateur, qui avait ordonné que lord Valentin prenne possession de l’enveloppe charnelle de quelque inconnu aux cheveux d’or afin que lui-même, faisant sien le corps de Valentin, puisse régner sous son apparence du haut du Mont du Château. La claudication était imputable à Valentin qui dans sa jeunesse s’était cassé la jambe dans un stupide accident un jour où il chevauchait avec Elidath dans la forêt d’arbres nains près d’Amblemorn.

— Soyez le bienvenu, monseigneur, dit Dominin Barjazid d’un ton chaleureux. Vous nous faites un grand honneur en nous rendant cette visite que nous avons espérée pendant de longues années. Il fit avec soumission le signe de la constellation et le Coronal remarqua que ses mains tremblaient. Valentin, de son côté, était loin de demeurer indifférent. C’était toujours une expérience étrange et déroutante de voir son corps d’origine en possession d’un autre homme. Il n’avait pas voulu courir le risque de le reprendre après la défaite de Dominin, mais il était malgré tout profondément troublé de voir l’âme d’un autre regardant par ses yeux. Et il se sentait également ému de voir que l’ancien usurpateur s’était totalement racheté et purifié de sa trahison et qu’il faisait montre d’une hospitalité absolument sincère.

D’aucuns auraient voulu que Dominin fût mis à mort pour son crime, mais Valentin n’avait jamais eu l’intention d’entériner cette position. Peut-être quelque monarque barbare d’une planète reculée aurait-il fait exécuter ses ennemis, mais aucun crime, pas même un attentat contre un Coronal, n’avait jamais fait encourir à son auteur une sentence aussi sévère sur Majipoor. En outre, Dominin avait basculé dans la folie, totalement anéanti par la révélation que son père, qu’il croyait toujours être le Roi des Rêves, était en réalité un imposteur Métamorphe.

Il eût été absurde d’infliger un quelconque châtiment à un être brisé. En reprenant son trône, Valentin avait pardonné à Dominin et l’avait confié à des émissaires de sa famille afin qu’il puisse être rapatrié à Suvrael. Puis il avait lentement guéri et quelques années plus tard, il avait demandé la permission de venir au Château demander pardon au Coronal. « Je vous ai déjà accordé mon pardon », avait répondu Valentin. Mais Dominin avait quand même tenu à venir et il s’était jeté à genoux avec humilité et sincérité un jour d’audience dans la salle du trône de Confalume pour libérer son âme du fardeau de la trahison.

Mais maintenant, songea Valentin, les circonstances sont encore profondément différentes, car Dominin est sur ses terres et je suis presque un fugitif.

— Monseigneur, dit Dominin, son altesse royale, mon frère Minax m’a envoyé vous accompagner au palais Barjazid où vous serez notre hôte. Voulez-vous monter avec moi dans le flotteur royal ?

Le palais s’élevait à l’écart de Tolaghai, dans une vallée aride et lugubre. Valentin l’avait vu à plusieurs reprises en rêve : un édifice sinistre et menaçant de pierre sombre, couronné d’une fantastique quantité de tours pointues et de parapets aux arêtes vives. Il avait manifestement été conçu pour impressionner et inspirer la crainte.

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