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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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Lentement, la jeune femme descendit la grande allée, laissant son regard caresser les fleurs : les chrysanthèmes jaunes, les reines-marguerites blanches et dorées, les phlox écarlates qui revêtaient la terre d’une parure somptueuse. Elle voulait aller jusqu’à la rivière, ce lien vivant, indestructible, qui reliait Combert à Lauzargues, et s’y asseoir un moment pour regarder bouillonner l’eau auprès de laquelle elle avait connu ses heures les plus douces. La révolte l’avait quittée et elle ne sentait plus qu’une grande lassitude. Il avait fallu lutter contre trop de choses et trop de gens durant ces mois écoulés ! Et Hortense n’avait plus de force pour un combat qu’elle savait perdu d’avance. Elle n’aspirait plus qu’à la paix et cette maison, ce jardin pouvaient la lui dispenser… Elle resterait là, à regarder grandir son fils, à regarder bouillonner l’eau, à regarder passer la vie… alors qu’elle n’avait que vingt ans !…

Elle eut froid tout à coup et quand une main se posa sur son épaule, elle en éprouva un réconfort mais, pensant que c’était Clémence, ou François, elle ne se retourna pas et murmura :

— Je vais rentrer bientôt mais laissez-moi seule encore un moment…

— Tu es trop jeune pour la solitude, dit la voix de Jean. J’aurais dû le savoir…

Le cœur arrêté, elle ferma les yeux pour mieux retenir ce qui ne pouvait être qu’un rêve. Mais une autre main se posait sur elle et l’obligeait à se relever. Alors elle ouvrit les yeux et vit qu’il était là, qu’elle ne rêvait pas, que c’était bien Jean, son Jean, celui qu’elle ne cesserait jamais d’aimer, qui la tenait entre ses deux mains.

— Tu es venu ? balbutia-t-elle. Tu es venu vers moi ?…

Un sourire fit étinceler les dents blanches et pétiller le regard d’azur pâle si semblable à celui du marquis.

— Cette nuit, tu as crié mon nom dans le vent et le vent me l’a apporté. Il fallait que je vienne.

— Pour me dire adieu ?

— Non. Pour te demander si tu veux toujours de moi… tel que je suis, c’est-à-dire l’homme de la nuit, le maître des loups…

— Non. Tu es Jean de Lauzargues à présent et je ne te demanderai jamais un parjure. Je m’étonne même que tu le proposes.

— Qui parle de parjure ? Cette nuit, j’ai rendu sa parole au marquis. Je lui ai dit que je préférais n’être rien mais garder ton amour. Si tu le veux toujours, je vivrai auprès de toi, dans ton ombre, auprès de notre fils… J’ai trop souffert de ton absence !

Mais déjà elle était dans ses bras, riant et pleurant tout à la fois, emportée par une vague de bonheur si puissante qu’elle lui coupait le souffle…

— Si je le veux ? Si je le veux ? Oh, mon amour, je n’ai jamais rien voulu d’autre… Nous nous marierons pour que Dieu soit avec nous et nous vivrons en solitaires comme tes loups, loin des autres, réprouvés peut-être mais ensemble… ensemble ! Voilà des mois que j’ai froid sans toi. J’ai besoin que tu me réchauffes…

— Tu n’as pas peur de la calomnie, de la médisance, du mépris des autres ?

— Je n’ai peur que de te perdre. Qu’importent les autres et ce qu’ils pourront en penser ? Nous serons ensemble !

Alors il la serra très fort contre lui et enfouit son visage dans les cheveux blonds qui sentaient si bon le lilas et l’herbe fraîche. Et ils demeurèrent là longtemps dans la lumière du soleil qui était apparu par-dessus les montagnes, incapables de dénouer cette étreinte qu’ils avaient trop longtemps attendue…

Ce fut la voix de Clémence qui les rappela aux réalités terrestres…

— Madame Hortense ! Où êtes-vous ? Il faut vous décider pour le dessert de. ce soir… Est-ce que M. le chanoine préférera une tarte meringuée ou un gâteau à la purée de châtaignes ?

Hortense éclata de rire et son rire s’envola dans la brise fraîche du matin :

— Faites les deux, Clémence ! Vous savez bien qu’il est gourmand comme un évêque…

— Le chanoine ? dit Jean. Est-ce que tu l’attends ?

— Oui. Il vient ce soir et j’en suis bien heureuse puisque nous pourrons lui parler de notre mariage. Il avait promis de le bénir à Pâques… à la seule condition que je t’avouerais mon mensonge. Si tu savais comme j’ai regretté cette sottise…

Jean passa son bras sous la taille d’Hortense pour remonter avec elle vers la maison…

— Nous n’en parlerons plus. A présent, offre-moi à déjeuner car je meurs de faim. Et puis… j’aimerais bien que tu me racontes tes aventures en compagnie de la superbe Felicia…

Dans le lointain, la cloche cessa soudain de sonner et par son silence rappela Hortense à la réalité. Son visage se rembrunit.

— Est-ce que… tu ne dois pas retourner là-bas ?

— Non. Je n’ai plus rien à y faire. Hier soir, j’étais allé chercher l’abbé Queyrol pour les derniers sacrements. Et puis je t’ai entendue. Alors, j’ai dit ce que tu sais au marquis et je l’ai laissé avec le prêtre. Le marquis écumait de fureur et ses malédictions devaient s’entendre jusqu’au village mais je dois dire qu’elles se sont calmées peu à peu. Le souffle manquait sans doute et quand je suis revenu, après un long moment, l’abbé priait à genoux au pied du lit où il n’y avait plus qu’un corps sans vie. Il ne m’a même pas entendu. Alors je suis reparti et, toute la nuit, j’ai couru les bois en compagnie de Luern. Je voulais venir vers toi et puis j’ai préféré attendre le jour… Tu vois, tout est fini pour moi à Lauzargues mais toi, mon cœur, il faudra bien que tu ailles aux funérailles. D’ailleurs Pierrounet viendra te prévenir.

— Je ne veux pas y aller.

— Tu ne peux pas faire autrement. N’oublie pas que ton fils… notre fils est le dernier seigneur…

Quand, vers le milieu de l’après-midi, l’antique voiture qui transportait le chanoine de Combert s’arrêta devant le perron où l’attendaient Hortense, François et Godivelle, Jean, suivi de Luern, son grand loup apprivoisé, et portant le petit Étienne sur ses épaules, remontait de la ferme. Et, avant même d’embrasser Hortense, ce fut lui que regarda, sans douceur d’ailleurs, le petit chanoine :

— Que faites-vous ici, Jean de Lauzargues ? dit-il avec sévérité. Votre place est auprès de la dépouille de votre père. Ignorez-vous les usages ? Vous devez être là pour accueillir ceux du village et des alentours qui viendront saluer ce corps… qui a jugé bon de mourir deux fois. L’abbé Queyrol vous attend…

— Ne m’appelez pas ainsi, monsieur le chanoine. Je n’ai aucun droit à ce nom. J’y ai renoncé…

— Je le sais pardieu bien. Je viens de là-bas car vous pensez que cette histoire fait un bruit qui court déjà tout le pays et je vous dis, moi, qu’on vous attend pour préparer les funérailles.

— C’est impossible. L’abbé Queyrol a dû vous dire ce qui s’est passé, hier soir, quand je l’ai amené au chevet du marquis ?

— Il m’a dit cela, fit tranquillement le chanoine, et plus encore. Ce pacte diabolique qu’on vous avait arraché en échange d’un nom… et aussi ce qui s’est passé quand vous l’avez laissé tête à tête avec le moribond…

Il y eut un silence. Hortense et Jean se regardèrent. Ni l’un ni l’autre n’osait poser de question. Ils avaient trop peur d’une réponse qui eût balayé l’espoir insensé qui montait entre eux.

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