Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Du mal ? du mal à qui ? A vous que je souhaitais tellement garder auprès de moi et de mon petit Etienne ? A Jean que j’aime plus que tout au monde ? Godivelle, il se passe ici quelque chose que je ne comprends pas, quelque chose de bizarre. Vous-même, cette maison et bien sûr le château semblez la proie d’un maléfice. Mais ne comprenez-vous pas que je n’aurai ni trêve ni repos avant d’avoir vu Jean, de lui avoir parlé ?…
— Je vous ai dit qu’il n’est pas là et je n’ai aucune raison de mentir.
— Alors dites-lui que je suis venue, que je veux le voir, que je l’attends… ou mieux…
Elle courut vers la table, prit une plume taillée, une feuille de papier et, assise de guingois sur un escabeau, griffonna quelques mots :
« Je suis revenue, mon amour, et je voudrais tant te voir. J’ai tant à te dire et je ne sais où te chercher. Viens, je t’en supplie ! Viens cette nuit, ou demain, ou la nuit suivante. J’ai besoin de te retrouver. Il me semble que tout le pays a cessé de vivre parce que tu n’es pas là et mon cœur me fait mal. Alors viens, si tu m’as jamais aimée. Moi, je t’aimerai tant que je vivrai… »
Sa lettre achevée, Hortense la sabla sans la relire, prit un bâtonnet de cire qu’elle fit fondre au feu de la cheminée, et la cacheta en appuyant dessus la sardoine aux armes de Lauzargues qu’elle avait reçue pour ses fiançailles et qu’elle aimait à porter car il lui semblait qu’elle affirmait son appartenance à cette terre. Puis elle tendit le tout à Godivelle.
— Voilà une lettre pour lui. Vous la lui remettrez ?…
La vieille femme prit la lettre mais le geste était réticent et trahissait une sorte de méfiance comme si ce papier recelait un danger. Elle la tourna entre ses doigts et Hortense se sentit inquiète :
— Vous la lui remettrez, Godivelle ? insista-t-elle. Il faut me le promettre… sur le salut de votre âme parce qu’il s’agit peut-être du salut de mon âme à moi.
Comme tout à l’heure, Godivelle fit un rapide signe de croix qui parut à Hortense de bon augure. Puis, comme à regret, elle articula :
— Il l’aura. Je vous le jure. Mais à présent, partez !
— Vous ne voulez pas que je l’attende ?
— Vous risqueriez d’attendre jusqu’à demain… ou peut-être davantage. Dieu vous garde, madame Hortense ! Je vous donne le bonsoir…
Il n’y avait plus rien à dire. Profondément ulcérée par l’attitude insolite de cette femme qu’elle aimait et en qui elle avait eu confiance, Hortense quitta la maison et se dirigea vers la chapelle pour reprendre son cheval. A ce moment, elle entendit appeler :
— La tante ! La tante ! Venez !…
Elle vit alors Pierrounet qui sortait en courant de derrière les ruines, là d’où continuait à s’élever un léger filet de fumée. C’était lui, sans doute, qui brûlait des herbes… Mais, en apercevant Hortense, il s’arrêta net, obliqua son chemin et vint droit vers elle, arrachant son chapeau tout en courant.
— Madame la comtesse ! s’écria-t-il un peu essoufflé d’avoir dévalé la pente en courant, vous voilà donc de retour ? C’est un vrai bonheur.
Elle le considéra sans songer seulement à cacher sa stupeur. Enfin quelqu’un qui semblait heureux de la voir !
— Un bonheur ? Apparemment, Pierrounet, vous êtes le seul à penser de la sorte ici. C’est tout juste si votre tante Godivelle ne m’a pas fermé la porte au nez.
Le garçon devint rouge comme la haute ceinture de laine qui lui serrait la taille et il eut un petit sourire qu’Hortense jugea un peu gêné :
— Faut pas lui en vouloir. Elle se prend de l’âge et en même temps, elle devient sauvage…
— Pas au point de tourner le dos à ses amis les plus chers. Je n’ai pas reconnu Godivelle. Mais vous, Pierrounet, que faites-vous ici ? Je vous croyais en apprentissage à Saint-Flour ?
— J’y étais mais… la tante a eu besoin de moi. Alors je suis venu. Et puis, vous savez, auprès d’elle, pour ce qui est de la cuisine, on en apprend autant et même plus qu’avec n’importe qui…
Les questions d’Hortense gênaient le garçon et elle ne voulut pas payer d’un malaise le mouvement affectueux qui l’avait poussé vers elle. Pourtant la réplique eût été facile : d’après ce qu’elle venait de voir, la cuisine ne semblait plus faire partie des soucis dominants de la meilleure cuisinière du pays cantalien. En outre, il apparaissait à la jeune femme que les besoins d’aide de Godivelle semblaient prendre d’étonnantes proportions. Jean d’abord, qui avait quitté Combert pour venir veiller sur elle et sur des ruines qui paraissaient n’en avoir aucun besoin, puis Pierrounet, cela commençait à faire beaucoup de monde… Mais, voyant que le garçon la regardait avec une sorte de crainte, elle lui sourit gentiment :
— Vous avez sans doute raison, Pierrounet. Il n’est pas de meilleur professeur que votre tante. Et puis… elle est vieille en effet et c’est votre devoir de veiller sur elle. Je commence à croire que ce château, même ruiné, ne porte bonheur à personne, ajouta-t-elle avec un regard de rancune aux quatre tours déchiquetées. Mais, si vous en avez l’occasion, venez jusqu’à Combert, un de ces jours ? Je serai toujours heureuse de vous voir…
Répondant d’un geste gracieux au salut profond de Pierrounet, elle alla reprendre son cheval sur lequel il l’aida à se mettre en selle puis, au petit trot, elle rejoignit François qui l’attendait sous le couvert des arbres, assis sur un rocher et tenant son cheval en bride. Le fermier s’enleva en voltige en la voyant arriver puis, sans échanger une seule parole, tous deux reprirent le chemin par où ils étaient venus. Ce fut seulement quand ils eurent mis une certaine distance entre Lauzargues et eux qu’Hortense, qui allait en tête, ralentit pour permettre à François de venir à sa hauteur.
— Traitez-moi de folle si vous le voulez, soupira-t-elle, mais j’ai l’impression qu’il se passe quelque chose à Lauzargues… quelque chose que je n’arrive pas à saisir, ni à définir. Godivelle prétend vivre dans la maison de Chapioux mais il n’y a rien qui marque sa présence. En revanche, tout y parle de celle de Jean…
— L’avez-vous vu, lui ?
— Non. Il n’est pas là et ne rentrera pas de la journée d’après ce qu’on m’a dit. D’autre part, Pierrounet a quitté sa place pour venir aider sa tante et les raisons qu’il donne ne m’ont pas convaincue. Enfin… et c’est là le pire, Godivelle m’a priée de partir sous prétexte que je ne pourrais attirer que le mal.
A l’enrouement de sa voix, François comprit qu’elle se retenait de pleurer et posa sur son bras une main amicale :
— Il ne faut pas vous soucier de cela. Depuis qu’elle a quitté Combert, Godivelle a changé. Tout le monde le dit au pays. Elle ne veut plus voir personne. Du coup, on l’accuse d’être un peu sorcière, de cultiver les maléfices auprès de l’endroit où repose le marquis. Moi je dirai simplement qu’elle est peut-être bien un peu dérangée. Elle n’a pas supporté la fin de Lauzargues et moins encore celle de son maître bien-aimé.
— Avouez tout de même, François, qu’il y a là une sorte de mystère ? Que Jean m’en veuille de lui avoir menti et aussi de ma longue absence, c’est assez normal et c’est à moi de m’expliquer, de me faire pardonner. Mais Godivelle ? Que lui ai-je fait ? Pourquoi m’interdit-elle Lauzargues ?
François haussa les épaules :
— Peut-être pour vous protéger, après tout ! Le château, je vous le répète, a mauvaise réputation. D’aucuns jurent avoir entendu des cris, vu d’étranges lumières. La présence de Jean et de ses loups n’arrange rien…
— Les loups ? Il est trop tôt pour qu’ils sortent des bois !
— Il semblerait que Luern ait ramené une famille que Jean a gardée. Ce sont eux les chiens de garde du château. Je le sais pour avoir tenté de m’approcher du château, à la tombée du jour. Je voulais voir Jean en dépit de sa défense. Un hurlement trop proche m’a mis en fuite…