Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
Godivelle joignit les mains dans un geste qui lui était familier. Sous la coiffe noire liserée de blanc, son visage rond et jaune, qui la faisait ressembler si fort à une pomme, eut une crispation qui accentua le réseau des rides.
— Je vous aime toujours, madame Hortense, mais vous n’auriez pas dû venir. Ce n’est pas un endroit pour vous !
— Vraiment ? Je porte le nom de ce maudit château, je m’y suis mariée, mon enfant y est né et j’ai même failli y mourir. Alors me direz-vous pourquoi je n’aurais pas le droit d’y venir ?
— Plus personne ne vient. Les gens ont peur…
— Je l’ai entendu dire et si j’ai bien compris vous n’avez rien fait pour dissiper cette peur. Vous vous êtes instituée la gardienne de ces ruines qui n’avaient plus besoin que de silence. Et Jean a été gagné par la contagion. A présent, vous allez même jusqu’à écarter les amis les plus chers, les plus fidèles comme François Devès… et vous tentez de m’écarter, moi aussi ! Pourquoi ? Quelle espèce de culte maudit prétendez-vous rendre à la mémoire du défunt marquis ?
Vivement, Godivelle se signa à plusieurs reprises ; elle était devenue encore plus pâle s’il était possible et Hortense vit bien que ses mains tremblaient.
— Ne dites pas de ces choses affreuses, madame Hortense. Ici on est aussi bons chrétiens que vous et on ne rend aucun culte à personne sinon à Dieu. Mais il vaudrait mieux que vous partiez…
— Je ne vois vraiment pas pourquoi. Je suis venue voir Jean et je le verrai…
— Il n’est pas là. Et je ne crois pas qu’il revienne de la journée.
— Où est-il ?
— Par la croix de ma mère, je n’en sais rien. Il est comme le vent. Il va où il veut et je ne me permettrais pas…
Hortense regarda la vieille femme avec étonnement :
— Vous ne vous permettriez pas ? Comme vous voilà devenue révérencieuse tout à coup, Godivelle, envers un homme que vous aviez tendance à considérer tout juste un peu mieux qu’un gibier de potence !
— Il est du sang Lauzargues. Cela suffit pour avoir droit au respect de leur vieille servante, grogna la vieille femme dont le visage se ferma.
— Voilà un respect qui vient sur le tard. Vous l’avez toujours su, je crois, et ce n’est pas nouveau. M’offrirez-vous enfin une tasse de café, Godivelle ? Il me semble que ce serait poli ?
— Je n’en ai pas de prêt. Ça vous ferait attendre…
— Mais j’attendrai, Godivelle, j’attendrai. Ici, tenez ! Quand vous m’avez arrêtée, je me disposais à prier un moment dans la chapelle. Souffrez que j’aille au bout de mon projet. Puis, je vous rejoindrai.
Le ton était sans réplique. D’ailleurs Hortense, dédaignant d’attendre une réponse, poussait déjà la porte de la chapelle dont les gonds, privés d’huile depuis longtemps peut-être, grincèrent…
— Cette chapelle n’a pas de chance, persifla Hortense. Après avoir été condamnée des années durant, voilà qu’on la laisse à l’abandon ! C’est étonnant de la part de si bons chrétiens…
Haussant furieusement les épaules, Godivelle disparut dans un envol de jupes noires tandis qu’Hortense pénétrait dans la chapelle. C’était un petit sanctuaire sombre qui ressemblait à une grotte. Le jour y parvenait, mal, par d’étroites fenêtres que le lierre obstruait à demi, mais un peu de lumière éclairait cependant la statue de Christophe, le bon géant qui avait un jour passé l’Enfant Jésus au-delà d’une rivière et qui avait failli fléchir sous son poids parce que l’Enfant portait lui-même tous les péchés du monde.
Hortense avait toujours aimé cette chapelle et son saint de pierre dont le visage reflétait une infinie bonté. Elle était venue souvent prier là quand le marquis de Lauzargues avait enfin consenti à rendre au culte le sanctuaire qu’il avait osé condamner. Aujourd’hui, elle y puisait un courage nouveau :
— Vous qui guidez le voyageur dans les ténèbres et les embûches du chemin, pria-t-elle. Vous qui m’avez protégée au long de ces grandes routes qu’il m’a fallu parcourir, je vous implore : Donnez-moi un peu de votre force pour le combat que je sens venir. Ne permettez pas que je succombe sous le poids du chagrin et de la mauvaise foi. L’homme que j’aime s’éloigne de moi. Il est prêt à me rejeter et si, pour les temps à venir, je n’ai plus sa main pour me soutenir, j’ai peur de désespérer de tout…
Sa prière lui fit du bien et aussi l’ombre si douce de la petite chapelle. Par la porte qu’elle avait laissée ouverte, le chant des oiseaux venait jusqu’à elle. Ils étaient nombreux autour de la petite église. Beaucoup d’entre eux – les migrateurs – partiraient bientôt pour les terres plus chaudes du sud et c’était comme si, avant le grand départ, ils venaient là en pèlerinage demander sa protection à celui qui veille sur les voyageurs.
En se relevant, Hortense eut, instinctivement, ce mouvement d’épaules des colporteurs quand ils reprennent leur fardeau. Elle avait un instant déposé le sien au pied de cet autel. A présent, elle le réendossait avec un surcroît de courage qui ne serait pas superflu si l’on considérait l’attitude presque hostile de Godivelle. Et, tout en se dirigeant vers l’ancienne maison du régisseur, Hortense se prit à penser que François pourrait bien avoir raison et qu’il régnait ici un esprit malfaisant capable de troubler les cœurs les plus fermes et les plus purs.
L’aspect de la maison au seuil de laquelle Godivelle l’attendait la surprit. Comme beaucoup de demeures rurales dans la région, elle se composait surtout d’une seule pièce servant de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher, mais celle-ci ne montrait pas l’activité habituelle d’une cuisine. Si une tasse de café fumait sur la table, il n’y avait dans la cheminée qu’un maigre feu et aucun de ces préparatifs de repas qui formaient l’habituel climat de Godivelle dans la cuisine du château. Elle était alors toujours en train d’éplucher quelque chose, de pétrir une pâte, d’accommoder une farce ou de tailler dans un jambon ou un saucisson. Là, rien de tout cela. Une propreté monacale et pas le moindre jambon pendu aux solives, pas la moindre odeur de cuisine attardée. La pièce était dans un ordre parfait et, sur un coin de la table bien cirée, quelques livres, du papier et une écritoire – pour écrire à qui ? – étaient disposés.
Près du lit soigneusement fait, une cape de bure brune, beaucoup trop longue pour Godivelle, pendait à une patère et le cœur d’Hortense lui battit plus vite : cette maison, ce n’était pas celle de Godivelle, c’était celle de Jean. C’était lui qui vivait là mais, en ce cas, où vivait la vieille femme ?
La question était trop brûlante pour qu’Hortense pût la retenir et, tout en buvant son café sous l’œil glacé de Godivelle, elle dit :
— C’est Jean qui habite là, n’est-ce pas ? En ce cas où donc logez-vous, Godivelle ?
— Je m’arrange à côté ! répliqua la vieille femme d’un ton qui déconseillait de plus longues investigations. Elle se tenait debout auprès d’Hortense, les mains croisées sur son giron avec une figure qui semblait taillée dans le granit des rochers voisins. Le regard d’Hortense s’attacha à cette figure, s’enfonça dans les petits yeux noirs qui évoquaient si bien les pépins de pomme.
— Que vous ai-je fait, Godivelle, pour que vous me soyez à ce point hostile ? Car vous m’êtes hostile alors que naguère encore vous m’aimiez…
— Je crois que je vous aime encore un peu, fit Godivelle avec sa redoutable franchise, mais je crois aussi que vous n’avez rien à faire ici… que du mal peut-être !