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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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Machinalement, la jeune femme caressa le bois ciré, doux comme du satin, de la grande table. Elle avait passé, dans cette cuisine, le meilleur de son temps à Lauzargues et elle était heureuse de la retrouver encore vivante même si elle n’était plus qu’un vestige qui ne correspondait plus à rien…

Derrière elle, François, Godivelle et Pierrounet attendaient qu’elle parlât, retenant leur souffle mais elle ne parvenait pas à s’y décider. Cet homme en train de mourir l’entendrait-il seulement ?… Et, soudain, elle entendit :

— Vous êtes venue faire l’inventaire ? C’est peut-être un peu prématuré ?

Elle s’approcha et vit que le marquis la regardait et que ce regard était toujours le même : froid, ironique, deux lacs couleur de glacier bleu que l’approche de la mort décolorait à peine. Alors elle lui rendit froideur pour froideur, sarcasme pour sarcasme :

— J’ai appris, non sans surprise, que vous étiez encore de ce monde, que vous aviez résisté même à l’écroulement du château. La nouvelle était assez fantastique pour mériter une visite. Je constate qu’en effet vous êtes toujours là. Comment allez-vous, mon oncle ?

— Mal puisque j’ai été trahi, puisque l’on vous a conduite ici. J’espérais bien ne jamais vous revoir et j’ignorais même que vous fussiez rentrée. Mais, de toute façon, cela n’a plus d’importance…

Il parlait en s’imposant un effort qui gonflait une veine de sa tempe, mais aucune pitié ne traversa le cœur d’Hortense.

— Ai-je jamais eu de l’importance à vos yeux ? En dehors du fait que vous espériez tirer de moi une fortune ?

— Plus que vous n’imaginez… car je vous ai aimée…

— Aimée ? Avez-vous jamais su ce que ce mot signifiait ? Aimée alors que par deux fois au moins vous avez tenté de me tuer ?

— C’est ma façon à moi d’aimer. Vous ne vouliez pas vous soumettre et moi je préférais vous voir morte qu’heureuse avec un autre. Mais je peux mourir en paix, à présent, car heureuse vous ne le serez jamais. Vous m’avez pris mon petit-fils et moi je vous ai pris son père. Il est à moi, à présent, Jean de la Nuit, Jean le meneur de loups ! Vous l’avez abandonné et moi je l’ai pris…

— Je ne l’ai pas abandonné. Dieu m’est témoin que je ne suis partie que pour sauver une femme que je tiens pour ma sœur. Une femme à qui je dois beaucoup. Je lui ai rendu la liberté mais pour lui rendre la vie et accomplir ce que mon père aurait souhaité que je fasse, j’ai dû passer plusieurs mois à Vienne…

— Touchante histoire ! Qui avez-vous suivi à Vienne ? Osez dire qu’il ne s’agissait pas d’un homme ?

— D’un homme ?… pas vraiment. D’une idée plutôt ! Nous avons tenté, avec une poignée de fidèles, d’arracher à l’Autriche le fils de l’Empereur…

Une brusque colère fit étinceler le regard terne du malade et lui arracha un spasme de toux :

— Êtes-vous folle ? Le fils de Bonaparte ? Vous vouliez le remettre sur le trône des grands Capétiens ? Quelle infamie !

— Lui préférez-vous donc le fils du régicide, Philippe-Egalité ? Le prince porte en lui le sang de l’Empereur et celui des Habsbourg. Vous pourriez avoir pour lui plus de considération… De toute façon…

— Vous avez échoué ? Pauvre folle, qu’espériez-vous contre la toute-puissance autrichienne ?

— La pauvre folle a failli réussir mais notre roi de Rome n’a plus longtemps à vivre. Il se meurt, même si Metternich refuse encore de s’en rendre compte. Je ne vous ai dit tout cela que pour vous faire comprendre que je n’ai pas démérité aux yeux de l’homme que j’aime. Pas une minute je n’ai cessé de penser à lui. Pas une minute je n’ai cesse de l’aimer.

— Cela vous fera de beaux souvenirs ! ricana le marquis. Car il vous faut désormais renoncer à lui et ce m’est une joie profonde de vous l’annoncer. Je lui ai donné à choisir entre devenir mon fils au su de tous ou rester votre amant. Et il a choisi. C’était facile d’ailleurs puisque vous aviez préféré courir les grands chemins en compagnie de votre précieuse amie. A présent, tout est en règle, tout est établi et vous allez pouvoir rire avec moi… J’ai arrangé cela avec le curé !

— Rire ? fit Hortense douloureusement.

— Mais oui, rire ! N’est-ce pas bouffon ? Vous porterez désormais tous deux le même nom : Lauzargues dont, à ma mort, il portera le titre de chevalier. Vous resterez comtesse mais plus séparée de lui que si un océan s’étendait entre ici et Combert. Un océan qu’il ne franchira jamais !

— Qu’en savez-vous ? Il m’aime et…

— En êtes-vous certaine ? Moi je crois qu’il aime encore plus l’idée d’être devant tous le dernier seigneur de ce castel écroulé. En outre, il n’est pas homme à revenir sur la parole donnée. Ou alors, il lui faudrait renoncer… renoncer au rêve de toute une vie !

Un rire dément secoua le corps amaigri presque invisible sous les draps et les couvertures…

— Vous êtes un monstre ! fit Hortense avec dégoût. Comment pouvez-vous être si cruel, si démoniaque alors qu’approche l’instant où vous allez paraître devant Dieu ?

Il eut un dernier éclat de rire qui s’acheva en hoquet. Godivelle se précipita avec un bol, souleva à la fois l’homme et l’oreiller et fit boire au mourant une ou deux gorgées d’un liquide brunâtre et qui fumait un peu.

— Vous devriez partir, madame Hortense. Il s’épuise à vous parler…

— Allons donc, Godivelle ! Il prend tant de plaisir à me faire du mal qu’il ne voudrait pas manquer cette scène pour un empire. Je suis en train de lui donner sa dernière joie…

Sous l’influence de la tisane calmante, les spasmes s’apaisaient et bientôt le marquis, repoussant la tasse, se laissa aller de nouveau sur ses oreillers.

— Grande parole, ma nièce, et combien juste ! C’est vrai, vous venez de me donner une joie sur laquelle je ne comptais plus. Soyez-en remerciée. Quant à Dieu, je ne m’en soucie guère. Nous nous sommes trop peu fréquentés pour qu’il me fasse l’honneur de me recevoir lui-même. Cela m’évitera ses reproches…

Dans les yeux de Godivelle, Hortense vit une lueur d’effroi et, d’un même geste, les deux femmes se signèrent…

— N’éprouvez-vous donc jamais le désir de faire la paix avec ce qui vous entoure et avec vous-même ? Quitterez-vous ce monde sans un regret, sans un signe de repentir ?

— Je ne me suis jamais repenti de rien. Quant aux regrets, si j’en ai, c’est de n’avoir pas réussi à assouvir tous mes désirs. A commencer par celui que j’avais de vous… mais je sais que vous ne m’oublierez jamais et que, dans la longue suite des nuits solitaires que vous allez passer, vous penserez à moi… presque autant qu’à l’homme que je vous ai arraché ! A présent, allez-vous-en ! Nous n’avons… plus rien à nous dire…

Il ferma les yeux, respirant avec difficulté. Godivelle tira Hortense en arrière et la jeune femme vit que des larmes brillaient dans ses yeux.

— Faites comme il dit, madame Hortense. Qu’il trouve un peu de paix à son dernier instant !

— Etes-vous certaine qu’il soit si proche, cet instant ? Et moi je veux voir Jean. Où est-il ? Pourquoi n’est-il pas au chevet de ce père tant aimé ? C’est là sa place. Il l’a payée de tout mon amour.

— Il est allé essayer de lui rendre un dernier service. Allez-vous-en ! Demain, tout le pays apprendra la vérité sur ces derniers mois ici et moi je réclame le droit de rester seule avec mon maître !

Vaincue par l’espèce de grandeur qui émanait de cette vieille femme usée au service d’un homme qui ne méritait pas tant d’amour, Hortense baissa la tête…

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